Anticiper et maîtriser les forces

15 avril 2016 | Commentaires (0)

Sujet qui chercher à guider son cerveauObservons pendant vingt secondes ce que fait notre regard. Regardons autour de nous et prenons garde à ce qui se passe.

Quand on regarde, comme ça, autour de nous, on déplace trois-quatre fois par seconde le regard, en saccades, çà et là, très vite. A vrai dire sans vraiment arriver à suivre ce qui se passe. C’est frappant : même en se forçant, on n’arrive quasi pas à décider de chacun des déplacements de notre regard. La plupart du temps, le cerveau guide lui-même les mouvements, où il veut, comme il veut.

Cet état de fait montre qu’il existe une force inconsciente qui oriente notre regard : et voilà que nos yeux partent automatiquement vers un visage, automatiquement vers un objet, une publicité, une couleur, un mouvement, etc. Il existe toute une dynamique des déplacements du regard, de l’attention, de la focalisation dont on n’est paradoxalement pas acteurs, mais largement spectateurs.

Même si on a l’impression de diriger notre regard sur ce qu’on veut, on est somme toute toujours très spectateurs. Comme en retard sur ce qui se joue au fond de nous, dans notre inconscient. S’en rendre compte consiste à faire un premier pas en direction de l’introspection, d’une démarche d’exploration de sa propre attention, de sa propre personne, des mystérieuses forces qui, à chaque instant, orientent notre attention et cherchent à guider notre vie, en direction de buts qui se situent par-delà notre propre volonté.

C’est une des grandes leçons des neurosciences cognitives de ces dernières années : avoir démontré la part d’automatismes et d’automatisation de nos comportements. Alors qu’on avait l’habitude de l’associer aux simples réflexes (quand on me tape sur le genou, ma jambe se lève), notre difficulté de choisir chacune de nos actions s’avère découler de toute une panoplie d’automatismes inconscients, qui conditionnent l’essentiel de nos comportements et par suite de notre existence.

En commençant à s’intéresser à ces forces, à les cerner, à les identifier, à les comprendre, on se trouve progressivement en mesure, non pas de les contrôler – ce qui est impossible –, mais de développer une certaine capacité à les anticiper et à les maîtriser.

Nous voilà pris dans un projet de recherche de l’équilibre intentionnel, entre la maîtrise excessive, l’analyse froide – et le laisser-aller outré, qui conduisent respectivement au gel, à la révolte, à la barbarie et à la dissolution dans l’indifférence.

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Nous comprendre ?!

12 février 2016 | Commentaires (1)

laborit-5Selon Henri Laborit, médecin et biologiste du comportement, toute une socio-culture inconsciente guide dès notre naissance chacun de nos actes. L’ensemble de notre personnalité est bâtie sur un bric-à-brac de jugements de valeurs, de préjugés, de lieux communs socio-culturels qui, à mesure qu’on avance en âge, deviennent de plus en plus rigides et sont de moins en moins remis en question.

Nous sommes ainsi la proie d’une drôle de volonté de puissance qui, loin de chercher la maîtrise de soi, cherche inconsciemment la puissance sur autrui : automatisation socio-culturelle des individus, de leur imaginaire, de leurs désirs, de leurs pensées, de leurs réflexes.

Au moindre enlèvement d’une pièce, tout l’édifice s’écroule. On découvre l’angoisse, qui ne recule devant aucun mensonge, aucun acte de violence pour préserver le tout.

Tant qu’on n’aura pas compris et diffusé à large échelle comment fonctionne notre cerveau, comment on l’utilise, tant qu’on n’aura pas dévoilé et surmonté le fait qu’il y va toujours de dominer l’autre, il y a peu de chances que les choses changent.

Henri Laborit à la fin de Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais (1980) :

[1h56’11-1h58’08]

— L’inconscient constitue un instrument redoutable non pas tellement par son contenu refoulé, refoulé parce que trop douloureux à exprimer, car il serait « puni » par la socioculture, mais, par tout ce qui est, au contraire, autorisé et quelquefois même « récompensé » par cette socioculture, et qui a été placé dans son cerveau depuis sa naissance. Il n’a pas conscience que c’est là, et pourtant c’est ce qui guide ses actes. C’est cet inconscient-là, qui n’est pas l’inconscient freudien, qui est le plus dangereux. En effet, ce qu’on appelle la personnalité d’un homme, d’un individu, se bâtit sur un bric-à-brac de jugement de valeurs, de préjugés, de lieux communs qu’il traîne et qui, à mesure que son âge avance, deviennent de plus en plus rigide et qui sont de moins en moins remis en question. Et quand une seule pierre de cet édifice est enlevée tout l’édifice s’écroule. Il découvre l’angoisse. Et cette angoisse ne reculera ni devant le meurtre pour l’individu, ni devant le génocide ou la guerre pour les groupes sociaux pour s’exprimer.

On commence à comprendre par quel mécanisme, pourquoi et comment, à travers l’histoire et dans le présent se sont établi des échelles hiérarchiques de dominance. Pour aller sur la lune, on a besoin de connaître les lois de la gravitation. Quand on connaît ces lois de la gravitation, ça ne veut pas dire qu’on se libère de la gravitation. Ça veut dire qu’on les utilise pour faire autre chose. Tant que l’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, tant qu’on n’aura pas dit que, jusqu’ici, ça a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quelque chose qui change.