Histoire dâamour. Dâamour tragique. Jeu de cache-cache. En tension avec lâamour romantique, les idĂ©es. Jeu de cache-cache qui dure depuis longtemps, trĂšs longtemps. Trop longtemps ?
VoilĂ bien longtemps quâelle lâaime, quâelle veut ĂȘtre avec lui, tout prĂšs. Et mĂȘme plus : quâelle le veut, quâelle veut le possĂ©der, lui, tout entier. Tellement quâelle en est possĂ©dĂ©e, quâelle en est folle.
Folie qui est en mĂȘme temps une honte : folie et honte que de toujours chercher lâautre, et de toujours ĂȘtre si loin lâun de lâautre. Folie et honte que de sâĂȘtre laissĂ© prendre au jeu, de sâĂȘtre laissĂ© piquer comme ça par lâaiguillon dâEros.
A chaque fois quâelle entend son nom, elle est prise de douleur. Oui, la seule entente de son nom la blesse, Ă lâintĂ©rieur. Pourquoi ? Parce que ça ne joue pas comme elle voudrait. Parce que la rĂ©alitĂ© nâest pas comme elle le dĂ©sire. Parce quâelle nâest pas conforme Ă son idĂ©e. Parce quâĂ chaque fois quâils se voient, les deux, au lieu dâĂȘtre ensemble, de faire les choses ensemble, les deux, de partager ce quâils font, ce quâils ont et ce quâils sont, un jeu de cache-cache se met en place. Quand lâun sâavance, lâautre recule. Quand lâun se montre, lâautre se cache, quand lâun se dĂ©voile, lâautre disparaĂźt.
PiquĂ©e quâelle est, forcĂ©ment, elle en veut plus, et mĂȘme beaucoup plus. Elle sâimagine beaucoup plus. Mais que faire ? Comment faire ? Sâavancer plus, prendre davantage de risques ? Venir lui demander, comme ça, comme une idiote, « Comment ça va ? », pour engager la conversation ? Est-ce que ce ne serait pas ridicule ? Est-ce quâil ne trouverait pas ça ridicule ? Est-ce que ce ne serait pas lĂ pour lui une bonne raison de partir plus loin, encore plus loin ? De se cacher et la rejeter plus encore ?
Tout compte fait, Ă bien y regarder, il est, lui, tout autant Ă blĂąmer quâelle. Câest en tout cas ce quâelle se dit. Car elle sait quâil ressent exactement la mĂȘme chose quâelle. Exactement. Elle peut le voir, dans ses yeux. Ăa ne fait pas de doute, elle en est persuadĂ©e, elle le sait trĂšs bien. Ou alors pas du tout ?
Oh, et puis zut, Ă la fin ! Tout compte fait, Ă bien y regarder, elle nâa pas le temps de le vivre, cet amour. Elle en a marre. Elle en veut plus, elle nâen veut plus, de cet amour. Il est trop exigeant, trop fatigant. Il lui coĂ»te trop. Il est trop douloureux.
Non, câest vrai, Ă la fin : elle nâa plus envie de jouer Ă ses jeux stupides. Toujours jouer Ă cache-cache, toujours les mĂȘme jeux stupides. Câest fatigant, Ă la fin, les jeux dâombre : ne jamais savoir, ne jamais en avoir le cĆur net. Toujours en vouloir plus, sans jamais le recevoir. Toujours ĂȘtre entre-deux, sur le fil, sur le qui-vive, dans le va-et-vient, dans le doute. A la longue, câest fatigant, la vie, lâamour, comme ça. Non, le jeu nâen vaut pas la chandelle !
Et en mĂȘme temps, quand elle y pense, elle se dit : sâil fait un pas, aujourdâhui, je ferai comme si de rien nâĂ©tait, je ferai juste semblant dâĂȘtre timide, dâĂȘtre choquĂ©e.
Ah mon cher, câest une tragĂ©die de me blesser comme ça. Que tu me blesses comme ça. Et que je te blesse comme ça Ă mon tour. Une tragĂ©die de jouer comme ça, de se chercher comme ça, de sâentendre comme ça, sans se trouver, sans sâentendre. Et en mĂȘme temps de se chercher, de se trouver et de sâentendre comme personne ne se cherche, ne se trouve et ne sâentend.
Et en mĂȘme temps, elle se dit quâils nâont mĂȘme pas essayĂ©. MĂȘme pas essayĂ© dâaller plus loin, de construire quelque chose, les deux : quelque chose dâautre que ce jeu, ce stupide jeu, ce stupide jeu de cache-cache.
Oui, il est autant Ă blĂąmer quâelle, elle se dit. Car elle le sait trĂšs bien : il ressent exactement la mĂȘme chose, lui. Exactement. Elle le voit dans ses yeux. Ăa ne fait pas de doute. Elle le voit trĂšs bien, le sait trĂšs bien. Sans vraiment savoir quand mĂȘme. On ne sait jamais, dans ces choses-lĂ . On ne sait jamais ce qui se passe, avec la vie, avec Eros. On voit tout, et en mĂȘme temps rien du tout. On est comme piquĂ© de folie.
Mais non, elle nâa pas le temps de le vivre, cet amour. Pas lâĂ©nergie. Elle nâen peut plus. Câen est trop. Ce nâest pas de cette vie, de cet amour, de ce jeu, de ce cache-cache, quâelle veut. Non, elle nâa pas le temps de jouer comme ça, Ă ses jeux stupides. Elle nâen peut plus de ces interminables cache-cache : de le voir reculer Ă chaque fois quâelle sâavance ; et de devoir faire pareil. Jeux stupides. Jeux stupides. Jeux stupides. Non, elle ne veut pas jouer Ă ses jeux stupides, Ă leurs jeux stupides. Il est stupide. Tout ça est stupide. Non, elle nâa pas le temps de jouer Ă ses jeux stupides. Elle nâen a plus envie. Non !
Ou alors oui ? Plus que jamais ? Plus que tout ?
Live de Janet Kay en 1979 (la reprise de Tricky en 2014 est en bas dâarticle) :
Paroles
Iâve been wanting you
For so long, itâs a shame
Oh, baby
Every time I hear your name
Oh, the pain
Boy, how it hurts me inside
âCause every time we meet
We play hide and seek
Iâm wondering what I should do
Should I come up to you
And say, âHow do you do?â
Would you turn me away
Youâre as much to blame
âCause I know you feel the same
I can see it in your eyes
But Iâve got no time to live this love/lie
No, Iâve got no time to play your silly games
Silly games
Yet, in my mind I say
âIf he makes his move today
Iâll just pretend to be shocked/shyâ
Oh, baby
Itâs a tragedy
That you hurt me
We donât even try
Youâre as much to blame
âCause I know you feel the same
I can see it in your eyes
But Iâve got no time to live this love
No, Iâve got no time to play your silly games
Silly games
Silly games
Silly games (No, donât wanna play)
Silly games (Your silly)
No, Iâve got no time to play your silly games
No
Traduction
Je te veux
Depuis si longtemps, câest une honte
Oh, bébé
A chaque fois que jâentends ton nom
Oh, la douleur
Mec, comme ça me blesse Ă lâintĂ©rieur
Parce quâĂ chaque fois quâon se rencontre
On joue Ă cache-cache
Je me demande ce que je devrais faire
Est-ce que je devrais, mon cher, venir vers toi
Et dire, « Comment ça va ? »
Est-ce que tu me rejetterais ?
Tu es tout autant Ă blĂąmer
Car je sais que tu ressens la mĂȘme chose
Je peux le voir dans tes yeux
Mais je nâai pas lâtemps dâvivre cet amour/mensonge
Non, je nâai pas le temps de jouer Ă tes jeux stupides
Jeux stupides
Et voilĂ que, quand jây pense, je me dis :
« Sâil fait un pas aujourdâhui
Je prĂ©tendrais juste ĂȘtre choquĂ©e/timide »
Oh, bébé
Câest une tragĂ©die
Que tu me blesses
On nâa mĂȘme pas essayĂ©
Tu es autant Ă blĂąmer
Car je sais que tu ressens la mĂȘme chose
Je peux le voir dans tes yeux
Mais je nâai pas le temps de vivre cet amour
Non, je nâai pas le temps de jouer Ă tes jeux stupides
Jeux stupides
Jeux stupides
Jeux stupides (non, je ne veux pas jouer)
Jeux stupides (tu es stupide)
Non, je nâai pas le temps de jouer Ă tes jeux stupides
Non
*
Tricky, Adrian Taws (False Idols, 2014) :
Mais pourquoi, pourquoi on veut toujours que les choses soient claires? Pourquoi Platon a voulu ça, soudain? Alors que ses prĂ©decesseurs s’Ă©taient trĂšs bien accommodĂ©s de l’ombre?