Tarentino | Les huit salopards

22 janvier 2016 | Commentaires (0) | Cinéma, Vidéo

ennio-morricone-album-large_trans++qVzuuqpFlyLIwiB6NTmJwfSVWeZ_vEN7c6bHu2jJnT8Western de Quentin Tarentino, avec Jennifer Jason Leigh, Tim Roth, Kurt Russell, Samuel L. Jackson, Channing Tatum, Walt Goggins. Musique par Ennio Morricone. Film formidablement tendu, violent et… beau, montrant qu’on n’est pas sorti de l’auberge. Actuellement en salles.

On est aux Etats-Unis d’Amérique, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, quelques années après la Guerre de sécession. Le film s’ouvre sur des paysages de montagnes, quelque part dans le Wyoming, dans la neige. Soudain, des oiseaux s’envolent. Puis la caméra s’arrête, longuement, sur un terrible calvaire, solitaire, prisonnier dans la neige. Derrière, au loin, arrive une diligence, qui passe. Avant qu’on la retrouve, plus loin, arrêtée par un homme accompagné de trois… cadavres congelés.

Dans la diligence, on découvre un ours, humain : John Ruth, qu’on apprend être chasseur de primes. Il est enchaîné à une femme, sa prisonnière : la dangereuse Daisy Domergue, rude comme lui, mais plus maligne, malicieuse, qui va lui rapporter une coquette somme, à Red Rock où il l’emmène. Dehors, l’homme sur la route, assis sur ses cadavres, dit s’appeler Major Marquis Warren, être un ancien soldat, devenu chasseur de primes, lui aussi. N’ayant plus de cheval, il souhaite grimper dans la diligence, pour ramener ses trois macchabées en ville – et ne pas mourir de froid.

On s’observe, se méfie, se jauge, se cherche. Alors que la tempête menace. Finalement, on se reconnaît, voire fraternise, et Warren embarque. Pour un premier huis-clos, rempli de tension, de violence, et d’humour aussi, dans la calèche. Warren possède une lettre personnelle de la main du président Abraham Lincoln lui-même.

Plus loin, suite à une péripétie qui envoie Daisy Domergue et John Ruth dans les décors, un autre homme est annoncé sur la route, courant dans leur direction. Il se présente sous le nom de Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock, mais pas encore en possession de son étoile. De nouveau, on s’observe, se méfie, se jauge, se cherche, et finit par faire route ensemble, sinon par fraterniser. Dehors, la tempête se fait de plus en plus menaçante. Dedans, se joue un deuxième huis-clos, à quatre, rempli de tension, de violence, d’humour, sur fond de la fameuse lettre d’Abraham Lincoln.

Et voilà que la tempête s’installe vraiment, terrible, glaciale : un blizzard à décorner les bœufs. Et tout ce beau monde de se voir contraint de faire escale dans la mercerie de Minnie, sur la route de Red Rock. Mais là-bas, d’emblée, il y a des choses qui clochent : un drôle de Mexicain du nom de Bob vient à leur rencontre et s’occupe d’eux, racontant que Minnie est partie chez ses parents, de l’autre côté de la montagne ; la serrure de la porte d’entrée a été pulvérisée, il faut clouer des planches pour la fermer. A l’intérieur de l’auberge, l’ambiance est étrange ; on découvre trois autres personnages : Oswaldo Mobray, qui se présente comme le bourreau de Red Rock ; Joe Gage, dit le Cowboy, en route pour retrouver… sa maman ; et le vieux général Sanford Smithers, le Confédéré, à la recherche de son fils.

Deux, plus un, plus un, plus un, plus trois : ça fait bien huit.

Comme dans la diligence, on commence par s’observer, se jauger, se chercher. Alors que dehors la tempête bat son plein, dedans, un nouveau huis-clos s’installe : le troisième – et dernier –, plus rempli de tension, de violence et d’humour que nul autre. Un nœud coulant qui, gentiment, voit la corde se tendre, toujours davantage, pour accoucher d’un premier mort, relativement propre, puis de nombreux autres, plein de sang.

Au final, on se rend compte qu’à bien y regarder, des salopards, il n’y en a pas huit, mais cinq. La traduction du titre n’est pas bonne. The Hateful Eight signifie Les huit odieux, Les huit haineux, détestables, haïssables : odieux parce que plein de haine, détestables au sens propre, au sens où ils ont tout pour être détestés. Mais, finalement, on ne les déteste pas tous. C’est un peu le contraire d’aujourd’hui, où les gens sont a priori tous appréciables, avenants, sympathiques, avant qu’on remarque qu’une bonne partie d’entre eux sont des salopards.

Cinq salopards, majoritaires, donc : cinq affreux menteurs, perfides, sans âme, cinq individus assoiffés de puissance et d’argent, très différents les uns des autres, en apparence, mais au fond très semblables, par leur nature abjecte et inhumaine. Les autres, les trois autres, sont des hommes durs, brutaux, certes, mais droits, portés par une éthique, une vision du monde, une morale, un certain humanisme.

Si John Ruth est devenu chasseur de salopards, c’est qu’il est, sous son apparence d’ours mal léché, un être sensible, engagé pour rendre le monde meilleur. Sous ses airs de gros béta, Chris Mannix, le shérif, est un être ambitieux, naïf, pas doué mais intelligent – et tout sauf lâche. Et Major Marquis Warren s’avère être un grand justicier de la vie : l’incarnation des forces vivantes qui livrent, dans le calme, la sérénité, la précision, et même la joie, une guerre sans merci contre les prétendus puissants, les salopards qui écrasent les gens bien.

Comme le dit la mystérieuse lettre du président Abraham Lincoln – et c’est là la morale de l’histoire –, ce sont des hommes comme Warren qui feront la différence dans notre monde de brutes.

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