5 | La tentation des idées

7 avril 2013 | Commentaires (2) | Pensées phusiques

klee imageETANT DONNÉ qu’elles sont de toute clarté, de toute beauté, de toute bonté, de toute stabilité, constance et objectivité, qu’elles sont par suite fiables et rassurantes, les structures, images et idées qui ont cours partout sont pour de multiples raisons une option particulièrement attractive.

Tout d’abord parce qu’elles se trouvent partagées et vantées par tous. Véhiculées qu’elles sont notamment par la publicité, mais aussi par les jeux de société, la télévision, les journaux ou encore sur internet par le biais des réseaux sociaux, elles semblent dans toute situation fonctionner à merveille.

Grâce à elles, on est en mesure de trouver une solution à tous les problèmes ; on peut gérer et ordonner notre existence à souhait, et finalement faire de notre monde un paradis terrestre. Se laisser guider par les structures, images et idées traditionnelles est gage de réussite dans le système, familial et scolaire d’abord, puis social, professionnel et finalement économique.

Si on bénéficie d’une bonne éducation, on jouit automatiquement d’une solide structure de pensée. Tellement qu’on a une emprise toujours plus grande sur les idées et les images, au point qu’il devient de plus en plus tentant et aisé de s’appuyer, dans sa relation à soi, aux autres et au monde, sur cette éducation et ces images plutôt que sur son instinct, ses sensations et son imagination, quant à eux beaucoup moins sûrs et efficaces.

Une grande roue – broyeuse de différences et de nuances, tant intérieures qu’extérieures – commence alors à tourner : on se met à ranger nos sensations dans des catégories, à réduire les phénomènes à des objets, à jongler avec les concepts et les idées ; et ce d’autant plus qu’on est stimulé par quantité de récompenses (bonnes notes à l’école, victoires sportives), par un gain de maîtrise (dans la gestion des problèmes et des relations) et l’augmentation de notre puissance et pouvoir (sur nous et notre entourage).

On devient ainsi toujours meilleur, toujours plus brillant, plus malin, plus efficace et, à la longue, plus important, reconnu, et en fin de compte même riche. En s’appuyant sur les structures, images et idées courantes, on ne cesse de progresser, chacun à sa vitesse, selon la rigueur et l’énergie déployée, en direction de l’idéal. Jusqu’à posséder, à quarante ans, un immense loft suréquipé, une grosse voiture, une jolie femme, deux beaux enfants, un chalet à la montagne, sans parler de la Rolex et des places VIP aux diverses manifestations sportives ou culturelles.

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Aide

Alors que le plaisir du petit enfant est purement instinctif – il s’agit pour lui en toute circonstance de suivre ses pulsions –, il a, dans son cheminement vers le monde adulte, tendance à être de plus en plus marqué par les structures rationnelles-morales de la tradition. Apprenant à maîtriser et dépasser ses pulsions par la raison, l’enfant trouve toujours davantage son plaisir dans la réalisation des idées qu’on lui propose et impose. 

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Il s’agit là du cinquième article de la série « De l’instinct à la raison ». Le suivant cherchera à mieux comprendre comment se joue la promotion tout azimut de l’idéal dans la tête de l’enfant. Vous le découvrirez dimanche dans une semaine. La présentation de la série et les précédents articles se trouvent ici (derniers articles en haut de la page).

2 réponses à “5 | La tentation des idées”

  • Romanysos dit :

    Mais comment faire, alors, pour transmettre de façon appropriée et modérée nos structures de pensées et idées traditionnelles aux enfants et les encourager à demeurer en même temps dans une voie phusique? Comment faire si l’on est nous-même(s) imprégnés d’éducation rationelle-morale? Et comment expliquer cela aux enfants?

  • Michysos dit :

    Ce qu’il s’agit de faire, c’est de favoriser partout, en nous et en dehors de nous, les ludiques forces de l’intelligence instinctive; et ce en surmontant, en nous et en dehors de nous, les sérieuses forces idéalistes morales. Non pas pour les mettre à la poubelles, mais pour les dépasser en direction du jeu de la vie en sa richesse propre; pour réapprendre à jouer avec le plus grand des sérieux: celui de l’enfant – que nous sommes au fond toujours.

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