Zarathoustra | De l’arbre à la montagne

10 décembre 2010 | Commentaires (6) | Zarathoustra

L’ŒIL AVISÉ DE ZARATHOUSTRA LUI AVAIT FAIT REMARQUÉ UN JEUNE HOMME qui faisait tout pour ne pas le rencontrer. Et un soir, alors qu’il se promenait seul dans les montagnes encerclant la ville qu’on appelle « La vache multicolore » – immense organisme bigarré qui avale et digère toute herbe fraîche sur son passage –, voici qu’il tombe sur ce jeune homme. Ce dernier était assis, appuyé contre un arbre, plongeant un regard fatigué dans la vallée.

Zarathoustra n’a pas hésité une seconde : il s’est approché de lui, a saisi des deux mains l’arbre contre lequel il s’appuyait et a prononcé ces mots : « Si je voulais secouer cet arbre de mes mains, je n’y parviendrais pas. Mais le vent que nous ne voyons pas le torture et le plie à sa guise. Nous aussi, ce sont des mains invisibles qui nous martyrisent et tordent le plus gravement. Le visible est une chose, l’invisible une autre. »

A ces mots, le jeune homme s’est levé d’un bond. Bouleversé, il s’est exclamé : « J’entends parler Zarathoustra alors que j’étais justement en train de penser à lui. » Éviter quelqu’un n’est pas une bonne solution pour s’en débarrasser : il n’aura de cesse de nous hanter. Zarathoustra : « Qu’est-ce qui t’effraie à cela ? Il y va de l’homme comme de l’arbre. Plus il veut s’élever haut et atteindre la clarté, plus fort ses racines doivent s’enfoncer dans la terre, dans le sombre, le profond – le mauvais. L’un ne va pas sans l’autre : il n’y a pas de grandeur stable, maîtrisée, sans assises profondes, solides. Pas de bien sans mal. »

« Oui, dans le mal ! » a alors crié le jeune homme. « Comment est-ce possible que tu aies découvert mon âme ? » Souriant, Zarathoustra s’est contenté de répondre : « Il y a que les âmes qu’on n’a pas encore inventées qu’on ne découvrira jamais. Tout ce qui existe, on peut le découvrir, le comprendre, il suffit de l’expérimenter de fond en comble. »

« Oui, dans le mal ! » a de nouveau crié le jeune homme, visiblement sans avoir écouté la réponse de Zarathoustra. « Tu as dit la vérité, Zarathoustra. Je ne me fais moi-même plus confiance depuis que je suis attiré par les sommets. Mes racines ne sont pas assez profondes pour les hauteurs auxquelles je veux grimper. Et d’ailleurs, ça se voit : plus personne ne me fait confiance. »

« Comment cela est-il arrivé ? » Le jeune homme le sait lui-même : « Je me métamorphose trop vite : ce que je suis aujourd’hui ne s’appuie que mal sur ce que j’ai été hier, et avant-hier, et tous les jours précédents. En grimpant vers les hauteurs, j’ai souvent sauté des marches, brûlé des étapes. Et les marches ne me le pardonnent pas : souvent, je trébuche. »

« Et une fois en haut, je me trouve toujours seul. Personne ne me parle. Le gel de la solitude me fait frissonner. Mais qu’est-ce que je veux au juste dans les hauteurs ? »

« Mon mépris et mon aspiration grandissent ensemble. Plus je grimpe haut, plus je dédaigne les autres qui grimpent aussi, ou qui essaient de grimper. Mais qu’est-ce que je veux au juste dans les hauteurs ? »

« Comme j’ai honte de monter et trébucher de la sorte ! Comme je me moque de mon souffle qui halète violemment pendant l’ascension ! Comme je déteste celui qui fuit ! Comme je me déteste moi-même ! Et comme je suis finalement fatigué dans les hauteurs ! »

Là, le jeune homme s’est tu. Regardant l’arbre auprès duquel ils se trouvaient, Zarathoustra a alors parlé comme cela : « Cet arbre se trouve seul, ici, dans la montagne ; il a poussé loin au-dessus de l’homme et de l’animal. Ses racines s’enfoncent très profond dans le sol. S’il pouvait parler, il n’aurait personne pour le comprendre : tellement il a poussé haut – et profond –, tellement il se trouve loin au-dessus des hommes et des animaux. Alors il attend, et attend encore. Mais qu’attend-il, au juste ? Il habite si près des nuages ; il attend sans doute le premier éclair ; qu’il vienne tester sa force, qu’il vienne le foudroyer. »

Voilà qu’à ces paroles le jeune homme s’est mis à crier, gesticuler violemment et pleurer amèrement : « Oui, Zarathoustra, tu dis la vérité : j’aspirais en effet à mon déclin lorsque je voulais aller dans les hauteurs. Et tu es l’éclair que j’attendais ! Regarde ce que je suis devenu depuis que tu nous es apparu ? Pas grand-chose : une peau de chagrin. Ta présence m’a foudroyé. Ma jalousie à ton égard m’a détruit ! »

Zarathoustra l’a alors entouré de son bras et l’a emmené avec lui. Après avoir marché un moment ensemble, Zarathoustra s’est mis à lui parler en ces termes : « Cela me déchire le cœur : ton œil exprime mieux que tes mots le danger que tu cours. D’une manière générale, le corps en dit d’ailleurs souvent plus long que les mots. »

« Tu n’es pas encore libre. Tu cherches encore de la liberté. Et ta recherche t’a épuisé, à la manière d’une nuit blanche : elle t’a rendu hyper-sensible, hyper-éveillé. »

« Ton esprit veut aller dans les libres hauteurs, ton âme a soif de ciel, de clarté, d’étoiles, de vérité. Mais tes pires pulsions ont elles aussi soif de liberté, non pas de clarté, d’étoiles, de vérité, mais d’obscurité, de terre, de profondeur. A force de cultiver ton esprit, tu en es venu à oublier ton corps, à négliger tes racines. Or il n’y a pas de grand esprit libre sans grande liberté du corps. »

« Tes chiens sauvages veulent eux aussi la liberté ; ils aboient de plaisir dans leur cave quand l’esprit aspire à ouvrir toutes les prisons. Ils se réjouissent de pouvoir se défouler, courir dans tous les sens. Attention à ne pas les négliger. Attention à ne pas oublier les pulsions qui viennent d’en bas : plus elles font de bruit, plus il faut s’en occuper. Sinon, il y aura déséquilibre – et risque de chute. »

« Tu m’apparais encore comme un prisonnier qui s’imagine la liberté. Tout n’est que dans ta tête : tu as délaissé ton corps, tes pulsions, tes racines. Ah, bien sûr, l’âme de tels prisonniers devient intelligente : tu es intelligent, très intelligent, tu as des idées de haut rang, mais ton intelligence est à la fois perfide et mauvaise. Tu as coupé ta personne en deux : tu as privilégié ton esprit, ton intelligence, et tu as négligé ton corps, la terre, tes racines. Et voilà que ton esprit est devenu artificiel, superficiel, fourbe, méchant. »

« Celui qui s’est libéré l’esprit doit encore se purifier le corps. Beaucoup de prison et de pourriture reste en lui : son œil doit encore devenir pur. »

« Oui, je connais ton danger de déclin, de chute. Mais sur mon amour et mon espoir, mon amour et espoir de surhomme, je t’en supplie : ne rejette pas ton amour et ton espoir de grandeur ! Cultive tes racines ! »

« Ta chance est que, malgré tout, tu te sentes encore noble, que tu continues à être aspiré par les hauteurs. Et d’ailleurs les autres aussi te reconnaissent encore comme tel, y compris d’ailleurs ceux qui t’en veulent et te font des regards méchants. Il ne faut pas te méprendre : tout le monde a un noble sur son chemin. Chacun a son supérieur qui lui barre la route. Tu es toi-même le supérieur de tous les moins nobles que toi. »

« Même les gens de bien ont un noble sur leur chemin. Ils ont beau l’appeler « bon », le faire apparaître dans une lumière favorable, ils ne veulent à vrai dire qu’une chose : parvenir à l’écarter de leur chemin, s’en débarrasser. »

« Alors que le noble veut toujours produire du nouveau, de nouvelles vertus, le bon préfère pour sa part le vieux, les anciennes valeurs ; il veut par-dessus tout que le vieux soit sauvegardé : il est conservateur. Le noble a beau l’appeler « bon », forcément, il veut se débarrasser du vieux réactionnaire. »

« Mais détrompe-toi : le danger du noble n’est pas de devenir bon, mais de décliner en effronté, en ricaneur, en anéantisseur. Le danger du noble affirmateur est de devenir un vil négateur. »

« Ah, j’en ai connu des nobles qui ont perdu leur plus haut espoir, qui n’ont soudain plus eu la force de viser les hauteurs, justement parce qu’ils n’avaient pas suffisamment cultivé leurs racines ! Alors ils se sont mis à calomnier tous les hauts espoirs, tous ceux qui continuent à s’avancer sur le chemin de la grandeur, du dépassement de soi ; ceux qui travaillent à leurs profondeurs. »

« Et voilà que leur intelligence les a rendu insolents ; les voilà qui se sont plongés dans des plaisirs mesquins, superficiels, de courte durée. Hautains, moqueurs, ils ont abandonné tout but à long terme, pour se vautrer dans le présent, dans les plaisirs momentanés, superficiels. »

« Ils disaient que l’esprit était lui aussi volupté : qu’ils n’avaient pas besoin du corps pour s’envoler. Mais voilà que les ailes de leur esprit se sont cassées : et que ce dernier s’est mis à ramper çà et là, à ras le sol, comme un rongeur, salissant de surcroît tout ce qu’il ronge. »

« Ils croyaient jadis devenir des héros, mais ils ne sont aujourd’hui que des jouisseurs, des hédonistes, des êtres superficiels. Le héros éveille en eux chagrin et effroi : chagrin devant leur échec, effroi devant sa grandeur et profondeur. Alors ils prennent le parti de s’en moquer, ils ricanent ; ils font les malins, ils cherchent à l’écarter ; ils l’écrasent, le marginalisent. »

« Mais par mon amour et mon espoir de surhomme, je t’en supplie : ne rejette pas le héros qui habite dans ton âme ! Garde avec sainteté ton plus haut espoir de grandeur ! Mets tout en œuvre pour continuer à grandir, à te dépasser toi-même : solidifie tes arrières ! Occupe-toi de tes racines ! Plonge-toi dans les profondeurs ! »

Parole de Zarathoustra.

***

Traduction littérale

L’œil de Zarathoustra avait vu qu’un jeune homme l’évitait. Et un soir, alors qu’il traversait seul les montagnes qui encerclent la ville qu’on appelle « La vache bigarrée », regarde, voici qu’en marchant il a vu ce jeune homme assis, appuyé contre un arbre et regardant d’un œil fatigué dans la vallée. Zarathoustra a saisi des mains l’arbre contre lequel était assis le jeune homme et a parlé ainsi :

« Si je voulais secouer cet arbre de mes mains, je ne le pourrais pas.

Mais le vent que nous ne voyons pas le torture et le plie dans le sens qu’il veut. Ce sont les mains invisibles qui nous torturent et plient le plus gravement. »

A ces mots le jeune homme s’est levé, bouleversé : « J’entends parler Zarathoustra et j’étais justement en train de penser à lui. » Zarathoustra a répliqué :

« Pourquoi en es-tu effrayé ? – Mais il y va avec l’homme comme avec l’arbre.

Plus il veut s’élever dans les hauteurs et la clarté, plus fort ses racines aspirent à descendre, dans la terre, dans le sombre, le profond, – dans le mauvais. »

« Oui, dans le mal ! a crié le jeune homme. Comment est-ce possible que tu aies découvert mon âme ? »

Zarathoustra a souri et dit : « Il y a des âmes qu’on ne découvrira jamais, ne serait-ce qu’on les a d’abord inventées. »

« Oui, dans le mal ! a de nouveau crié le jeune homme.

Tu as dit la vérité, Zarathoustra. Je ne me fais moi-même plus confiance depuis que je veux atteindre les hauteurs, et plus personne ne me fait confiance, – comment cela est-il arrivé ?

Je me métamorphose trop vite : mon aujourd’hui réfute mon hier. Je saute souvent des marches, quand je monte, – ce que ne me pardonne aucune marche.

Une fois en haut, je me trouve donc toujours seul. Personne ne me parle, le gel de la solitude me fait frissonner. Mais qu’est-ce donc que je veux dans les hauteurs ?

Mon mépris et mon aspiration grandissent ensemble ; plus je grimpe haut, plus je méprise celui qui grimpe. Mais que veut-il donc dans les hauteurs ?

Comme j’ai honte de monter et trébucher ainsi ! Comme je me moque de mon souffle qui halète violemment ! Comme je déteste celui qui fuit ! Comme je suis fatigué dans les hauteurs !

Là, le jeune homme s’est tu. Et Zarathoustra a regardé l’arbre auprès duquel ils se trouvaient et a parlé ainsi :

« Cet arbre se trouve seul ici dans la montagne ; il a poussé loin au-dessus de l’homme et de l’animal.

Et s’il voulait parler, il n’aurait personne pour le comprendre : tellement il a poussé haut.

Maintenant il attend et attend encore, – mais qu’attend-t-il donc ? Il habite trop près du siège des nuages : il attend sans doute le premier éclair ?

Quand Zarathoustra a dit cela, le jeune homme a crié et gesticulé violemment : « Oui, Zarathoustra, tu dis la vérité. J’aspirais à mon déclin lorsque je voulais aller dans les hauteurs et tu es l’éclair que j’attendais ! Regarde : que suis-je encore depuis que tu nous es apparu ? C’est ma jalousie à ton égard qui m’a détruit ! » – C’est ainsi qu’a parlé le jeune homme, en pleurant amèrement. Mais Zarathoustra l’a entouré de son bras et l’a emmené avec lui.

Et alors qu’ils ont marché un moment ensemble, Zarathoustra a commencé à parler ainsi :

Cela me déchire le cœur. Ton œil me dit mieux que tes mots tout ton danger.

Tu n’es pas encore libre, tu cherches encore de la liberté. Ta recherche t’a épuisé comme une nuit blanche et t’a rendu hyper-éveillé.

Tu veux aller dans les libres hauteurs, ton âme a soif d’étoiles. Mais tes pires pulsions ont elles aussi soif de liberté.

Tes chiens sauvages veulent la liberté ; ils aboient de plaisir dans leur cave quand l’esprit aspire à ouvrir toutes les prisons.

Tu m’apparais encore comme un prisonnier qui s’imagine la liberté : ah, l’âme de tels prisonniers devient avisée, mais aussi perfide et mauvaise.

Celui qui s’est libéré l’esprit doit encore se purifier. Beaucoup de prison et de pourriture reste en lui : son œil doit encore devenir pur.

Oui, je connais ton danger. Mais sur mon amour et mon espoir, je t’en supplie : ne rejette pas ton amour et ton espoir !

Tu te sens encore noble, et les autres aussi, ceux qui t’en veulent et te font des regards méchants, te trouvent encore noble. Il faut que tu saches que tous ont un noble sur leur chemin.

Les bonnes gens ont eux aussi un noble sur leur chemin : et même s’ils l’appellent bon, ils veulent par là parvenir à l’écarter.

Le noble veut produire quelque chose de nouveau et une nouvelle vertu. Le bon veut du vieux et que le vieux soit sauvegardé.

Mais ce n’est pas cela, le fait de devenir un bon, qui est le danger des nobles, mais le fait de devenir un effronté, un ricaneur, un anéantisseur.

Ah, j’ai connu des nobles qui ont perdu leur plus haut espoir. Et depuis ils ont calomnié tous les hauts espoirs.

Depuis ils ont vécu insolents dans des plaisirs de courte durée, et ils n’ont guère de buts dépassant le jour présent.

« L’esprit est aussi volupté » –disaient-ils. Alors les ailes de leur esprit se sont cassées : et depuis il rampe çà et là, salissant ce qu’il ronge.

Ils croyaient jadis devenir des héros : ce sont maintenant des jouisseurs. Le héros leur apparaît comme un chagrin et un effroi.

Mais par mon amour et mon espoir, je t’en supplie : ne rejette pas le héros dans ton âme ! Garde avec sainteté ton plus haut espoir ! –

Parole de Zarathoustra.

***

Il s’agit là de la suite de la retraduction commentée du Zarathoustra de Nietzsche. Huitième chapitre des Discours de Zarathoustra. Les précédents se trouvent ici.

6 réponses à “Zarathoustra | De l’arbre à la montagne”

  • Perrine dit :

    Si je comprend bien, l’arbre loin au-dessus de l’homme et l’animal (et loin au-dessous également), ne peut qu’attendre, seul l’éclair peut l’atteindre.. Pourquoi le jeune homme attend-il également l’éclair (Zarathoustra), alors qu’il n’est pas vraiment proche des nuages? A-t-il pu pousser haut, comme l’arbre, en négligeant ses racines?

    Autre question : D’où vient l’association du corps aux profondeurs, à l’obscurité, à la terre, aux racines. L’esprit est associé à la volonté de grandeur, à la liberté des hauteurs, mais le corps y aspire également, non? Est-il uniquement dans les « pires pulsions » qui cherchent la liberté des profondeur?

  • Michysos dit :

    Il est tard: peut-on être clair.
    1. L’arbre est seul, loin au-dessus et au-dessous du reste du monde. Donc il attend. Il attend que l’éclair l’atteigne. Pour tester sa haute et profonde force. La force du jeune homme n’est quant à elle que superficielle: il s’est lui aussi élevé haut, mais sans cultiver ses racines. Il est un être intelligent, sans doute même brillant, mais sans sagesse de vie, sans sens de la terre. Il fait le malin. Donc il fuit l’éclair-Zarathoustra, parce qu’il risque de se faire réduire à néant.
    2. C’est traditionnel: l’esprit, la réflexion est gage de lumière, de raison, de vérité (claire et distincte), de stabilité – intelligible, en ce sens métaphysique, suprasensible. Les sensations terrestres, physiques, sensibles du corps sont pour leur part toujours changeantes, donc sources d’erreur, de mal. S’il est question des « pires pulsions », c’est dans une perspective traditionnelle: ce que Nietzsche semble vouloir dire, c’est qu’il s’agit de cultiver et l’esprit (hauteurs) et le corps (profondeurs). Il ne faut pas laisser les chien aboyer dans la cave. Bref: que le corps est plein d’aspirations et d’intelligences à ne pas négliger, si on ne veut pas se faire pulvériser par le premier éclair venu. On le sait: l’éclair vient rétablir l’équilibre entre le ciel (esprit) et la terre (corps).

  • Perrine dit :

    1. C’est dans ce sens (de hauteur superficielle du jeune homme), qu’il a soudain honte de son ascension et qu’elle est associée à une fuite?!

  • Michysos dit :

    Plus ou moins, oui. Je le vois comme ça: si le jeune homme fuit Zarathoustra, c’est qu’il sent bien qu’il a trouvé plus fort que lui – et qu’il risque de se faire pulvériser, lui et sa prétendue hauteur (à vrai dire superficielle, sans racines).

  • Alexis dit :

    Bonjour, j’inscris mon commentaire à la suite des autres et au vu de la date de l’article et des commentaires précédents je doute de mon espoir d’une réponse !
    Vous dîtes, Michysos : « ce que Nietzsche semble vouloir dire, c’est qu’il s’agit de cultiver et l’esprit (hauteurs) et le corps (profondeurs) » . Est-ce bien afin de se préserver d’une sorte de déviation de l’homme qui n’aurait alors qu’un sens exclusif , celui de l’esprit , au détriment du reste , le corps ? Mais ne dit-il pas ailleurs (je n’ai pas la prétention de comprendre exactement ce qu’il a voulut dire) qu’il ne faut pas se tromper en croyant que le corps et l’esprit sont deux choses différentes; que le dernier est en quelque sorte à la suite du premier. Comment l’esprit pourrait aspirer à autre chose que le corps dans ce cas-là ?

    Autre chose, que faut-il vraiment entendre par « mal » , »pires pulsions » ou encore « les chiens » qui aboient « dans la cave » ? Le corps mais plus précisément les désirs les « manques à avoir/être » ? Le jeune homme étant parvenu dans les hauteurs à un moment peut être amoral , en tout cas son esprit « aspire à ouvrir toutes les prisons » : faut-il comprendre que cet esprit ne doit pas justement réussir à ouvrir ces prisons ? Il doit se purifier mais de quelle manière ? Ce texte reste assez silencieux somme-toute.

  • Michysos dit :

    Alors que la tradition (idéaliste, chrétienne) a distingué l’esprit (immortel) du corps (mortel), valorisant le premier (l’esprit) aux dépens du second (le corps), l’esprit (mortel) n’est pour Nietzsche rien d’autre qu’une possibilité (extraordinaire) du corps (mortel). Aussi l’enjeu est-il pour l’homme de cultiver l’un et l’autre, de faire en sorte qu’ils évoluent ensemble, de pair.
    Le « mal », les « pires pulsions », ou encore « les chiens qui aboient dans la cave » sont ce que la tradition (idéaliste, chrétienne) a écarté, tout ce qui vient d’en bas : les mystères du corps, tout ce qui est ambigu, incompréhensible, impossible à mettre en lumière et donc à classer dans nos catégories de raison.
    Pour libérer les pulsions les plus basses des prisons dans lesquelles elles sont enfermées, il faut que l’esprit soit suffisamment fort pour parvenir à les maîtriser. Suffisamment fort au sens où, loin de n’être fait que d’idées abstraites, morales, il plonge ses racines dans les profondeurs même du corps – et donc de la vie.

  • Vos commentaires

What's this?

You are currently reading Zarathoustra | De l’arbre à la montagne at Michel Herren.

meta