Prologue de Zarathoustra 2

7 juin 2010 | Commentaires (0) | Zarathoustra

ZARATHOUSTRA EST DESCENDU SEUL DE LA MONTAGNE et sans rencontrer personne. Mais une fois arrivé dans les bois, il s’est tout à coup retrouvé en face d’un vieillard, vieillard qui avait quitté sa sainte cabane pour chercher des racines dans la forêt. Et voilà comment le sage a parlé à Zarathoustra :

« Ce voyageur ne m’est pas étranger : il est passé par ici il y a de nombreuses années. Il s’appelait Zarathoustra ; mais il s’est métamorphosé.

Tu portais jadis tes cendres à la montagne : veux-tu aujourd’hui porter ton feu dans les vallées ? Ne crains-tu pas la punition de l’incendiaire ?

Oui, je reconnais Zarathoustra. Son œil est pur, et nul dégoût ne se cache sur sa bouche. Ne se déplace-t-il pas comme un danseur ?

Zarathoustra est métamorphosé, Zarathoustra est devenu enfant, Zarathoustra est éveillé : que veux-tu désormais parmi ceux qui dorment ?

Comme dans la mer, tu as vécu dans la solitude, et la mer t’a porté. Malheur, tu veux retourner sur la terre ? Malheur, tu veux toi-même de nouveau traîner ton corps ?

Zarathoustra a répondu : « J’aime les hommes. »

« Pourquoi », a dit le saint, « suis-je donc allé dans la forêt et dans la solitude ? N’était-ce pas parce que j’aimais trop les hommes ?

Maintenant, j’aime Dieu : je n’aime pas les hommes. L’homme m’apparaît comme une chose trop imparfaite. L’amour de l’homme me tuerait.

Zarathoustra a répondu : « Qu’ai-je parlé d’amour ! J’amène aux hommes un cadeau. »

« Ne leur donne rien », a dit le saint. « Décharge les plutôt de quelque chose et porte-le avec eux – c’est ce qui leur fera le plus de bien : pour autant que ça te fasse du bien à toi !

Et si tu veux leur donner quelque chose, ne leur donne pas plus qu’une aumône, et laisse-les d’abord t’en supplier ! »

« Non », a répondu Zarathoustra, « Je ne donne pas d’aumône. Je ne suis pas assez pauvre pour cela. »

Le saint s’est moqué de Zarathoustra et voilà comment il lui a parlé : « Alors, regarde qu’ils acceptent tes trésors ! Ils sont méfiants envers les solitaires et ne croient pas que nous venons pour donner.

Le bruit de nos pas leur semble trop solitaire. Et quand, la nuit, dans leur lit, ils entendent marcher un homme bien avant le lever du soleil, ils se demandent à coup sûr : où s’en va le voleur ?

Ne vas pas chez les hommes et reste dans la forêt ! Rends-toi plutôt chez les animaux ! Pourquoi ne veux-tu pas être comme moi, – un ours parmi les ours, un oiseau parmi les oiseaux ? »

« Et que fait le saint dans la forêt ? » a demandé Zarathoustra ?

Le saint de répondre : « Je fais des chants et je les chante, et quand je fais des chants, je rigole, pleure et fredonne : voilà comment je loue Dieu.

En chantant pleurant et fredonnant, je loue le Dieu qui est le mien. Mais que nous apportes-tu comme cadeau ? »

Après avoir entendu ces mots, Zarathoustra a salué le saint et a dit : « Qu’aurais-je à vous donner ! Mais laissez-moi vite partir, histoire que je ne vous prenne rien ! » – Et c’est ainsi qu’ils se sont séparés, le sage et l’homme, en riant, comme rient deux enfants.

Mais quand Zarathoustra s’est retrouvé seul, voilà comment il a parlé à son cœur : « Est-ce vraiment possible ! Ce vieux saint dans sa forêt n’a pas encore entendu dire que Dieu est mort. »

***

Le texte ci-dessus représente la retraduction, par nos soins, du deuxième paragraphe du Prologue du Zarathoustra de Nietzsche. Also sprach Zarathoustra que nous proposons de retraduire Voilà comment a parlé Zarathoustra. Les divers chapitres sont traduits progressivement sous forme d’articles.

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