Les sept sceaux | 1.

21 mars 2013 | Commentaires (0) | Zarathoustra

nuageSOUS-TITRÉS « LE CHANT DU OUI ET AMEN », « Les sept sceaux » font écho à l’Apocalypse de la Bible, où Jean présente la terrible révélation (apokalupsis) que lui a faite Jésus-Christ des séries de fléaux qui vont s’abattre sur terre avant la fin du monde. L’une de ces séries lui est précisément dévoilée à l’ouverture d’un petit livre scellé de sept sceaux (avant tout chapitre 6). Leur descellement par l’agneau de dieu annonce la multiplication des fausses séductions, guerres, famines, malheurs, morts, jugements derniers et autres cataclysmes qui marquent la fin des temps.

Les sept sous-chapitres « Des sept sceaux » de Zarathoustra répondent à leur manière, musicalement inversée, à l’Apocalypse biblique : loin de dévoiler l’ultime sagesse chrétienne – la négation absolue du monde ici-bas pour le paradis post mortem –, ils représentent autant de strophes dudit chant du Oui et de l’Amen : l’affirmation inconditionnée du monde ici et maintenant comme éternel retour du même en son va-et-vient tragique en direction du surhomme.

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Les sept seaux-1

Si je suis un prophète, si je suis rempli de cet esprit divinatoire qui chemine sur une haute crête entre deux immenses et profondes mers abyssales…

Si mon esprit prophétique chemine en lourd nuage d’altitude entre l’immense et abyssale mer du passé et l’immense et abyssale mer de l’avenir… Si je suis l’ennemi de tout ce qui est fermé, qui n’a pas d’air, qui sent le renfermé ; si je suis l’ennemi des lourds, moites et étouffants bas-fonds ; et si je suis l’ennemi de tout ce qui est fatigué, de tout ce qui est tellement fatigué qu’il n’est pas seulement devenu incapable de vivre, mais encore incapable de mourir, – de sorte qu’il traîne comme une âme en peine dans un monde qui lui est aussi étranger qu’indifférent…

Si, là-haut, en mon sein, en mon sombre sein de nuage, je suis prêt à me décharger d’un éclair, à me décharger d’un violent rayon de lumière rédempteur, libérateur… Si je suis gros d’éclairs affirmateurs, plein d’éclairs qui disent « oui ! », qui rient « oui ! » ; si je suis prêt à déverser sur le monde entier mes rayons d’éclairs affirmateurs et prophétiques…

– Ah !, comme il est bienheureux, le lourd nuage au sein si riche, si plein, si fécond, si prêt à enfanter ! Bien sûr, c’est vrai, le lourd nuage doit d’abord longtemps rester là-haut, accroché à la montagne, avant de se transformer en lourd orage, avant d’être suffisamment fort et chargé pour, un jour, pouvoir éclairer le monde à coups de rayons lumineux affirmateurs et prophétiques, allumer dans le monde la lumière de l’avenir ! –

Si je suis un tel prophète, ô comment pourrais-je ne pas être désireux d’éternité, sensuellement, sexuellement attiré par l’éternel retour du même, moi le prophète du nuptial anneau des anneaux, le prophète de l’anneau de l’éternel retour du même ?

J’ai beau avoir cherché, jamais je n’ai trouvé la femme avec qui je voulais faire des enfants ; jamais je n’ai aimé de femme au point de vouloir, avec elle, perpétuer mon genre et faire des enfants ; ne serait-ce…, ne serait-ce avec cette seule femme que j’aime de fond en comble : l’éternité. Il n’y a qu’avec elle, qu’avec l’éternité et pour l’éternité que je veux faire des enfants, que je veux perpétuer mon genre et donner naissance à de beaux enfants, de beaux enfants remplis de force, de maîtrise et de joie. Car je t’aime, ô éternité ! Et avec toi et pour toi je veux tout faire ; avec toi et pour toi je veux produire le meilleur, avec toi et pour toi je veux avancer en direction du surhomme, contribuer à la naissance du surhomme !

Car je t’aime, ô éternité !

***

Traduction littérale

eclairSi je suis un prophète et plein de cet esprit prophétique qui chemine entre deux mers sur une crête élevée, –

qui chemine en tant que lourd nuage entre ce qui est passé et à venir, – ennemi des moites bas-fonds et de tout ce qui est fatigué et qui ne peut pas mourir ni vivre :

prêt à l’éclair dans le sombre sein et au rayon de lumière rédempteur, gros d’éclairs qui disent oui !, qui rient oui !, prêt à des rayons d’éclairs prophétiques : –

– mais bienheureux est celui qui est ainsi enceint ! Et en vérité, il doit être longtemps suspendu comme lourd orage à la montagne celui qui doit un jour allumer la lumière de l’avenir ! –

Ô comment ne devrais-je pas être désireux d’éternité et du nuptial anneau des anneaux, – l’anneau du retour ?

Jamais encore je n’ai trouvé la femme dont je voudrais des enfants, ne serait-ce cette femme que j’aime : car je t’aime, ô éternité !

Car je t’aime, ô éternité !

***

Il s’agit ci-dessus de la première partie du seizième chapitre de la « Troisième partie » des « Discours de Zarathoustra » du Zarathoustra de Nietzsche. Texte phusiquement réinvesti (en haut) et traduction littérale (en bas). Les précédents chapitres et parties se trouvent ici.

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