La biologie

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Le terme « biologie » apparaît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. A partir du grec, il se définit comme proposition, discours rationnel (logos) sur la vie (bios, au sens du moyen de vivre, du monde où l’on vit, du vivant en général).

A l’écoute du mot « biologie »

L’entente actuelle du logos date du IVe siècle avant J.-C., le siècle de Platon et Aristote, les philosophes fondateurs de notre tradition. Il est le genre discursif qui imprègne notre langue, et par suite l’ensemble de notre vision du monde et manière de penser. Il consiste en la synthèse d’un sujet, d’un thème, et d’un prédicat qui affirme quelque chose à propos du thème. Quelle que soit notre situation, on est d’emblée pris par cette optique logique. On attribue des prédicats à des sujets. On n’arrête pas d’affirmer quelque chose sur quelque chose.

Exemple : on voit un arbre, on (se) dit : « Ceci est un arbre ». On détermine le « ceci » (sujet) par le prédicat « arbre ». Puis on passe à autre chose. A sa taille, sa nature, son aspect, par exemple. Pour autant qu’on ne soit pas déjà complètement ailleurs : « Comme il est grand ! », « C’est un chêne », « Comme il est beau ! » On détermine toujours le même sujet (arbre) par de nouveaux prédicats, selon certaines catégories. Et il en va ainsi pour tout ce qui nous passe sous les yeux. On cherche à le distinguer, le définir. Avant de passer à autre chose.

Autre exemple : on se réveille au milieu de la nuit. On remarque quelque chose de bizarre à côté du lit, là-bas, vers la porte. Alors on se dit, tout tremblant, « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Sans même remarquer qu’on pose la question fondamentale de toute la tradition occidentale. Et on ne pourra se rendormir paisiblement que si on arrive à une réponse logique du genre : « C’est mon pantalon et mon pull qui, dans l’obscurité, ressemblent à un monstre ».

C’est comme ça : notre manière de penser s’oriente d’emblée, par la langue elle-même, sur la détermination logique des choses. En ce qu’elles sont et comment elles sont. En leur être, disent les philosophes. Pourquoi ? En réponse soit à un étonnement, soit à un effroi. La curiosité et la peur sont les tonalités affectives qui poussent depuis la nuit des temps l’homme occidental à s’adonner à la philosophie ou à la science.

La biologie comme science

La philosophie et les sciences – dont la biologie – se trouvent au cœur de cette conception du monde et manière de penser. Elles cherchent à en avoir le cœur net sur ce que l’homme ne comprend pas, ce qui l’étonne ou l’effraie. Le philosophe comme philosophos : amant (philos) de la sagesse, du savoir (sophia). Le scientifique comme epistamenos, celui qui s’approche, ou se trouve auprès de la chose à connaître (epi-) en vue d’y trouver une ferme tenue (stasis). Base de la science (scientia, du latin scire, qui veut dire savoir).

Tous deux, le philosophe et le scientifique, empruntent, pour arriver à leur fin, la voie de la logique rationnelle, prédicative : le langage qui détermine les choses (sujets) par un prédicat. En ce qu’elles sont et comment elles sont. En leur être, disent toujours et encore les philosophes. Avec pour bénéfice, en parvenant à saisir logiquement les choses, de gagner une certaine stabilité dans l’étonnant et souvent périlleux va-et-vient incessant des phénomènes.

La biologie comme science moderne

Depuis la modernité, sous l’impulsion de Descartes (XVIIe), les sciences et la philosophie ne reposent plus seulement sur la relation logique « sujet-prédicat » (ceci est cela), mais sur la relation « sujet-objet », à laquelle est de plus liée la notion de « certitude ». Les phénomènes n’apparaissent plus comme des sujets mais comme des objets pour le sujet certain de soi : le philosophe et/ou scientifique en pleine investigation. C’est l’amorce du triomphe du sujet, de la subjectivité sur toute chose et phénomène du monde. Tout se réduit à n’être plus que simple objet pour le sujet. Objet observable, utilisable, manipulable et transformable par lui. Puissance de l’homme.

En plus d’accomplir ce tournant, Descartes initie encore une méthode de traitement des choses. Il s’agit de la méthode analytico-synthétique qui imprègne depuis notre vision du monde et rapport à lui. Elle consiste 1) en une analyse (division) de toute chose en ses plus petites parties, jusqu’au noyau, et 2) en la synthèse (rassemblement) de celles-ci comme tout.

Fort de cette méthode, le but des sciences devient résolument double : comprendre ce que sont les choses (but théorique), mais aussi les transformer, les rendre le plus conforme possible à l’idée (de perfection) qu’on s’en fait (but pratique). Concernant le vivant : reconnaissance de celui-ci en son être et transformation en vue de plus de santé, plus de stabilité, plus de force, plus d’efficacité, de richesse, de beauté, etc.

En tant que science théorique, la biologie a pour but de comprendre la vie telle qu’elle se présente chez les êtres vivants. En tant que science pratique, elle vise à transformer, améliorer, maximiser ces derniers et le monde qui les entoure. Afin qu’ils soient le plus conforme à l’idée de perfection que nous nous en faisons. A la manière finalement dont nous voudrions qu’ils soient idéalement. Fuite vers un autre monde.

Efficacité de la biologie

Au fil de l’évolution des sciences, soutenue par les incessants progrès techniques, l’impact de la biologie (et en particulier, dans celle-ci, de la biochimie, la biologie moléculaire) s’est décuplée pour pénétrer les plus importants domaines de la société : avant tout la médecine, la pharmacie, l’agro-alimentaire, etc. Partout, le but est l’amélioration de toute chose à l’aune de notre idée de perfection. Idée aujourd’hui marquée par la volonté de bien-être, de confort, de facilité, de plaisir et de bonheur tout azimut.

Grâce à son efficacité, la biologie s’est toujours davantage retrouvée au centre de notre système de pensée et de productivité. Jusqu’à devenir la science dans laquelle on place les espoirs et fantasmes les plus fous. Gommer les imperfections de la nature (et de nos personnes). Faire du monde ici et maintenant un monde idéal, un paradis terrestre. Mort à la souffrance, à la vieillesse, à la mort.

Dans le domaine de l’agriculture, elle a notamment permis de faire croître la productivité et baisser les coûts dans des proportions inouïes. D’abord grâce à la mécanisation et aux traitements chimiques. Ensuite aux manipulations génétiques. La tomate hors-sol, aussi parfaitement calibrée que peu coûteuse, triomphe toute l’année.

Question vitiviniculture, les productions sont devenues industrielles. Immenses parcelles travaillées à grands renforts mécaniques et chimiques. Pour un maximum de raisin calibré et de vin uniformisé disponible à bon prix dans toutes les grandes surfaces. Avec un peu de chance même en action. Triomphe de la science, du néo-libéralisme et de la consommation.

Dès les années 1920, on commence toutefois à s’inquiéter de la tournure des événements et à réfléchir à d’autres modes de production. Plus en harmonie avec la nature. En réaction à la tendance scientifique pure et dure se joue le tournant biodynamique. Sa présentation se trouve ici.

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