Qui a peur de Netflix ?

21 octobre 2014 | Commentaires (1) | Chroniques, Pensées phusiques

NetflixGrâce au soutien enthousiaste de fidèles amis, PHUSIS donne dorénavant tous les mardis une perspective phusique à une actualité, un événement, un extrait de texte, une pensée, une sensation, un problème ou n’importe quel phénomène jubilatoire ou inquiétant de notre monde formidable.

Le matin, de bonne heure, un phusicien poste un bref article, sous forme de question à méditer. Puis, à midi, PHUSIS propose sa réponse et mise en perspective.

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NetflixC’est arrivé il y a un peu moins d’un mois, le 19 septembre dernier : Netflix est arrivé en Suisse. Netflix est un service américain de vidéos à la demande, qui propose des milliers de films et de séries et permet de se divertir presque à volonté pour seulement CHF 11.90 par mois. Au bénéfice d’un succès immense, Netflix fait évidemment peur à plein de monde :

Aux chaines de télévisions qui ont peur qu’on ne les regarde plus, aux opérateurs téléphoniques qui aimeraient qu’on regarde les films qu’ils proposent pour beaucoup plus cher, bien sûr aussi aux cinémas, qui continuent à craindre d’être de plus en plus vides.

Et ce n’est pas tout : après avoir commencé comme simple service de vidéo à la demande, Netflix a tellement bien marché qu’il ne se contente plus seulement de rendre disponible des vidéos, mais s’est mis à produire lui-même des séries et des films. Là aussi, avec un succès énorme. Tellement que même les producteurs se mettent à en avoir peur.

Question : est-ce-que la phusis a aussi peur de Netflix ?

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Netflix reponse

Si j’ai bien compris, la question est de savoir si Netflix, le service américain quasi gratuit de vidéos à la demande, fait ou non peur à la phusis.

Que ce soit clair d’emblée : la phusis n’a peur de rien. Comme elle se situe en-deçà des idées – et donc loin de toute aspiration à une vie absolument bonne et belle –, la phusis ne connaît en aucune manière le sentiment de peur. Vous le savez : dans tout ce qui se passe, même les pires attaques ou catastrophes, la phusis, autrement dit la nature, cherche toujours à accompagner le plus productivement et le plus sainement possible ce qui lui arrive.

Pareil avec Netflix, qui s’attaque à la vie phusique dans les pauvres cerveaux humains sans défense. Oui, c’est sûr, au vu de la liste de films et de séries proposés, Netflix ne considère nullement le cinéma comme produit de la phusis, c’est-à-dire comme moyen privilégié pour la divine vie artistique de nous ouvrir – nous autres mortels qui avons tendance à nous survaloriser et replier sur nous-mêmes –, de nous ouvrir à nos mille et une possibilités d’existences. Non, Netflix semble bien au contraire considérer l’art de manière massive, comme pure et simple valeur marchande.

Le seul but de Netflix semble en effet être de gagner de l’argent. Or pour en gagner, de l’argent, il faut proposer des films qui marchent. Voilà qui est exactement ce que fait Netflix qui, parmi tous les films qui existent dans le monde, ne diffuse que ceux qui marchent : ceux qui sont faciles d’accès, qui excitent, divertissent, font rire ou effraient directement, sans complications inutiles. Des films rassurants, remplis de stéréotypes, de bout en bout calibrés sur les idées, les fantasmes, les phobies, les plaisirs, les excitations de la plupart.

Et pour faire mieux encore, pour gagner plus d’argent, plus de puissance et plus d’influence encore, Netflix ne propose pas seulement sa sélection de films à succès, mais s’est mis à produire – ou plutôt à fabriquer – ses propres films et séries. Films et séries qui contiennent tous les ingrédients nécessaires au succès. Films et séries qui marchent déjà formidablement bien aux Etats-Unis et qui ont donc toutes les chances de marcher aussi formidablement bien en Europe, étant donné que les idées, les fantasmes, les phobies, les plaisirs, les excitations des Européens ont tendance à devenir exactement les mêmes que ceux des Américains…

Alors, forcément, Netflix fait peur. Fait peur à tous les défenseurs du cinéma et de l’art comme ouverture à la vie en général. Et nous fait peur à nous aussi, nous autres phusiciens, défenseurs de la phusis.

Parce que Netflix la fait souffrir, la phusis. Parce que, par son côté massif, Netflix met à mal le bon équilibre et la bonne évolution de la vie artistique en sa multiplicité. Parce que Netflix laboure les cerveaux des gens et y cultive quantité de stéréotypes et d’idées toutes faites qui nuisent à la phusis.

Et font que les gens sont de moins en moins en mesure d’accompagner comme il faut ce qui leur arrive, c’est-à-dire productivement et sainement, à partir de la vie en général et en direction de la vie en général. Stéréotypes et idées toutes faites qui transforment toujours davantage les hommes en machines et en singes imitateurs…

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