Vecteurs (suite)

25 janvier 2015 | Commentaires (0) | Clés de lectures, Pensées phusiques

Wassily_Kandinsky_-_Impression_III_(Concert)_-_Google_Art_ProjectAlors que la tendance est de croire que l’homme est capable, par son intelligence, sa logique, sa raison, de comprendre, maîtriser, et organiser les choses à sa guise, on a tôt fait d’être confronté à nos limites. Même si on est en mesure de parer à bon nombre de dangers, de réaliser quantité d’idées et de fantasmes, il nous manque toujours quelque chose, il y a, dans notre existence, toujours de nouveau quelque chose qui coince.

Faut-il s’y résigner ? Accepter la situation ? S’en faire une raison ? Juste faire en sorte que ce ne soit pas la catastrophe, au moins pour nous et nos proches ? Ou y a-t-il d’autres possibilités ? De meilleures manières de faire ?

Et si on freinait le rythme, si on levait la tête, tendait l’oreille, s’élevait au-dessus – et se plongeait en-dessous – de sa petite personne et de ses petits intérêts propres ? Peut-être qu’on se rendrait alors compte qu’il existe des forces cachées, des puissances mystérieuses, douées d’une intelligence, d’une logique prodigieuses, qui dépassent et traversent tout, jusqu’à nos personnes et nos idées. Peut-être que, de proche en proche, on éprouverait alors le besoin de les relever et de valoriser leur existence, leur influence, leur cohérence, leur vérité. Peut-être qu’on remarquerait qu’il n’est pas seulement possible, mais encore bénéfique de les exprimer, de les faire s’élever à des hauteurs – et aussi à des profondeurs – insoupçonnées, inouïes.

Peut-être qu’on se rendrait compte qu’il existe des gens, des artistes qui le font mieux que personne. Des artistes au sens strict, bien sûr, mais plus largement tous les artistes de la vie : tous les chercheurs, toutes les personnes qui parviennent à ne pas être toujours prisonnières de leurs affaires, étranglées par les images, les idées, les fantasmes qu’on nous impose.

Comme vous et moi quand on ne se laisse pas téléguider, forcer à courir dans tous les sens, quand on ne se contente pas de réaliser ce qu’on nous demande ou ce qu’on ambitionne.

*

Par contre, quand on oublie d’être présent aux choses, aux gens, au monde, on est des vecteurs d’autres puissances, stérilisantes, de l’ordre de la pure raison, de la pure logique rationnelle, de l’objectivation, de la simplification, qui poussent en nous comme une seconde nature. Forces qui nous font nous replier sur nous-mêmes, nous centrer sur nous-mêmes, nous immiscent dans un jeu qui n’est pas le nôtre : un jeu vide, un jeu de dupes, un jeu de sape, un jeu de consommation et de pouvoir. Tributaires de ces autres forces, nous voilà transformés en automates, en machines, en singes imitateurs, en brutes dénuées d’ouverture sur ce que nous sommes et ce qui nous entoure, sur notre rôle d’homme au sein du monde.

 

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