Système de supporters

21 avril 2015 | Commentaires (0) | Chroniques, Clés de lectures

LUC-LuganoTous supporters ? |

L’autre jour je suis allé voir un match de volleyball. Pas que je m’intéresse particulièrement au volleyball, mais l’équipe de ma ville était en finale et avait une chance de gagner le championnat suisse… Alors, du coup, c’était un peu The Place to Be et je me suis laissé entraîner.

J’ai d’abord eu du plaisir à découvrir ce sport, mais très vite, l’équipe que j’étais venu soutenir s’est mise à perdre, les gens autour de moi à s’agacer et même à devenir de mauvaise foi. Et moi tout d’un coup, je n’étais plus très à l’aise là au milieu.

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Supporters R

Petite méditation sur les supporters – et d’une manière générale sur le sport comme exutoire de forces surabondantes (pour ne pas dire dionysiaques) qui pour sûr pourraient être utilisées à mille et une autre fins plus constructives que celle de nous transformer en brutes épaisses.

Quoi que nous fassions, on est toujours menacés d’être pris au piège d’un étonnant système qui cherche à nous abrutir, à faire de nous des imbéciles, des idiots, des brutes épaisses. Dans Système qui travaille dans toutes les sphères de la société. Notamment dans le sport. Que ce soit de manière directe ou indirecte : qu’on soit acteur, sportif ou alors dirigeant, spectateur ou supporter.

Alors qu’on est généralement seuls, dans cette vie – dans cette vie pas toujours très drôle, il faut quand même l’avouer –, alors qu’on n’est volontiers pas très au clair sur le sens à donner à tout ça, à ce qui se passe en nous et autour de nous, on se trouve facilement pris dans un mouvement de foule, emporté par un mouvement de masse, vers une quelconque Place to be.

Et nous voilà tout à coup dans une salle de gym, avec plein de monde, pour soutenir une équipe qu’on connaît à peine, qui est opposée à une autre équipe qu’on connaît également à peine. Et voilà qu’on appartient à un groupe, à une communauté de gens qui se rassemblent autour de cette équipe, pour son bien. Et voilà que, soudain, du jour au lendemain, d’une minute à l’autre, nous sommes en symbiose avec les gens qui nous entourent : nos énergies, nos forces, nos buts vont exactement dans la même direction – ou alors dans la direction opposée, bien sûr, s’il s’agit des adversaires.

La vie, généralement si compliquée, si tortueuse, devient tout à coup toute simple. Ah, quel bonheur ! On veut soudain tous le même : on est là pour la mêmes équipe, les mêmes gens. C’est simple comme tout ; on se comprend tout de suite. Fini les fioritures, les doutes, les chausse-trappes, les hésitations. Ce qu’on veut, c’est simple, c’est la victoire ! Qu’importe que ce soit comme joueur sur le terrain, comme supporter tout autour, ou comme dirigeant, membre du comité, responsable de la buvette ou je ne sais quoi encore : ce qui compte, la seule chose au monde qui compte, c’est de tout mettre en œuvre pour permettre à l’équipe de gagner, à notre équipe de gagner.

Tous ceux qui aspirent à ce même but sont des nôtres ; et tous ceux qui ne visent pas ce but sont des adversaires. Fini les imbroglios de pensée, les malentendus, les embrouilles, les confusions : soit on est pour, soit on est contre ! Et si on est pour, on est prêt à tout pour favoriser la victoire, quitte à ce que ce soit au prix d’une certaine mauvaise foi. Et si on est contre, on met tout en œuvre pour contribuer à l’échec des adversaires, quitte à chercher à perturber ce dernier.

Forcément, avec cet état d’esprit, on risque de passer à côté d’un certain nombre de choses, de couleurs, de tonalités, de sensations, de nuances. En fait, si on ne fait pas attention, on devient automatiquement binaire, comme des machines, des machines de guerre, avec les gentils d’un côté, et les méchants de l’autre.

Malin le système qui canalise nos énergies pour faire de nous des abrutis, des brutes épaisses qui écrasent toute nuance, toute finesse, et toute vie.

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Tous les mardis, PHUSIS donne une perspective phusique à une actualité, un événement, un extrait de texte, une pensée, une sensation, un problème ou n’importe quel phénomène jubilatoire ou inquiétant de notre monde formidable. Le matin, à 6h30, un phusicien poste un bref article, sous forme de question à méditer. Puis, au plus tard à midi, PHUSIS propose une réponse et mise en perspective.

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