1 | De l’instinct à la raison

9 mars 2013 | Commentaires (1) | Pensées phusiques

paul-klee-buste-enfant-1933NOTRE RAPPORT AU MONDE est le fruit d’un long cheminement. Nos perceptions et nos interprétations, tant de notre personne que de ce qui nous entoure, découlent de tout un développement et de tout un apprentissage. Mais d’où viennent les sensations, images et idées qui nous travaillent ? Quelle est leur portée et leurs limites ? Dans quelle mesure sont-elles conformes à la réalité de la vie ? Et en quoi sont-elles utiles ou néfastes à notre existence ?

PHUSIS cherche à démêler l’affaire dans une série de courts articles. Le premier présente le développement instinctif, chez le petit enfant, d’une première intelligence du monde.

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A la naissance, nous sommes bien démunis. Pour survivre, le bébé a besoin d’être couvé, nourri et protégé plus longtemps que n’importe quel autre être vivant. Si, dans le corps, les choses se mettent en place toutes seules, notre rapport au monde et à nous-mêmes est le résultat de toute une évolution et élaboration. Progressive, notre ouverture au monde est d’abord le fruit du développement de notre instinct et de la formation de premiers réflexes.

Dans un premier temps, le petit enfant agit et réagit de manière purement instinctive. Il suit en toute innocence ses pulsions et sensations de plaisir et de déplaisir ; et obéit en toute insouciance aux indications, injonctions et autres réprimandes de son entourage. Tout n’est pour lui que jeu et apprentissage intuitif. Aussi suit-il en toute spontanéité et naïveté, d’une part les forces et phénomènes qui le traversent, d’autre part ceux qu’il rencontre. Pas à pas, il prend ainsi conscience de son corps et de sa personne, tout comme il s’ouvre au monde dans lequel il vit ; monde à la fois drôle et pas drôle, agréable et désagréable, avenant et hostile.

Loin de toute réflexion, et par suite de toute idée de bien et de mal, tout comme de notion de bonheur et de malheur, la vie de l’enfant n’est que succession d’expériences. A force de plaisirs et de souffrances, de rires et de larmes, l’enfant développe instinctivement non seulement de premiers réflexes et de premières images, mais encore une première intelligence du monde. Sous l’aile de son entourage, tout n’est pour lui que découverte et affirmation spontanée du jeu tragi-comique de l’existence. Par là il gagne non seulement une première ouverture au monde, mais encore une première maîtrise, toute relative, au sein du va-et-vient des forces et des phénomènes.

De la sorte, le bébé devient enfant. Il apprend progressivement à saisir des objets ; à comprendre la teneur de ce qu’on lui dit, puis toujours davantage ce qu’on lui dit ; à prononcer des sons, puis des mots, jusqu’à être capable d’articuler des phrases, voire de développer des idées. En multipliant les tentatives, il parvient à se tenir debout, puis à marcher, puis à courir sans tomber. Tout comme il arrive à ne plus faire pipi au lit, à éviter de se taper la tête contre les coins de tables, à ne pas manger comme un cochon, à ne pas courir après son ballon qui traverse la route, etc.

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Aide

Il convient de distinguer deux types de bien : le bien moral, qui qualifie ce qui est conforme aux idées morales ; et un bien structurel, qui caractérise ce qui vaut quelque chose (au sens où une chaise est bonne parce qu’elle remplit sa fonction et ne s’effondre pas quand on s’assied dessus). Dans un premier temps, le bien de l’enfant concerne uniquement ce qui lui permet l’équilibre nécessaire des forces pour la survie. Sur un plan moral, l’enfant se situe d’abord par-delà bien et mal ; jusqu’à ce que les parents, l’entourage, l’école et la société s’en mêlent.

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Disponible dans quelques jours, le prochain article présentera comment l’enfant en vient à incorporer de premières règles et à prendre conscience de son images et des images en général.

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