La philosophie phusique

Notre blog véhicule une sagesse à la fois très ancienne et très actuelle, liée à ce que les anciens Grecs ont appelé phusis. Couramment traduit par nature, le mot phusis signifie bien plus que ce qu’on entend aujourd’hui par « nature », le domaine des choses qui sont nées de manière naturelle, par opposition aux objets fabriqués par l’homme : l’art, la culture, la technique, etc.

Phusis exprime de manière englobante tous les phénomènes vivants (naturels, humains, divins) en ce qu’ils ont en commun, à savoir qu’ils apparaissent productivement à la lumière à partir du retrait et de la destruction dans les profondeurs.

En marge des catégories objectives et des oppositions binaires, le mouvement phusique valorise le caché, les nuances, la plasticité, les interdépendances. Sa plus grande reconnaissance est qu’il n’y a au fond pas de contraire, pas d’opposé, mais que tout est différence de degrés du même : la clarté et l’obscurité, la richesse et la pauvreté, la simplicité et la complexité, la santé et la maladie, la force et la faiblesse, la beauté et la laideur, l’amour et la haine, l’intelligence et la bêtise, la vie et la mort qu’on distingue depuis la nuit des temps ne sont à vrai dire que des versants de la même réalité, de la même phusis.

Grande raison phusique

Loin de se concentrer sur le présent, le visible – pour le classer, le manipuler (utilitarisme) –, la philosophie phusique s’intéresse à l’absent, l’invisible qui permet toute apparition à la surface. Au lieu de s’appuyer sur les seules compétences logico-rationnelles, au lieu d’objectiver les choses à partir d’idées et de structures toutes faites, elle mise sur les infinies ressources de la sensibilité pour dévoiler les tensions, les résonnances et la cohérence inhérentes à la grande raison phusique.

Immense oeuvre d’art

En se plongeant dans les phénomènes pris dans leur ensemble, en leur faisant écho, la philosophie phusique ouvre sur quantité de perspectives, de compréhensions du monde et de possibilités d’existence inouïes. L’enjeu est de parvenir à sentir, connaître, et laisser résonner, par ses pensées et ses actes, en soi et en-dehors de soi, les forces surabondantes et façonnantes qui nous traversent de fond en comble. Pour finalement expérimenter la vie comme une immense œuvre d’art, dont nous sommes une infime partie.

Par l’écoute des grands artistes et la mise en perspective phusique, tout un chacun peut se libérer l’esprit et nuire à la bêtise – à commencer par la nôtre – afin de dégager de nouveaux horizons de pensée et d’action.