Comment traduire ?

24/02/2015 | Commentaires (1)

Dialogue Comment traduire QJe passe une grande partie de mon temps à traduire des textes, d’une langue à une autre et à une autre encore. A chaque fois, je dois me rendre à l’évidence que les termes les plus intéressants, les termes les plus riches, ceux qui ne sont pas juste factuels, sont toujours extrêmement difficiles à traduire. Parce que chacun fait partie d’une culture, d’une famille, avec son histoire, ses emplois. Mais, comme on ne peut pas les laisser tel quel, comment faire pour les faire résonner au mieux, sans trop les déformer ? * Comment traduire RComment traduire les mots qui dépassent la seule dimension pragmatique du langage ? Comment faire entendre l’arrière-fond des choses ? L’esprit qui les sous-tend ? Comment exprimer le fonds d’évidence dont la vie émerge ? On a beau essayer de nous faire croire le contraire, on le sent bien : les mots n’ont pas qu’une dimension utilitaire, ne sont pas de simples outils d’information et de communication. Oui, loin de seulement déterminer,... Suite

Volonté et vague

17/09/2012 | Commentaires (1)

CETTE VAGUE, COMME ELLE S’APPROCHE AVEC AVIDITÉ, comme s’il s’agissait d’atteindre quelque chose ! Avec quelle hâte anxiogène elle se glisse dans les angles les plus intimes des gorges rocheuses ! Il semble qu’elle veuille y devancer quelqu’un ; il semble qu’il y a là quelque chose de caché, qui a de la valeur, grande valeur. — Et voici qu’elle revient, un peu plus lentement, encore toute blanche d’excitation, — est-elle déçue ? A-t-elle trouvé ce qu’elle cherchait ? Simule-t-elle la déception ? — Mais déjà s’approche une autre vague, plus avide et plus sauvage encore que la première. Et son âme semble elle aussi remplie de secrets et de convoitise des trésors ensevelis. Ainsi vivent les vagues — ainsi vivons-nous, nous autres êtres voulants ! Friedrich Nietzsche, Gai savoir, IV, 310. Erol Alkan & Boys Noize jouent Waves avec Chilly Gonzales en Piano Remake. ... Suite

Sans dureté, on n’est que des esclaves

31/08/2012 | Commentaires (0)

POUR DEVENIR QUELQUE CHOSE, il faut être dur. Dur vis-à-vis de soi-même – et dur vis-à-vis des autres. Sans dureté, on se fait chahuter : on court au plus pressé, au plus facile, au plus agréable, au minimum d’effort – pour un maximum de bêtise. Au lieu de s’élever dans les hauteurs, au lieu de se surpasser, d’être au-dessus de ses états – et de l’état du monde –, on est guidé par les forces d’un système qui cherche à faire de nous des esclaves, de notre esprit et de nos sens. * Ma dureté Je dois m’élever de cent marches, Je dois aller là-haut et je vous entends appeler : « Tu es dur ; sommes-nous donc de pierre ? » – Je dois m’élever de cent marches, Et personne ne voudrait être marche. * Meine Härte Ich muss weg über hundert Stufen, Ich muss empor und hör euch rufen: « Hart bist du; Sind wir denn von Stein? »— Ich muss weg über hundert Stufen, Und Niemand möchte Stufe sein. Nietzsche, Le gai savoir, « Plaisanterie, ruse et vengeance », 26. ... Suite

Parmi les filles du désert

19/09/2011 | Commentaires (0)

NOUS SOMMES À LA MONTAGNE, DANS LA CAVERNE d’un étrange prophète nommé Zarathoustra, entourés de quelques hommes qui, comme nous, sont effrayés de voir ce que le monde est devenu, à force de suivre les jeunes filles du soleil et de négliger la face cachée de la lumière : une mer de mélancolie, pleine de vieille et sombre affliction, de mauvais tours, de mesquinerie, de jeux méchants, de secrète misère, de vaine gloriole, d’air morne, etc. ; un désert sous un ciel nuageux. Effrayés aussi de voir ce que les hommes eux-mêmes sont devenus : des individus égoïstes, malades, efféminés, dégénérés, au sens où, à force de se laisser aveugler par les lumières de la vérité, nous avons hypertrophié notre raison et perdu notre rapport à la terre, le sens de la terre, et sommes nous-mêmes devenus des déserts dans le désert. Nous nous trouvons donc en compagnie d’hommes qui, comme nous, ont quitté ce monde idéaliste et nihiliste pour se réfugier dans les... Suite

Des filles du soleil aux filles du désert

15/09/2011 | Commentaires (2)

ON LE SAIT : C’EST EN GRÈCE, AU VIe SIÈCLE AVANT J.-C., que pointent les premières lueurs de la pensée rationnelle qui domine aujourd’hui nos esprits. On s’accorde généralement pour dire que l’événement fondateur de notre vision du monde a lieu chez le poète et penseur Parménide ; plus précisément dit dans le prologue de son fameux Poème intitulé – les phusiciens ne s’en étonneront pas – Peri phusikos, Sur la phusis, la nature comme éclosion à la lumière à partir des profondeurs cachées. Il y est question d’un jeune homme pas comme les autres, qui se distingue par sa soif de lumière, son aspiration pour la stabilité et la connaissance ; soif qui l’a poussé à parcourir toutes les villes et à s’occuper de tous les domaines et savoirs accessibles aux hommes. Et grâce à ses efforts, il est bel et bien parvenu à s’élever loin au-dessus de ses semblables, dans les plus hautes sphères de la connaissance, aux confins des savoirs... Suite

Dernière volonté

20/07/2010 | Commentaires (0)

« DERNIÈRE VOLONTÉ » EST LA RETRADUCTION DU TROISIÈME POÈME DES DITHYRAMBES DE DIONYSOS de Nietzsche. « Dernière volonté » enseigne à bien mourir – et donc à bien vivre. En se battant, en dansant, superficiel par profondeur, sur son destin, jusqu’à la mort. Sans arrogance. Simplement en expérimentant et transmettant sa nature… phusique. « Dernière volonté » est la traduction de « Letzter Wille », qui veut en fait dire « Testament ». *** Dernière volonté Mourir ainsi, comme un jour je l’ai vu mourir —, l’ami qui, divinement, lançait éclairs et regards dans ma sombre jeunesse — pétulant et profond, un danseur dans le combat —, parmi les guerriers le plus enjoué, * parmi les vainqueurs le plus grave, un destin debout sur son destin, dur, méditant, préméditant — : * tremblant d’avoir vaincu, jubilant du fait d’avoir vaincu en mourant — : * ordonnant en ce qu’il est mort — et il a ordonné d’anéantir… * Mourir ainsi, comme un jour je l’ai vu mourir : vainquant, anéantissant… *** Letzter Wille. So sterben, wie ich ihn einst sterben sah -, den Freund, der Blitze und Blicke göttlich in meine dunkle Jugend warf muthwillig und tief, in der Schlacht ein Tänzer... Suite

Parmi des filles du désert

24/06/2010 | Commentaires (5)

« Parmi des filles du désert » est la retraduction du deuxième poème extrait des Dithyrambes de Dionysos, le dernier recueil de textes et accès de lucidité de Nietzsche avant de sombrer dans la nuit de la raison. « Parmi des filles du désert » est un psaume composé par un homme bien de chez nous. Un homme qui se rappelle comment, jadis, avant d’avoir rencontré son guide Zarathoustra, il avait fui l’Occident pour l’Orient, comment il avait cherché à laisser de côté notre lourde rationalité et morale traditionnelles pour s’adonner à la passivité de la pure et simple sensualité… Parmi des filles du désert 1 « Ne t’en va pas ! dit alors le voyageur qui se nommait l’ombre de Zarathoustra, reste auprès de nous, — sinon la vieille et morne affliction voudrait de nouveau nous assaillir. Déjà ce vieux magicien nous a ébloui de ses plus mauvais tours, et vois donc, là, le bon et pieux pape a des larmes aux yeux et s’est de nouveau entièrement embarqué sur... Suite

Rien que bouffon ! Rien que poète !

12/05/2010 | Commentaires (2)

Le premier Dithyrambe de Dionysos dévoile la vraie nature du philosophe traditionnel. Loin d’être, comme il le croit, un amant de la vérité, il n’est qu’un bouffon, un poète voltigeant sur de mensongers ponts de mots, sur des arcs-en-ciel de mensonges entre de faux ciels… C’est le soir. Le soleil décline. Les ombres croissent. La vérité, la lumière sombre dans la nuit. Tout comme le philosophe et ses claires idées. Les choses apparaissent dans une autre vérité, une autre lumière : lumière ambiguë, énigmatique, riche, inquiétante. La rosée promet de nouvelles possibilités d’existence. Rien que bouffon ! Rien que poète ! Lorsque la clarté de l’air se trouve retirée, quand déjà les perles de la consolante rosée descendent vers la terre, invisible, et non entendue — car elle porte de tendres chaussons cette consolatrice, la rosée, comme tous les doux consolateurs — t’en souvient-il alors, t’en souvient-il, cœur brûlant, comme, jadis, tu avais soif, de célestes larmes et de ruissellement de rosée brûlé et las, tu avais soif, tandis que sur des sentiers d’herbe jaunie des... Suite