Tristesse, quand tu nous tiens…

23 juin 2012 | Commentaires (1) | Chroniques, Ludo et Bboul, Pensées phusiques

HIER, BBOUL A DE NOUVEAU ÉTÉ TOUT TRISTE. Les trucs que lui a donnés Ludo pour ne pas être triste n’ont pas marché. Ensemble, ils cherchent et trouvent de nouvelles possibilités.

*

Tristesse, quand 2

– Tu sais, hier, j’ai de nouveau été tout triste.

– Ah bon, encore ? Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

– Ben… c’est bête, je ne sais de nouveau pas trop.

– T’as de nouveau été triste sans raison ? T’as de nouveau pensé à moi, à nous ?

– Je sais que c’est bête, mais j’étais de nouveau triste qu’on ne puisse pas être ensemble.

– Mais alors, et les trucs que je t’ai donnés ?

– Ben j’ai essayé, mais ça n’a pas marché. D’abord, je me suis dit que j’étais bête, que je devais sourire en me rappelant qu’on a été bien ensemble ; et me réjouir qu’on le sera bientôt de nouveau ; parce que toi aussi tu m’aimes bien et que tu aimes bien être avec moi…

– J’ai dit ça moi ? Ce n’est pas trop mon genre… Bon, et alors ?

– Ben ça a marché un moment, puis ça n’a plus marché : la tristesse est revenue.

– Et après ?

– J’ai fait exactement comme tu as dit : au lieu de rêvasser, au lieu de pleurnicher, j’ai décidé que c’était bête, que ça ne servait à rien, qu’il fallait que j’arrête : que je pense à autre chose, que je passe à autre chose.

– Et ça a marché !

– Non, ça n’a pas marché non plus. J’avais beau faire, la tristesse était toujours là, tout près.

– Mais tu as pensé à quoi ?

– J’ai tout essayé : à ce que je pourrais faire, à quoi je pourrais jouer ; à l’école, aux vacances, à mes grands-parents, à plein de trucs ! J’ai tout essayé. Des fois, ça marchait un moment, puis ça ne marchait plus. Et j’étais de nouveau tout triste.

– T’as dû mal t’y prendre ! Chez moi, ça marche très bien.

– Ben chez moi ça ne marche pas. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé !

– Mais ça doit marcher !

– Ça doit marcher ?

– Mais oui, ça doit marcher : sinon, tout le monde serait tout le temps triste !

– Tu crois ?

– C’est évident ! Regarde : c’est pour tout le monde la même chose : personne ne peut toujours faire ce qu’il veut, être avec qui il veut ! Alors il faut s’en faire une raison.

– Mais tu dis quoi… Chez moi, ce n’est pas aussi simple que ça. Je ne peux pas juste décider, comme ça. Il y a quelque chose de plus fort que moi. Quelque chose qui gronde, qui gratte…

– Chez moi aussi, c’est comme ça ! C’est chez tout le monde la même chose ! Ce qu’il faut, c’est apprendre à s’en débarrasser !

– Mais ce n’est pas si simple que ça, puisque je te dis que c’est plus fort que moi !

– Donc, il faut apprendre à être plus fort.

– Ah ouais ? Plus fort que ce qui est plus fort ? Mais c’est impossible !

– Oh, t’es pénible à la fin : mes trucs, je te les ai donnés, non ?

– Oui, mais chez moi, ils ne marchent pas ! Peut-être que je ne suis pas normal…

– Mais si, bien sûr que tu es normal. Juste sensible, très sensible, c’est tout !

– Ça veut dire quoi ? Que je suis comme tu as dit : du genre à être tout le temps triste ?

– J’ai dit ça, moi ? Je n’ai pas été très sympa, alors…

– Oui, ça t’arrive d’être comme ça. Mais tu te rappelles ce que je t’avais répondu ?

– Euh… non.

– Que quand tu parles comme ça, j’ai presque l’impression d’entendre mon papa. Et tu le sais bien, ce n’est pas vraiment un compliment. Parce que mon papa, pour ce genre de choses, ce n’est pas un exemple. Même s’il dit qu’il est insensible, ce n’est pas vrai du tout. La sensibilité, lui, il ne veut simplement pas la montrer. Alors il l’écrase, il l’étouffe. Jusqu’à ce que tout à coup, tout ressort d’un coup. Et là, ce n’est pas dôle du tout et ça fait très mal à tout le monde.

– … Tu crois que moi, quand je pense exprès à autre chose, pour ne pas souffrir, je fais comme ton papa, j’écrase ?

– Ce n’est pas ce que j’ai dit ; je n’en sais rien, mais c’est possible, non ?

– Je ne sais pas… Je n’y avais jamais pensé. Mais peut-être que tu as raison. C’est possible.

– Toi aussi, en tout cas, des fois, tu exploses, non ? Même avec moi, ça t’es déjà arrivé…

– Oui, c’est vrai, je sais. Mais tu crois que c’est ça ?

– Je n’en sais rien, mais c’est possible, non ?

– Oui, c’est possible… c’est bien possible…

– Alors comment on fait, nous, pour faire autrement ?

– Peut-être que mon deuxième truc, celui d’écraser, n’est pas le bon. Peut-être que c’est un truc d’adultes qui ne marche pas.

– Alors on fait comment, nous ?

– Peut-être que le premier truc est meilleur, celui qui m’est venu d’abord, comme ça, spontanément, sans réfléchir.

– Celui de sourire d’avoir été ensemble et de pouvoir l’être de nouveau bientôt ?

– Oui, exactement ! Nous réjouir de pouvoir être bien les deux. De l’avoir été et de pouvoir l’être de nouveau.

– Mais tu ne te rappelles pas ?

– Quoi ?

– Ben, ce truc, là, il n’a pas marché non plus !

– Oui, mais je sais peut-être pourquoi : peut-être que c’est parce que je ne t’ai pas vraiment aidé à faire en sorte qu’il marche !

– Euh…

– Oui, tu l’as dit toi-même, j’ai fait comme ton papa – et comme mon papa d’ailleurs : j’ai fait comme si tout est facile pour moi.

– Et ce n’est pas vrai ?

– Non, pas tout à fait. Pour moi aussi, des fois, c’est dur, mais je n’aime pas trop le montrer.

– C’est vrai ? Des fois, tu es aussi triste, comme ça, sans raison ? Mais pourquoi tu ne le dis pas ?

– Je ne sais pas trop. Peut-être pour me montrer plus fort, pour paraître mieux.

– Vraiment ? Et tu crois que nos papas font aussi comme ça, qu’ils font semblant ?

– Oui, c’est bien possible. Et à la longue, tu sais, on s’habitue… On finit par ne même plus remarquer qu’on fait semblant.

– Mais c’est horrible. Et comment on peut faire autrement, nous, alors, pour ne pas être triste ?

– Ben peut-être comme on est en train de le faire, là, maintenant : ne pas toujours juste jouer, s’amuser, faire des bêtises, foncer comme on a l’habitude de le faire ; mais aussi se prendre des moments pour partager ce qui se passe, en nous et autour de nous, comme ça, sans se cacher : dire ce qui va et qui ne va pas, ce qui compte et ce qui ne compte pas, ce qui nous plaît et ne nous plaît pas. Comme ça, sans faire semblant. En faisant comme ça, quand on est ensemble, on est vraiment bien ensemble, non ? Et comme ça, quand on n’est pas ensemble, on est quand même bien, et même ensemble…

*

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