Election FIFA

2 juin 2015 | Commentaires (2) | Chroniques, Clés de lectures

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J’adore regarder le sport à la télévision : football, tennis, basket, athlétisme, etc. Mais l’autre jour ça m’a moi-même surpris de me retrouver à regarder le Live Stream de l’élection de… Sepp Blatter à la tête de la FIFA. Alors même qu’on est en plein Roland-Garros et qu’il y aurait mille autre choses plus intéressantes à faire, je me suis retrouvé là à regarder en direct des gens en train de voter. Comme si l’événement était incontournable, comme une élection de président ou de pape.

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FIFA 

Quelque chose me fait croire que nous sommes joliment téléguidés dans nos activités quotidiennes. Dès qu’on a du temps libre, dès qu’on se situe en dehors de nos obligations, professionnelles, familiales, voire amicales, s’il en est, on se retrouve volontiers scotchés devant notre téléviseur ; et ce de plus en plus pour regarder des manifestations sportives – pardon des events sportifs, comme on dit aujourd’hui. En ce moment, après le foot, tout le monde s’intéresse à Roland Garros, par exemple, et bientôt il y aura le Tour de France, puis les Championnats du monde d’athlétisme, etc. : tout le calendrier annuel est finalement rythmé par les grands événements sportifs.

Tout bien considéré, c’est sûrement mieux de regarder le sport à la télévision plutôt que des mauvaises séries, des nanars, des reportages sur tout et rien, ou encore les journaux télévisés : oui, mieux vaut encore voir évoluer, lutter, se dépasser et jouer des corps plutôt que des esprits ratatinés, psychologisants, moralisant et stérilisateur d’imaginaire et de réalité. Mais, si on y réfléchit bien, il y a quand même mille autres choses – et même plus, mille et une autres choses – de mieux à faire, dans cette vie, que d’être vissés à son téléviseur, comme il y a mille et une autres choses de mieux à faire que d’être à la merci de tous les genres possibles d’appareils, véhicules d’informations, de communications, d’illusions, de fantasmes et de divertissements aussi précuits que plats, pour ne pas dire virtuels.

Et voilà que, la semaine dernière, tout à coup, on n’a plus rien compris : les amateurs de sport ont soudain été téléguidés loin des stades – non seulement par la télévision, mais par les médias en général : du côté du 65e Congrès de la FIFA, la Fédération internationale de football. 65e congrès, à Zurich, où se jouait l’élection du président en personne, et où le Haut-valaisan Sepp Blatter briguait, à l’âge canonique de 79 ans, un cinquième mandat à la tête de la fameuse organisation.

Au lieu d’être amenés à voir je ne sais quelle manifestation sportive à gros sous, on s’est retrouvé – dans mon souvenir pour la première fois – face à une nouvelle vedette, qui risque bien de prendre de plus en plus de place : l’administration sportive, qui a visiblement choisi de sortir de l’ombre pour évoluer elle aussi sous les feux de la rampe et des caméras.

Le Hallenstadion de Zurich a été transformé en immense salle de congrès, digne des plus impressionnantes et inquiétantes messes politiques ou religieuses. La mise en scène était parfaite. D’autant plus avec l’immense coup de théâtre deux jours avant l’ouverture du Congrès, avec l’arrestation spectaculaire, via la justice américaine – un peu comme Roman Polanski il n’y a pas si longtemps que ça pendant le Festival du Film de Zurich –, de plusieurs hauts-fonctionnaires du foot, apparemment corrompus ; action dont l’intérêt a été redoublé par les innombrables attaques de Michel Platini, Président de l’UEFA, la Fédération européenne de football, apparemment prête à toutes les extrémités pour empêcher la réélection de Sepp Blatter.

On ne savait plus trop ce qu’on était en train de regarder : une mauvaise série ? Un mauvais film ? Une émission politique ? Un forum économique ? Une messe religieuse ? Ou alors quand même une retransmission sportive ? La vie entière ne serait-elle qu’un immense tournoi sportif ? Et voilà qu’on s’emmêle, qu’on ne sait plus trop quoi croire, qu’on peine à trouver des prises, qu’on se trouve contraints de bavarder, comme on le fait le plus souvent, aussi lors des événements politiques, économiques ou encore religieux.

Une chose est sûre : l’administration sportive internationale fonctionne comme un système politique, à cette différence près – différence majeure – qu’elle se situe par-delà les nations, à échelle planétaire. A l’instar des plus grandes institutions religieuses, peut-on dire, qui font tout pour englober et embrasser la terre entière. Si, dans le monde, il y a aujourd’hui quelque 2,5 milliards de chrétiens – pas tous très actifs, il faut l’avouer –, on approche les 2 milliards d’adeptes au football.

Plus encore que le christianisme, le foot est devenu un véhicule mondial de valeurs. C’est en effet pour le bien du jeu, le bien du monde, « de la discipline, du fair-play et du respect », comme le rappelle Sepp Blatter suite à sa réélection, que travaille la FIFA. Du moins en surface : au fond, tout porte à croire qu’il y a quelque chose d’autre qui travaille, une force supérieure, un dieu, pourrait-on dire : un dieu assoiffé d’argent et de reconnaissance.

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Tous les mardis, PHUSIS donne une perspective phusique à une actualité, un événement, un extrait de texte, une pensée, une sensation, un problème ou n’importe quel phénomène jubilatoire ou inquiétant de notre monde formidable. Le matin, à 6h30, un phusicien poste un bref article, sous forme de question à méditer. Puis, à midi, PHUSIS propose une réponse et mise en perspective.

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