Cours d’éducation physique et sportive

9 avril 2012 | Commentaires (0) | Discussions

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BONNE NOUVELLE : BBOUL ET LUDO, DEUX ENFANTS qui sont tombés par hasard sur phusis.ch, ont accepté de nous épauler dans notre tâche d’exprimer la phusis. S’ils se sont reconnus dans de nombreux articles postés ici même, ils ont cependant considérés certains textes très compliqués, voire « chiants ».

Pour répondre à leurs remarques, PHUSIS leur a proposé de mettre la main à la pâte. N’étant pas des experts en écriture, c’est en s’enregistrant à divers moments de la journée qu’ils alimenteront phusis.ch en partageant leurs expériences de la vie dionysiaque. Un vent frais sur le site !

Leur première contribution concerne l’EPS, ce qu’on appelait à l’époque la gym.

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Cours d’EPS

– Tu sais, cet après-midi, à l’école, on a l’EPS : l’« Education physique et sportive ».

– Chouette, toi qui aime le sport !

– Non, pas chouette du tout : j’ai pas du tout envie d’y aller.

– T’as pas envie de bouger ?

– Bien sûr que si ! Justement. Mais cette après-midi, on va pas bouger : on va pas faire du sport, mais de l’EPS !

– C’est pas la même chose ?

– Eh bien non : le prof le répète tout le temps : « On ne va pas au cours d’EPS pour bouger et jouer. »

– Vraiment ? Mais pour faire quoi, alors ?

– Ça, je n’ai pas encore très bien compris. Tout ce que je sais, c’est que « le sport, à l’école, c’est quand même l’école, et le but c’est d’apprendre des choses », voilà ce que nous raconte le prof quand on lui dit qu’on veut bouger et faire des jeux.

– Il dit vraiment ça, ton prof ? Ça veut dire qu’il aime pas bouger, qu’il aime pas le sport ?

– C’est pas ça. D’ailleurs quand il joue avec nous, il est encore pire que moi : il y va vraiment à fond et n’arrive quasi plus à s’arrêter. Au point d’en oublier l’heure.

– Mais alors pourquoi il veut vous apprendre des choses au lieu de vous laisser jouer ? Il est dingue, ton prof ?

– En fait, je crois que ce n’est pas sa faute. Tu vas pas me croire : l’autre jour, à la récré, il était entouré de profs qui se moquaient de lui, qui le traitaient d’amuseur d’enfants, tu sais, pour qu’on se tienne tranquille en classe après.

– Et alors ? C’est vrai non ? C’est ce qui fait sa chance ! C’est pour ça qu’on l’aime bien, non ?

– Oui bien sûr, mais mon prof, lui, il n’aime tellement pas qu’on se moque de lui que c’est justement pour ça qu’il nous laisse pas jouer.

– Euh, j’ai un peu de peine à comprendre : s’il vous laisse pas jouer, vous faites quoi pendant ses cours ?

– On se fait bourrer le crâne.

– Bourrer le crâne ? Mais avec quoi ?

– J’sais même pas : des trucs sur le corps, la santé, et des trucs du genre. Oui, il veut qu’on sache que le sport c’est très important pour être en bonne santé.

– Et alors ? C’est vrai, non ?

– Mais je m’en fous de tout ça, moi ! Et j’ai pas envie qu’on m’explique que tout le monde devrait faire du sport, et en faire seulement « avec modération », comme il dit. Moi j’ai envie de faire du sport, de jouer, et rien d’autre !

– Mais après vous avoir raconté ses histoires, il vous laisse jouer, non ?

– Non, il arrête jamais de nous raconter des histoires, sur tout et n’importe quoi, sur tous les sports, même les plus nuls.

– Ça peut être utile, non, de connaître d’autres sports ?

– Ouais, sûrement, mais pas quand on a envie de jouer, de se défouler. T’es comme le prof ou quoi ? Lui aussi, il dit toujours que ses cours doivent être utiles.

– Ben oui, il a raison : c’est utile de savoir des choses !

– Peut-être, mais pas quand on veut jouer !

– Oui, mais pour pouvoir bien jouer, il faut d’abord connaître les règles.

– D’accord, mais pas de tous les sports, même les plus nuls, sans jamais les mettre en pratique ! Ce qu’il veut qu’on puisse faire, le prof, c’est comme mon papa quand il regarde la télé avec des amis : tout comprendre, tout expliquer et tout analyser.

– Bah c’est utile, non ?

– Oh t’es chiant à la fin avec tes « c’est utile ». On s’en fout de l’utile quand on veut bouger.

– OK OK, j’ai compris. Mais même à la fin, après toutes ses histoires, il ne vous laisse toujours pas jouer ?

– Si, à la fin, un peu. Mais un peu, seulement.

– Ben t’as qu’à être content de ça !

– Non parce que même là, il recommence avec ses histoires. On peut jouer à ce qu’on veut, toutes les dix secondes il siffle pour arrêter le jeu et nous expliquer ce qu’on a fait faux, ce qu’on aurait dû faire et plein de trucs comme ça. Et moi, à chaque fois, j’ai l’impression de rater quelque chose C’est ça qui m’énerve !

– Rater quelque chose ?

– Oui parce qu’à chaque fois qu’on a le droit de jouer cinq minutes, je sens quelque chose de spécial, des trucs de dingue.

– Quelque chose de spécial, des trucs de dingue ? Tu remarques surtout que c’est plus sympa de jouer que d’écouter des histoires, d’apprendre des règles et des schémas tactiques, non ?

– Tu comprends vraiment rien, toi. Pour sûr que tu ferais un bon prof. Non : ce qui se passe de spécial, les trucs de dingue, c’est dans le corps, qu’ils se passent – pas dans la tête. Ça ne t’est jamais arrivé, toi, pendant un match de n’importe quoi, de faire une super passe, tellement super que t’as pas arrêté d’y penser après ?

– Oui, c’est vrai, ça arrive : pendant un moment, on est content, on est fier.

– Fier ? Tu crois que c’est ça ? Que c’est que ça ? C’est juste une sensation de fou, non ? Quelque chose qui se passe comme ça, dans le corps – et qui reste dans la tête !

– C’est vrai, t’as peut-être raison.

– Peut-être raison ? Et l’excitation d’un match serré, la tension, la complicité au sein de l’équipe, t’as déjà senti des trucs aussi forts à d’autres moments que dans le sport ?

– Non t’as raison, cette excitation, dans l’effort, tous ensemble, c’est vraiment spécial. Mais bon, ça n’arrive pas souvent !

– Ben c’est exactement ça qu’il devrait nous apprendre, le prof, non ?

– Mais comment tu voudrais qu’il le fasse ? En plus, c’est pas logique ce que tu dis, parce que pour faire une bonne passe ou pour vivre des moments comme ça, il faut d’abord connaître les règles et faire plein d’exercice pour savoir bien jouer.

– Oui, bien sûr qu’il faut passer par là. Mais ça sert à rien de faire mille théories et mille exercices sur mille sports. C’est pas en apprenant chaque semaine dix nouveaux exercices qu’on arrivera à faire un geste bien, une belle passe ; un truc qui fait vraiment plaisir ; un truc très difficile qui tout à coup devient tout facile.

– Qu’est-ce que t’entend par « truc » ?

– Mais t’as bien compris : un mouvement, un geste super, une passe incroyable, un shoot de fou. Un truc de dingue, quoi ! Un truc qu’on s’attend même pas à faire, qui se fait quasi tout seul, sans qu’on réfléchisse ! Un truc qui vient tout seul ! Un truc qui nous dépasse ! Un truc parfait ! Un truc qui fait vraiment du bien, qui nous fait vraiment plaisir. Un truc qui te fait sauter de joie, qui te donne envie d’embrasser les autres, qui te donne envie de sourire tout le temps, qui te donne envie de piqueniquer, quoi ! Et non, à la place, on a l’EPS : l’« Education physique et sportive ».

 

 

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