Dionysos, aujourd’hui ?

23 décembre 2014 | Commentaires (0) | Chroniques, Dionysos

louis-soutterDionysos toujours et partout QQuestion suite à celle de la semaine dernière : on y apprenait que Dionysos est bien plus présent sur les vieux vases grecs que dans les vieux textes grecs.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? N’est-ce pas encore exactement la même chose ? Puisque notre langage rend très difficile l’expression des forces d’ivresse, de vie et de mort propres au dieu, ne trouve-t-il pas, comme en Grèce il y a très longtemps sur les vases, d’autres moyens d’apparaître ? Par exemple sous d’autres formes artistiques : la musique, la peinture ou encore le cinéma.

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Dionysos aujourd’hui ROui, il en est bien ainsi ! Plus de deux millénaires après les anciens Grecs, Dionysos continue à apparaître. Ou en tout cas les forces qu’il incarne. Et pas seulement dans les œuvres d’art, mais partout : dans tous les phénomènes de la nature !

Les forces productrices et destructrices de formes, de sons, de couleurs, ne relèvent-elles pas de ce que les anciens Grecs ont appelé Dionysos ? Ne sont-ce pas les puissances de surabondance et de maîtrise dionysiaques qui font venir au jour, germer, pousser, croître et jouer les phénomènes à partir de leur retrait, de leur déclin, destruction et disparition ?

Le dieu de la vie, de la mort et des arts ne continue-t-il pas à être partout le maître du jeu ? L’artiste, le metteur en scène, l’acteur du va-et-vient tragi-comique de l’existence ?

Réponse : oui, bien sûr ! A cette différence qu’on n’aime aujourd’hui plus trop croire aux dieux. Un reste de dieu moral, garant d’une vie meilleure, à la rigueur, mais un dieu artiste, enfantin, joueur de surcroît, ça, oh mon Dieu non, jamais plus !

Raison pour laquelle on ne célèbre plus Dionysos. Pas même sur les vases et autres vaisseliers.

Et pourtant, les mystérieuses forces de surabondance et de maîtrise qu’il incarne sont toujours présentes. Dionysos est toujours là, présent partout. Mais désormais confiné à l’absence : contraint de travailler masqué, dans l’ombre, en tant que grand caché, dans les secrets ateliers de la nature.

Pourquoi ? Justement parce que notre vision du monde, notre rapport aux choses, notre langue elle-même nous rend incapables d’exprimer, et même de considérer en bonne et due forme les mystérieuses forces artistiques de vie et de mort qui pourtant nous traversent de fond en comble.

Oui, dans tout ce que les êtres pragmatiques que nous sommes considérons et entreprenons, c’est ce qui se montre, se mesure, se manipule qui prime, la seule part émergée de Dionysos : ses formes, ses apparences, ses masques. Et nous oublions, négligeons, et même plus écartons et écrasons les obscures forces qui poussent, qui tirent, qui luttent, qui jouent sous les voiles, sous les belles apparences.

Rapport chosiste au monde qui ne va pas sans risques : écartées et écrasées, les sombres puissances cachées ne travaillent pas moins, mais s’inventent au contraire de nouvelles possibilités d’existence, – violentes, bestiales, barbares, s’il le faut. En tant que ressources garantes du bon ordre et de l’harmonie du monde, elles ne peuvent faire autrement que chercher à rétablir l’équilibre perdu.

Avec l’homme, si possible, lui qui est capable de les exprimer si bien, avec une si délicieuse complexité, dans ses œuvres d’art, ou mieux simplement dans l’œuvre d’art qu’il fait de lui-même. Ou alors sans l’homme, s’il le faut, si ce dernier reste opiniâtrement rivé sur les apparences et ses idées.

Allez, qu’on se le dise, pour que vive l’homme !

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Tous les mardis, PHUSIS donne une perspective phusique à une actualité, un événement, un extrait de texte, une pensée, une sensation, un problème ou n’importe quel phénomène jubilatoire ou inquiétant de notre monde formidable. Le matin, à 6h30, un phusicien poste un bref article, sous forme de question à méditer. Puis, à midi, PHUSIS propose une réponse et mise en perspective.

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