Parole de Zarathoustra, Prologue 3

18 août 2010 | Commentaires (1) | Zarathoustra

Suite de la retraduction commentée du Zarathoustra de Nietzsche. Vous n’avez pas lu la première partie ? Elle se trouve ici. Et la deuxième se trouve là.

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Parole de Zarathoustra, Prologue 3

EN FIN D’APRÈS-MIDI, SUITE À UNE LONGUE MARCHE, Zarathoustra est enfin sorti de la forêt et est arrivé dans la ville la plus proche. Il a trouvé la place du marché étonnamment noire de monde. La foule des grands jours était sortie de chez elle pour venir admirer un funambule. Profitant de l’aubaine de rencontrer autant de personnes à la fois, Zarathoustra n’a pas hésité une seconde. Il s’est avancé vers ses congénères et, plein de candeur, sans la moindre entrée en matière, s’est s’exclamé : « Je vous enseigne le surhomme ! L’homme est quelque chose qui doit être surmonté ! »

On imagine les regards perplexes, les froncements de sourcils, les sourires en coin. Les index pointés en direction des tempes. Qu’est-ce qu’il raconte celui-là ? Qu’est-ce qu’il nous veut ? C’est un marginal, un fou ? Sans y prendre garde, Zarathoustra a continué de plus belle : « Qu’avez-vous fait pour surmonter l’homme ? Jusqu’ici, tous les êtres ont produit quelque chose qui les dépasse. Vous voulez être un retour en arrière, un reflux de ce grand flux ? Vous préférez retourner à l’animal plutôt que de surmonter l’homme ? »

Aussi débridé qu’il puisse paraître, le discours de Zarathoustra est tout à fait cohérent. Il part d’un constat : l’homme est un drôle de phénomène, à la remorque de lui-même. Et pas seulement de lui-même, mais de tous les êtres de la nature. Avec le temps, l’homme a, au sens propre du terme, dégénéré : il a perdu son genre. Au lieu de faire comme tous les phénomènes de la nature, au lieu de se dépasser lui-même, il s’est mis à stagner, et même plus : à régresser, à retourner en arrière.

Quel discours désagréable ! Mais qu’est-ce qu’il nous veut ? Pour qui se prend-il ? De quoi je me mêle ? Loin d’être freiné dans son ardeur, voilà que Zarathoustra s’est avancé davantage encore, devenant de plus en plus explicite – et désagréable : « Qu’est-ce que le singe pour l’homme ? Un rire ou une douloureuse honte ? Eh bien l’homme doit être exactement la même chose pour le surhomme : un rire ou une douloureuse honte. »

« Vous avez fait le chemin du ver à l’homme, et beaucoup en vous est encore ver. Vous étiez jadis des singes, et l’homme est aujourd’hui encore plus singe que n’importe quel singe. » On n’ose à peine imaginer les réactions à ces paroles, non seulement toujours plus claires, mais aussi de plus en plus dures. Toujours porté par son trop-plein, son élan : « Même le plus sage d’entre vous n’est qu’un tiraillement et hybride de plante et de fantôme. » L’homme a beau se prendre pour l’être le plus avancé de la nature, il n’est qu’une hésitation, un croisement entre le naturel et le surnaturel, l’animal qu’il est par nature et le phénomène supérieur qu’il s’imagine être.

Et voilà que Zarathoustra a demandé, sans même songer que personne ne le connaît, oubliant qu’il parle en fait en inconnu à des inconnus : « Mais est-ce que je vous pousse à devenir des fantômes et des plantes ? » Non : loin de là ! Son enseignement est tout autre : « Voyez, je vous enseigne le surhomme ! »

Le discours a priori débridé s’atteste de toute cohérence. Comme déjà énoncé au début, Zarathoustra se présente comme l’enseignant du surhomme : littéralement l’homme qui dépasse l’homme tel qu’il est à présent, à la remorque de lui-même. Mais qu’est-ce qu’au juste le surhomme ? « Le surhomme est le sens de la terre » a continué Zarathoustra, avant de prendre un ton évangéliste et de se mettre à exhorter ses auditeurs : « Que votre volonté dise : que le surhomme soit le sens de la terre ! » Pour que le surhomme puisse exister vraiment, il faut d’abord que l’homme le veuille, en tant que sens de la terre. A force de le vouloir, il apparaîtra.

« Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espérances supraterrestres ! Ce sont des empoisonneurs, qu’ils le sachent ou non. » Sens terrestre contre sens chrétien. Contrairement à ce qu’enseigne le christianisme, il n’y a pas de vie après la mort, pas d’espoir à placer dans la mort. Le paradis est un mirage. La seule vie qui existe est celle que nous sommes en train de vivre, ici, sur cette terre. Tous les espoirs d’au-delà sont dangereux pour la vie. Tous ses efforts sont à placer dans l’ici et maintenant de cette terre, qui nous porte et nous transporte.

Ceux qui font miroiter une autre vie après la mort, une existence bienheureuse, hors du temps, caractérisée par l’amour et l’absence de souffrance, une vie idéale, se fourvoient. Ils ne font qu’empoisonner la vie : « Ce sont des contempteurs de vie. » Non pas par méchanceté – il n’y a pas de méchanceté en soi –, mais par faiblesse, par manque de force. Ils sont incapables de supporter la vie telle qu’elle est, telle qu’elle se joue sur cette terre : « Ce sont des mourants et eux-mêmes des empoisonnés. La terre en est fatiguée. » Tellement fatiguée d’ailleurs qu’ils feraient mieux de disparaître : « Puissent-ils y parvenir, dans la terre ! » La mort est finalement leur seule manière d’aller dans le sens de la terre. En mourant, au lieu de salir la terre, au lieu de la spolier, ils l’alimentent, devenant ainsi le terreau sur lequel pourra apparaître le surhomme.

Les temps ont changé. « Il fut un temps où le sacrilège envers Dieu était le plus grand des sacrilèges, mais Dieu est mort, et par suite aussi les auteurs de sacrilège. » Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que ce n’est aujourd’hui plus Dieu qui guide le monde. Ce ne sont plus les valeurs chrétiennes – celles traditionnelles du beau, du bon, du vrai à partir desquelles se déclinent toutes les autres – qui imprègnent nos existences. C’est un fait : d’autres valeurs, non plus communautaires, mais égoïstes, matérialistes et hédonistes, façonnent aujourd’hui nos vies. En ce sens : Dieu est mort, le christianisme est dépassé. Et le sacrilège chrétien contre les idées chrétiennes d’être lui aussi caduc. « Le plus terrible est maintenant d’être sacrilège envers la terre, et de considérer plus haut les entrailles de l’insondable que le sens de la terre ! »

Comme Dieu est mort, que les valeurs traditionnelles ont fait leur temps, il n’y a plus rien qui dépasse l’homme. La vie a perdu son sens. Et voilà que l’homme ne cherche plus que son propre plaisir égoïste, dans le confort, la consommation, la possession, la gloire, la domination, l’apparence et je ne sais quoi encore. C’est comme ça que l’homme dégénère en animal, sinon singe imitateur en ver. Il n’y qu’une issue à cet état de fait : si l’homme ne veut pas continuer à régresser, il doit se mettre en chemin vers de nouvelles valeurs, trouver un nouveau sens à la vie. Le sens chrétien étant dépassé, il s’agit désormais, pour ne pas sombrer dans l’absence de sens, de renouer avec le sens de la terre. Aussi est désormais sacrilège celui qui n’a pas le sens de la terre, qui est indifférent ou en désaccord avec elle. Notamment celui qui place ses espoirs et intérêts dans ses idées, sa volonté, son savoir et son bon plaisir.

« Il fut un temps où l’âme regardait avec mépris le corps : et ce mépris était alors ce qu’il y avait de plus haut. » Epoque chrétienne : le corps est la source de tous les péchés, la sexualité le pire des vices. Le corps est le tombeau malpropre de l’âme qui, seule, est pure – et d’ailleurs immortelle. Aussi voulait-on à tout prix que « le corps soit maigre, horrible, affamé. » Il s’agissait par tous les moyens de lui échapper, d’échapper à la terre au profit de l’âme, des idées de l’esprit, de la vie idéale.

Mais il ne faut pas s’en cacher : « Cette âme était elle-même bien maigre, horrible et affamée. » Sinon elle n’aurait pas réagi ainsi. Et « la cruauté était sa volupté ! » Son seul plaisir était de maltraiter le corps, de le rendre indifférent, de le supprimer. Toujours en étant guidé par les idées les plus hautes, les espérances de l’au-delà.

Les paroles de Zarathoustra ont beau être au passé, les choses n’ont pas changé : « Mais vous aussi, mes frères, dites-moi : que témoigne votre corps de votre âme ? Votre âme n’est-elle pas pauvreté et saleté, un plaisir misérable ? » Les hommes sont restés les mêmes ; leur corps est demeuré pauvre, sale, mu par des plaisirs misérables. « En vérité, l’homme est un torrent sale. On doit déjà être une mer, pour pouvoir recueillir un torrent sale sans devenir impur. » Et voilà que Zarathoustra retombe sur ses pattes : « Voyez, je vous enseigne le surhomme : il est cette mer où peut sombrer votre grand mépris. »

Le grand mépris ? Qu’est-ce à dire ? Zarathoustra de poser lui-même la question : « Qu’est-ce que le plus grand que vous pouvez expérimenter ? » Et de donner la réponse : il s’agit de « l’heure à laquelle vous serez dégoûté de votre bonheur lui-même, et aussi de votre raison et de votre vertu. » L’heure du grand mépris est celle du grand dégoût : le moment où le caractère lamentable de notre bonheur, de notre raison et de notre vertu vient à nous dégoûter.

L’heure du grand mépris et du grand dégoût est d’abord celle où on se dit : « Qu’importe mon bonheur ! Il est pauvreté et saleté, un plaisir misérable. » En chemin vers le surhomme, on aura abandonné nos vieilles idées chrétiennes, matérialistes, du bonheur et se mettra en quête d’un bonheur lui-même capable de « justifier l’existence ! » : bonheur issu du sens de la terre.

L’heure du grand mépris et du grand dégoût est ensuite celle où je me dis : « Qu’importe ma raison », mon intelligence ! « Est-elle affamée de savoir comme le lion de nourriture ? » Non : le savoir ne nourrit pas mon existence. On a beau l’emmagasiner, il n’a rien de roboratif. Il ne comble nullement mon intelligence. L’érudition ne m’aide en rien à vivre, bien au contraire. Le côté famélique de ma raison est vain : ma raison « est pauvreté et saleté, un plaisir misérable ! »

L’heure du grand mépris et du grand dégoût est enfin celle où l’homme remarque l’insanité de sa vertu, incapable qu’elle est de rendre léger, rapide, de faire pousser la moindre petite aile. À force d’usage, elle a plutôt tendance à alourdir : « Comme je suis fatigué de mon bien et de mon mal », épuisé de sans cesse tout devoir juger à l’aune du bien et du mal ! Comme le bonheur et la raison traditionnels, la vertu « est pauvreté et saleté, un misérable plaisir ! »

Emporté par son élan, Zarathoustra n’a pas pu arrêter là sa rengaine. L’heure du grand mépris et du grand dégoût est aussi celle où l’homme remet en question la justice traditionnelle : « Qu’importe ma justice ! » Elle est elle aussi signe de faiblesse et de dégénérescence. En m’appuyant sur elle, j’oublie jusqu’à mon origine. J’oublie que je ne suis somme toute que « braise et charbon » : bien éphémère et juste capable d’attiser les querelles.

L’heure du grand mépris et du grand dégoût est encore celle où l’homme abandonne sa compassion : « Qu’importe ma compassion ! » Sus à la miséricorde, à la pitié chrétienne ! « N’est-elle pas la croix à laquelle est crucifié celui qui aime les hommes ? » La compassion empêche toute liberté, d’esprit et de mouvement. Jésus a été le premier à l’expérimenter : son amour des hommes, devenu chez lui compassion, a finalement été sa croix, l’a conduit sur la croix. L’amour des hommes qui caractérise Zarathoustra est bien différent : « Ma compassion n’est pas une crucifixion. » Son amour des hommes en est le contraire même : un nouvel envol, une libération en direction, justement, du surhomme.

A ce stade, Zarathoustra s’est enfin arrêté. Non pas pour se taire, mais pour interroger la foule sur ses propos : « Avez-vous déjà parlé comme ça ? Avez-vous déjà crié comme ça ? Ah, si seulement je vous avais déjà entendu crier comme ça ! » S’ils crient, les hommes ne le font pas pour mépriser Dieu et les valeurs traditionnelles désormais caduques qu’il continue à incarner et promouvoir. Non : ils ne sont pas portés par l’ivresse des forces libératrices qui nous dépassent. Ce qui les pousse n’est que leur médiocre sobriété, leur rationalité, leur égoïsme, leur vieille idée de bonheur, de raison, de vertu, de justice et de compassion. « Ce n’est pas votre péché – mais votre sobriété qui crie au ciel, votre avarice elle-même dans votre péché qui crie au ciel ! »

« Où donc est l’éclair qui vous lècherait de sa langue ? » Éclair de Zeus, dieu des dieux chez les anciens Grecs, dieu le plus puissant, dieu de la foudre qui éclate lorsque le déséquilibre entre ciel et terre se fait trop grand. « Où est la folie par laquelle vous devriez être vaccinés ? » A force d’idéalisme et de matérialisme, à force de soif d’un monde meilleur, de plus de plaisir, l’homme en est venu à se dénaturer, à perdre sa naïveté, le sens de la terre, la folie lui permettant de s’élever au-dessus de lui-même. L’homme d’aujourd’hui ne s’attache qu’à la sobriété, à la rationalité, au sérieux : il veut tout maîtriser, tout comprendre, tout manipuler, être la mesure de toute chose.

Et Zarathoustra de conclure : « Voyez, je vous enseigne le surhomme : il est cet éclair, il est cette folie » dont nous avons besoin ! Puis il s’est tu.

On n’ose à peine imaginer l’attitude de la foule, pas du tout préparée à entendre un tel discours. Les choses sont allées beaucoup trop vite. Et ne leur arrivent pas du tout au bon moment. C’est vrai : s’ils se sont arrachés de chez eux, ce n’est pas pour venir écouter quelqu’un parler. On n’est pas à l’école ! Et pas davantage à l’église ! Quel est cet étrange personnage ? Quel est ce drôle de prêche ? Quels sont ces propos désagréables ? Oui, la foule s’est déplacée pour passer du bon temps, se divertir, parce qu’on a annoncé un être d’exception, un funambule. La plupart n’a d’ailleurs sans doute écouté Zarathoustra que d’une oreille, certains en pensant à autre chose, d’autres en ricanant, d’autres encore en poursuivant leur discussion.

Drôle de situation. Et drôle de prêche, il est vrai. Et voilà qu’on a entendu une voix s’élever du fond de la foule : « Nous avons maintenant assez entendu parler du funambule ; nous voulons maintenant aussi le voir ! » Peut-être pour se moquer, peut-être en toute bonne conscience, par mécompréhension. Impossible à dire. Et tout cas, tout le monde s’est alors mis à rire. Tout le monde, sauf le funambule, qui, tendu là haut, au-dessus de la foule, a lui aussi mal compris le sens des propos de Zarathoustra. Croyant que les mots lui étaient adressés, il s’est alors mis à l’ouvrage.

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Traduction littérale

QUAND ZARATHOUSTRA EST ARRIVÉ DANS LA VILLE LA PLUS PROCHE, qui se trouve aux abords des forêts, il y a trouvé beaucoup de monde rassemblé sur la place du marché : car on avait promis qu’on pourrait y voir un funambule. Et ce que Zarathoustra a dit aux gens :

Je vous enseigne le surhomme. L’homme est quelques chose qui soit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ?

Jusqu’ici, tous les êtres ont produit quelque chose qui les dépasse : et vous voulez être le reflux de ce grand flux et préférez encore retourner à l’animal plutôt que de surmonter l’homme ?

Qu’est-ce que le singe pour l’homme ? Un rire ou une douloureuse honte. L’homme doit être la même chose pour le surhomme : un rire ou une douloureuse honte.

Vous avez fait le chemin du ver à l’homme, et beaucoup en vous est encore ver. Vous étiez jadis des singes, et l’homme est aujourd’hui encore plus singe que n’importe quel singe.

Même le plus sage d’entre vous n’est qu’un tiraillement et hybride de plante et de fantôme. Mais est-ce que je vous pousse à devenir des fantômes et des plantes ?

Voyez, je vous enseigne le surhomme !

Le surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le surhomme soit le sens de la terre !

Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espérances supraterrestres ! Ce sont des empoisonneurs, qu’ils le sachent ou non.

Ce sont des contempteurs de la vie, des mourants et eux-mêmes des empoisonnés, dont la terre est fatiguée : aussi puissent-ils y parvenir !

Il fut un temps où le sacrilège envers Dieu était le plus grand des sacrilèges, mais Dieu est mort, et par suite aussi les auteurs de sacrilège. Le plus terrible est maintenant d’être sacrilège envers la terre, et de considérer plus haut les entrailles de l’insondable que le sens de la terre !

Il fut un temps où l’âme regardait avec mépris le corps : et ce mépris était alors ce qu’il y avait de plus haut : – et voulait qu’il soit maigre, horrible, affamé. Elle pensait par là lui échapper, comme à la terre.

Ô, cette âme était elle-même bien maigre, horrible et affamée : et la cruauté était la volupté de cette âme !

Mais vous aussi, mes frères, dites-moi : que témoigne votre corps de votre âme ? Votre âme n’est-elle pas pauvreté et saleté, et un misérable plaisir ?

En vérité, l’homme est un torrent sale. On doit déjà être une mer pour pouvoir recueillir un torrent sale sans devenir impur.

Voyez, je vous enseigne le surhomme : il est cette mer où peut sombrer votre grand mépris.

Qu’est-ce que le plus grand que vous pouvez expérimenter ? C’est l’heure du grand mépris. L’heure à laquelle vous serez dégoûté de votre bonheur lui-même, et aussi de votre raison et de votre vertu.

L’heure où vous dites : « Qu’importe mon bonheur ! Il est pauvreté et saleté, un misérable plaisir. Mais mon bonheur lui-même devrait justifier l’existence ! »

Cette heure où vous dites : « Qu’importe ma raison ! Est-elle affamée de savoir comme le lion de sa nourriture ? Elle est pauvreté et saleté, un misérable plaisir ! »

L’heure où vous dites : « Qu’importe ma vertu ! Elle ne m’a pas encore fait filer à toute allure. Comme je suis fatigué de mon bien et de mon mal ! Tout cela est pauvreté et saleté, un misérable plaisir ! »

L’heure où vous dites : «  Qu’importe ma justice ! Je ne vois pas que je serais braise et charbon. Mais le juste est braise et charbon ! »

L’heure où vous dites : « Qu’importe ma compassion ! La compassion n’est-elle pas la croix à laquelle est crucifié celui qui aime les hommes ? Mais ma compassion n’est pas une crucifixion. »

Avez-vous déjà parlé comme ça ? Avez-vous déjà crié comme ça ? Ah, si seulement je vous avais déjà entendu crier comme ça !

Ce n’est pas votre péché – mais votre sobriété qui crie au ciel, votre avarice elle-même dans votre péché qui crie au ciel !

Où donc est l’éclair qui vous lècherait de sa langue ? Où est la folie par laquelle vous devriez être vaccinés ?

Voyez, je vous enseigne le surhomme : il est cet éclair, il est cette folie ! –

Après que Zarathoustra a parlé comme ça, il y en a un qui a crié dans la foule : « Nous avons maintenant assez entendu parler du funambule ; laissez-le nous maintenant aussi voir ! » Et tout le monde s’est moqué de Zarathoustra. Mais le funambule, croyant que les mots lui étaient adressés, s’est mis à l’ouvrage.

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