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Michel Herren

Pietro Citati s’est éteint, ses lumières sont plus chatoyantes que jamais

SOMBRE NOUVELLE | L’écrivain-essayiste italien Pietro Citati, un des plus grands hommes de lettres de notre temps, est mort. Citati-Hermès s’est éteint au petit matin du 28 juillet, à l’âge de 92 ans, dans sa maison de vacances à Roccamare. Pendant plus d’un demi-siècle, il a écrit les livres les plus délicieux sur les auteurs les plus édifiants de notre tradition. Ses lumières, d’inspiration abyssale, sont aujourd’hui plus chatoyantes et vitales que jamais.

Depuis tout petit, on nous pousse à mettre les choses à distance, à objectiver, simplifier, catégoriser ce qui nous arrive. D’un côté il y a ceci, de l’autre il y a cela : d’une part il y a le vrai, le beau, le bien, les gentils ; de l’autre le faux, le laid, le mauvais, les méchants. Les grands hommes, eux, nous apprennent à faire exactement le contraire : nous enseignent à ne jamais fixer, déterminer, classer ce qui nous arrive, mais à nous y plonger, nous y fondre pour mieux le sentir, l’accompagner, le partager ; vivre les phénomènes en leur incroyable énergie, leur mystérieuse complexité, qui est au fond la nôtre.

Etonnante inspiration abyssale

L’écrivain-essayiste et critique littéraire italien Pietro Citati (1930-2022) est un de ces grands hommes, un des plus grands. Pendant plus d’un demi-siècle il a, par l’intermédiaire de ses articles, de ses livres généreux sur les auteurs les plus géniaux de notre tradition, appris à affirmer et aimer la vie comme elle est ; comme elle va et vient. Chacune de ses lignes démêle ce qui, de prime abord, apparaît compliqué, montre comment tout est entrelacé, ramifié, tissé, à la fois par les mains de Dieu (quel qu’il soit), du destin (innommable) et... de l’artiste-artisan scrupuleux et patient qui sommeille en chacun de nous. Au final, tous ses ouvrages rappellent une chose essentielle : qu’en littérature comme dans tout, la beauté, le génie ne tombent pas du ciel, mais émergent d’une discipline et d’un labeur auxquels on s’astreint tous les jours – et toutes les nuits.

A force, le travail, la rigueur, la patience ouvrent sur une étonnante inspiration, abyssale : celle qui porte tous les grands, celle qui porte Citati dans tous ses livres, d’apparence si légers, si aisés, fruits pourtant d’un labeur monstre, inimaginable : mille et une lectures, relectures, encore et encore, de toutes les œuvres, toutes les biographies, les correspondances, les anecdotes, les histoires, trouvées ici et là, dans l’immense bibliothèque personnelle de son grand appartement dans le Parioli, à Rome, dans toutes les plus belles bibliothèques de la ville et dans toutes ses sensations, ses viscères et intuitions personnelles. En philologue, en érudit, en savant, d’abord, en mystique, en fou, en saint, ensuite. Tous les jours, tous les matins, toutes les nuits, il s’est plongé, sa vie durant, dans les œuvres des plus grands auteurs de la littérature occidentale – et dans les plus grands auteurs eux-mêmes. Il a lu, ruminé et vécu tout ce qu’il a pu, au plus près d’eux, les a suivis, les a accompagnés au plus intime de ce qui leur arrive – et ne leur arrive pas. Et à chaque fois, mystérieusement, prodigieusement, leur musique – la partition de leur vie, leur part de l’univers – se met à résonner, à scintiller, à parler. Le monde se libère, se déplie, se déploie.

Pietro Citati devient Hermès aux pieds ailés

Pietro Citati n’est alors plus cet intellectuel italien, né en 1930 à Florence, scolarisé à Turin, qui s’est pendant la guerre mis à lire et travailler en autodidacte Shakespeare, Byron, Platon, Homère, Dumas et de nombreux autres ; qui a été diplômé à l’Ecole normale supérieure de Pise ; qui est devenu l’ami de Calvino, de Pasolini, de Fellini, et de tant d’autres hommes exquis ; qui s’est mis à gagner sa vie en écrivant des articles pour divers journaux. Pietro Citati n’est alors plus cet homme-là, ancré dans ce réel d'alors, rempli de possibilités, mais devient Hermès aux pieds ailés : le dieu des brigands, du vol, du secret, du mystère, de la ruse ; le messager de Zeus capable de traverser l’abîme qui sépare les vivants et les morts ; la divinité des frontières et des passages ; le dieu qui brise les tabous ; le patron des bergers, des voleurs, des fossoyeurs, des hérauts. Citati-Hermès, reconnu et médiatisé en Italie, puis dans le monde entier, qui, plongé dans les géants, accompagne, raconte, dévoile, partage les puissances surabondantes qui se pressent, se choquent, s’harmonisent et jouent en chacun d’entre nous. Porté par une capacité d’adhésion, de métamorphose, d’identification et de création prodigieuse.

Comme l’Oracle de Delphes

Le voilà qui couche tout ça – qui est si profond, si vrai, si cruel, si superficiel, si faux, si délicieux –, de sa plume si légère, sur le papier. Apparemment sans peine, sans souffrance. « Les peines, les souffrances, le travail, je… les cache », nous a-t-il soufflé un jour, malicieux, dans son salon, un verre de Porto à la main. Les souffrances, les problèmes, son esprit bigarré, scintillant, plein de charme et de séduction, de de dureté aussi, les surmonte puis… les cache. Trop humains pour être montrés. Trop peu divins. Le voilà qui sourit : « Comme l’Oracle de Delphes, je ne dis, ni ne cache, mais fais signe ».

C’est ainsi que son immense travail, son infinie dévotion lui ont permis d’accoucher d’un Tolstoï unique en son genre, d’un Katherine Mansfield, d’un Kafka, d’un Alexandre le Grand, d’un Goethe, d’un Proust à nuls autres pareils. C’est ainsi qu’il est parvenu à dévoiler comme personne les grands mythes de l’histoire du monde, Dumas, Dostoïevski, des dizaines et des dizaines d’auteurs, d’artistes ; à plonger dans Virginia Woolf, Homère, Zelda et Francis Scott Fitzgerald, dans le Mal absolu qui ronge le roman du dix-neuvième siècle, dans Leopardi, qui a donné lieu à son dernier grand ouvrage, et finalement dans Don Quichotte, qui représente sa dernière récréation « avant la mort ». Don Quichotte, la figure la plus irrationnelle, la plus tragique de notre monde idéaliste ; le personnage le plus triste et le plus gai, en qui tout est à la fois absolument faux et… absolument vrai.

Autant de livres lumineux, qui permettent de saisir comme nulle part ailleurs les auteurs, de s’y plonger comme jamais – et pour toujours. Citati-Hermès possède cet art vital de faire surgir du plus profond de soi, au plus intime de l’âme, de notre âme, l’autre : l’artiste, le fou, le voyant, l'inspiré que nous sommes tous au fond de nous-mêmes.

Tout ce qui est écrit signifie

Loin des complications du monde, des faux-semblants érudits, toute grande œuvre littéraire « constitue un cosmos », écrit-il dans L’art du portrait : « un système atomique extrêmement minutieux, ou un immense système solaire dans lequel toutes les pages, les images, les personnages, le style, l’architecture, la ponctuation, les espaces blancs, les intentions déclarées et secrètes, les allusions et les lapsus sont unis selon une loi d’airain. Dans un tel livre, tout ce qui est écrit signifie. Ni le hasard ni l’arbitraire, ces divinités qui rendent notre existence si absurde et si capricieuse, n’osent se glisser dans la structure impénétrable d’un grand livre. » Pareil pour les grands hommes.

Il y une cohérence, une vérité sous les illusions et les artifices qu’on nous impose. Tous les grands livres, tous les grands hommes en témoignent. Ils nous aident à vivre, à supporter, à aimer jusqu’aux pires orages. Par enthousiasme, par amour, de la vie, de Dieu. Amour tragique, mystérieusement réciproque. « Qu’a donc été l’expérience de ces religieuses et de ces pénitents ? », demande Citati au début de ses Portraits de femmes à propos de l’amour de Dieu pour les mystiques italiennes. Réponse : « Du début à la fin, de la douleur au sang, aux ténèbres, à la clarté, il a joué avec lui-même et ses mille formes : il s’est reflété, transformé, incarné, puis s’est retiré en lui-même, pour reprendre son jeu à l’infini. Tout a été apparition divine, terrible et enchanteresse : jeux de lumières, jeux d’ombres, dans lesquels la créature est dépassée, exaltée comme si elle était Dieu, puis annihilée comme si elle ne possédait même pas de nom. » Amour des forces de vie.

Dans la Pensée chatoyante, Citati relève, mine de rien, que pour Hermès, tout était jeu : « Il ne prenait rien au sérieux, ni les dieux, ni les hommes, ni lui-même – et pas même ses inventions […]. Il était frivole et léger ; et de ce fait tout lui réussissait, comme si une fortune éternelle le protégeait. Les dieux olympiens jouaient volontiers : ils n’étaient pas comme les hommes qui obéissent aveuglément à leurs passions ; mais les adorateurs d’Hermès ont toujours pensé que son jeu avait quelque chose de souverainement ironique et inquiétant, qu’on ne rencontrait dans aucune autre figure divine. Hermès riait toujours, même dans les situations les plus difficiles ; et ce rire d’enfant-vieillard ajoutait de l’élégance à ses gestes. » Jeu sérieux, espiègle, frivole, léger, plein d’ironie, envers et contre tout, jusque dans la mort.

Mille grazie per tutto caro Pietro Citati.

Liens vers nos articles précédents sur Citati

« L’art du portrait »
« Le journal de Nijinsky »
« La mélancolie »
« Jouer avec les enfants »
Repos du guerrier
« Le travail du critique »

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« Comment témoigner d’un monde qui va vers sa ruine les yeux bandés et le visage couvert ? »

Dans son petit livre Quand la maison brûle, publié en italien en 2020 et récemment en français chez Payot & Rivages (traduction Léo Texier), le philosophe Giorgio Agamben se demande : que faire quand la civilisation s’effondre ? « Il faut continuer comme toujours, à tout faire avec précision et soin, peut-être de façon plus studieuse encore... » Continuer à faire jaillir les forces de vie, de partage, de vérité que portent la langue, la poésie, la philosophie, les visages. Premiers paragraphes du livre ci-dessous.

Giorgio Agamben est un des plus grands philosophes politiques de notre temps. Il est reconnu depuis plus d’un demi-siècle dans le monde entier pour ses travaux, notamment en biopolitique. Son œuvre principale consiste en une grande trilogie, Homo Sacer, cœur d’ouvrages divers, plus accessibles. Pour le qualifier d’une seule expression, Agamben est le penseur des « formes de vie » : de la « vie nue » (zoè), strictement pragmatique, quantitative, chiffrée, aujourd’hui protégée et contrôlée à tout prix, aux dépens du bios, la vie qualitative, sensible, intellectuelle, spirituelle, sociale, affective, politique. Il est aussi grand théoricien de l’Etat d’exception : de l’écrasement mécanique, historique et contemporain, de l’Etat de droit par le contrôle généralisé et sans limites de la vie nue.

Depuis le début de la crise, Agamben s’engage à la mettre en lumière en regard de la pensée et de l’histoire occidentale. Non sans pointer des similitudes entre l’instauration et la normalisation actuelle de l’Etat d’exception sanitaire avec l’Etat d’exception initié par Hitler à son arrivée au pouvoir en 1933 en Allemagne. En avril 2020, Agamben alertait qu’un seuil avait, par les mesures prises, été franchi dans nos démocraties libérales entre humanité et barbarie (commentaire pour la NZZ traduit de l’allemand par PHUSIS : « Un pays, une culture est en train d’imploser et personne ne semble s’en inquiéter »). La semaine dernière, choqué par l’intervention d’Agamben sur ce qui est en train de se tramer dans une vidéo postée début décembre, le journaliste Andreas Tobler a écarté d’un coup de balais le philosophe dans le Tages Anzeiger et tous les journaux suisses-allemands du groupe Tamedia. Il relève que « le philosophe italien Giorgio Agamben compte parmi les penseurs contemporains les plus importants », mais considère que par son analyse de la crise du Covid, « le voilà qui s’est rendu complètement impossible ». Inquiétant.

Le texte ci-dessous est le début du petit livre d’Agamben Quand la maison brûle, traduction Léo Texier, Payot & Rivages, 2021. Que faire quand la maison brûle ? « Il faut continuer comme toujours, à tout faire avec précision et soin, peut-être de façon plus studieuse encore... » Continuer à faire jaillir les forces de vie, de partage, de vérité que portent la langue, la poésie, la philosophie, les visages.

*

« Rien de ce que je fais n’a de sens, si la maison brûle. » Pourtant, alors que la maison brûle, il faut continuer comme toujours, à tout faire avec précision et soin, peut-être de façon encore plus studieuse encore – même si personne ne devait s’en rendre compte. Il peut arriver que la vie disparaisse sur Terre, que plus aucune mémoire ne demeure de ce qui a été fait, ni du bien, ni du mal. Mais toi, continue comme avant ; il est trop tard pour changer, il n’y a plus de temps.

« Ce qui se passe autour de toi / n’est plus ton affaire. » Comme la géographie d’un pays que tu dois quitter pour toujours. De quelle façon, cependant, te concerne-t-il encore ? Maintenant précisément que ce n’est plus ton affaire, que tout semble fini, chaque chose et chaque lieu montrent leurs plus vrais visages, ils te touchent, d’une certaine façon, de plus près – tels qu’ils sont : splendeur et misère.

La philosophie, langue morte. « La langue des poètes est toujours une langue morte […] c’est curieux à se dire : une langue morte qui sert à donner plus de vie à la pensée. » Peut-être non pas une langue morte, mais un dialecte. Que philosophie et poésie parlent dans une langue qui est plus et moins qu’une langue, cela donne la mesure de leur rang, de leur vitalité particulière. Peser, juger le monde à l’aune d’un dialecte, d’une langue morte et, néanmoins, jaillissante, où il n’y a pas même à changer une virgule. Continue à parler ce dialecte, maintenant que la maison brûle.

Quelle est cette maison qui brûle ? Le pays où tu vis ou bien l’Europe, ou encore le monde entier ? Peut-être les maisons et les villes ont-elles déjà brûlé, depuis on ne sait combien de temps, dans un unique et immense brasier que nous avons feint de ne pas voir. De certaines il ne reste que quelques bouts de cloisons, de murs peints à fresque, un pan de toiture, des noms, des noms innombrables, déjà attaqués par le feu. Nous les recouvrons néanmoins si minutieusement de plâtres blancs et de mots trompeurs qu’ils semblent intacts. Nous vivons dans des maisons, des villes consumées de fond en comble comme si elles tenaient encore debout. Les gens feignent d’y habiter et sortent dans la rue masqués parmi les ruines comme s’il s’agissait encore des quartiers familiers d’autrefois.

Aujourd’hui la flamme a changé de forme et de nature, elle s’est faite digitale, invisible et froide, mais par là aussi justement toujours plus proche ; elle rôde et nous encercle à chaque instant.

Qu’une civilisation – une barbarie – sombre pour ne pas se relever, cela est déjà survenu et les historiens sont habitués à marquer et dater les ruptures et les naufrages. Mais comment témoigner d’un monde qui va vers sa ruine les yeux bandés et le visage couvert, d’une république qui s’effondre sans lucidité ni fierté, dans l’abjection et la peur ? Leur aveuglement est d’autant plus désespéré que les naufragés prétendent gouverner leur propre naufrage, ils jurent que tout peut être tenu techniquement sous contrôle, qu’il n’y a besoin ni d’un nouveau dieu ni d’un nouveau ciel – mais seulement d’interdits, d’experts et de médecins. Panique et escroquerie.

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La grande raison du corps

« Le cœur a ses raisons que la raison ignore », écrivait Pascal au 17e siècle. Quatre siècles plus tard, les êtres sensibles vont plus loin et proclament : « Le CORPS a ses raisons que la raison ignore ».

La raison est une faculté de grande utilité et puissance. Elle offre la possibilité d’analyser, de connaître, de juger et calculer les choses. Elle permet d’y voir clair, d’en avoir le cœur net. De faire des bons plans, d’optimiser ses affaires. Et de dominer ses adversaires moins doués pour la rationalité. Dans tous les domaines de la vie.

Importance du cœur

Mais attention : le cœur, le sentiment, la sensibilité joue aussi un rôle. Et même un grand. Par maints côtés, le cœur est même plus important, plus puissant que la raison. Quand on tombe amoureux, par exemple, ou quand on est pris par une folie, qui donne un sens à notre vie.

Le cœur a quelque chose de prodigieusement fort et profond. Il est vaste, coloré, vivant. En face, la raison apparaît bien terne et limitée. Si les gens sont parfois sérieux, secs, ennuyeux, c’est qu’ils oublient d’écouter leur cœur.

Quelque chose de fou

Le cœur est rempli de fraîcheur et de santé. Il déborde d’enthousiasme et de joie. Il a quelque chose de fou, qui nous dépasse, qui déborde notre intelligence.

Le hic, avec le cœur, c’est justement ça : son côté surabondant, mystérieux, incalculable. Tellement qu’il fait peur à ceux qui, dans leurs activités, ne se fient qu’à leur raison : qui arrangent leur vie comme un jeu d’échec, font les meilleurs calculs pour réussir les meilleurs coups.

Le corps, c’est la vie

Et le corps, dans tout ça, me direz-vous ? Vous le savez bien, vous autres amoureux de l'existence ! Le corps est plus important et profond encore que la raison et que le cœur : il est le garant de l'un et de l'autre. Sans corps, pas de cœur, ni de raison. Sans corps, pas de vie, mais le vide, la mort. Tout le monde finit par l’expérimenter.

Voilà pourquoi, les êtres sensibles proclament : « Le CORPS a ses raisons que la raison ignore ». Parce que le corps, c’est la vie, le devenir, en tous ses mystères. Apprendre à connaître le corps est le seul enjeu de la vie : découvrir son équilibre, son évolution, sa cohérence, son harmonie. Cultiver ses forces, sa santé, ses facilités ; surmonter ses faiblesses, ses maladies, ses difficultés. Le tout avec son cœur, que la raison ignore.

Tous les bons athlètes, tous les bons entraîneurs le savent : en apprenant à écouter, sentir et accompagner productivement son corps, on est capables de réaliser de grandes choses, qui procurent des joies immenses. Et pas forcément en récoltant des honneurs.

Pensée athlétique publiée dans le Swiss Athletics Magazine numéro 53 de décembre 2021.

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Tribune : « Une nouvelle religion vaccinale est née en Occident »

L’idéologie de la vaccination intégrale et répétée des populations est une sorte de nouvelle religion, avec son dieu, ses grands maîtres argentiers, ses dévots, ses techniques de propagande de masse et ses mensonges éhontés. Des droits humains sont violés, des discriminations sont créées : les citoyens sont dressés les uns contre les autres. Dans une tribune déjà signée par 1500 universitaires, médecins et soignants, le sociologue directeur de recherche au CNRS Laurent Mucchielli décrypte ce qui est en train de se dérouler dans nos sociétés occidentales. Du grain à moudre pour tous ceux qui aiment la vie comme elle va et vient, avec ses joies et ses peines, sa santé et ses maladies.

Le texte ci-dessous a été publié publié ici, sur Quartier Général, Le média libre, le dimanche 12 décembre 2021.

L’idéologie de la vaccination intégrale et répétée des populations est une sorte de nouvelle religion, avec son dieu, ses grands maîtres argentiers, ses dévots, ses techniques de propagande de masse et ses mensonges éhontés. En ouvrant désormais la voie à la vaccination des enfants et en créant par ailleurs entre les citoyens des discriminations inédites pour des régimes réputés démocratiques, elle viole des droits humains que l’on croyait « inaliénables » et dresse les citoyens les uns contre les autres. Plus de 1.200 universitaires, médecins et soignants alertent dans une tribune sur QG, le média libre.

La séquence d’appel à la vaccination des enfants par le gouvernement français ce lundi 6 décembre était écrite d’avance. L’Agence européenne du médicament (EMA) avait autorisé le 25 novembre l’usage des vaccins expérimentaux contre le Covid-19 chez les enfants âgés de 5 à 11 ans, ne faisant que suivre une nouvelle fois la Food and Drug Administration (FDA) américaine (communiqué du 29 octobre). Ceci ne concerne plus désormais que le produit de Pfizer/BioNTech, même s’il faut bien par ailleurs continuer à écouler le stock de celui de Moderna dans les vaccinodromes. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) lui emboîtait le pas en proposant (le 30 novembre) de vacciner tous les « enfants fragiles », à savoir « tous ceux qui présentent un risque de faire une forme grave de la maladie et de décéder et pour ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou vulnérables non protégées par la vaccination ». Elle appelle cela « la stratégie du cocooning », une appellation d’apparence bienfaisante, qui masque le fait que les enfants sont bien moins contaminants que leurs parents et leurs enseignants (comme le montre une étude de l’Institut Pasteur). Et la HAS annonce déjà qu’elle « se prononcera ultérieurement sur la pertinence d’élargir cette vaccination ». Le premier groupe (les enfants « à risque ») concernerait déjà au bas mot 360.000 personnes. Mais, bizarrement, la HAS ne chiffre pas le second groupe, celui des « enfants de 5 à 11 ans vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou celui de personnes vulnérables non protégées par la vaccination ». Il faut dire que, selon le gouvernement, le taux de vaccination des personnes de plus de 65 ans dépasse les 92% en France, de sorte que l’on ne voit pas très bien combien de « personnes immunodéprimées ou vulnérables » ne seraient pas encore vaccinées. Mais peu importe en réalité, l’essentiel est de continuer la grande marche en avant vers la vaccination intégrale (et répétée tous les six mois au minimum) de toute l’humanité. Telle est la nouvelle religion qui se répand dans le monde et permet aux grands maîtres argentiers Pfizer et Moderna d’engranger 1 000 dollars de bénéfice par seconde à chaque instant de nos vies, le tout orchestré par leurs vassaux régionaux que sont devenus la plupart des gouvernements occidentaux ainsi que les agences internationales – à commencer par une Commission Européenne emmenée par une Ursula von der Leyen orchestrant la grande opération vaccinale tout en ayant un fils travaillant pour le cabinet McKinsey et un mari directeur d’une entreprise de biotechnologies orientée vers les thérapies génétiques.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) propose de vacciner tous les « enfants fragiles », à savoir « tous ceux qui présentent un risque de faire une forme grave de la maladie et de décéder »

Les ressorts éculés de la propagande de masse

Pour y parvenir, ces gouvernements (et les nombreux journalistes qui les suivent au garde-à-vous) utilisent toutes les vieilles ficelles de la propagande. La logique de base est celle qu’expliquait déjà Jacques Ellul il y a 60 ans (Propagandes, 1962) : « En face de la propagande d’agitation [des révolutionnaires, des putschistes, des terroristes], nous trouvons la propagande d’intégration, qui est la propagande des nations évoluées, et caractéristique de notre civilisation. C’est une propagande de conformisation ». En effet, « dans une démocratie, il faut associer les citoyens aux décisions de l’Etat. C’est là le grand rôle de la propagande. Il faut donner aux citoyens le sentiment d’avoir voulu les actes du gouvernement, d’en être responsables, d’être engagés à les défendre et à les faire réussir ». On reconnaît là le fondement de ce qui est appelé nudge de nos jours, un mot anglais à la mode pour désigner de vieilles techniques de marketing et de publicité. C’est en effet aux années d’entre-deux-guerres que remonte cette conception moderne de la propagande. L’un de ses maîtres à penser fut Edward Bernays, dont toute l’œuvre de propagandiste et de publicitaire reposait sur l’idée que « la masse est incapable de juger correctement des affaires publiques et que les individus qui la composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyens en puissance qu’une démocratie exige de chacun d’eux : bref, que le public, au fond, constitue pour la gouvernance de la société un obstacle à contourner et une menace à écarter », comme le résume son préfacier français.

Le premier socle permanent de cette propagande est la peur, qui permet de placer les sujets en état de suggestibilité. Après avoir longtemps nié l’existence des variants (sans doute parce que c’est l’IHU de Marseille qui le montrait), le gouvernement s’en est emparé pour renouveler cette stratégie de la peur. Chaque nouveau variant permet ainsi de relancer l’idée simplette des « vagues » successives censées nous submerger, et vient justifier de nouvelles étapes dans l’objectif de vaccination intégrale, tout en détournant l’attention des véritables causes de la mortalité occasionnée par ces virus. Causes qui sont essentiellement d’une part la proportion croissante de personnes atteintes de maladies chroniques environnementales (obésité, diabète, insuffisances cardiaques ou respiratoires, etc.), d’autre part la tiers-mondisation de l’hôpital public.

Vient ensuite la technique de propagande « blouses blanches et galons » bien décrite par Etienne Augé (Petit traité de propagande. À l’usage de ceux qui la subissent, 2007). Elle consiste à « faire appel à des individus disposant de par leur titre, grade ou mandat, d’une autorité sociale susceptible de bénéficier d’une crédibilité sans rapport avec leurs propos et de provoquer chez leur audience une adhésion à leurs idées, arguments ou actions ». Ainsi peut-on constater dans les médias « l’apparition de spécialistes-professionnels, capables d’intervenir sur des sujets dont ils n’ont parfois pas une connaissance suffisante mais sur lesquels ils parviennent à s’exprimer avec un langage convaincant. Leur discours est perçu par la plupart des non-spécialistes comme un avis valant expertise car on a pris soin de les présenter, par exemple par le biais d’un bandeau à la télévision, en mettant en valeur leurs titres, tels que docteur, professeur, général, ainsi que leur domaine d’expertise ». Bien entendu, pour que cela fonctionne, il faut soigneusement dissimuler leurs fréquents liens avec les industries pharmaceutiques.

En outre, les gouvernements comme celui de la France utilisent massivement un autre classique de la propagande d’Etat qu’Etienne Augé appelle « le choix truqué ». Il consiste à « proposer à un public un choix, comme s’il lui revenait de trancher et de choisir la meilleure option, tout en sachant à l’avance quel sera le résultat de cette consultation. Ainsi, le propagandiste met l’auditoire devant l’alternative entre un choix inacceptable qui sera nécessairement rejeté, et une option qui apparaîtra comme peu désirée mais inéluctable devant l’ampleur du danger qui menace ». Vaccinés ou reconfinés ? Vaccinés ou remasqués ? Vaccinés, guéris ou morts ? L’histoire était écrite d’avance pour qui sait la reconnaître: « on utilise le choix truqué principalement pour expliquer des sacrifices ou pour annoncer des mesures drastiques. Il n’est pas rare, dans ces cas-là, que l’on utilise des expressions inquiétantes, car l’objectif est de montrer qu’il n’existe qu’une solution pour prévenir une catastrophe ». Et l’auteur de conclure que le chef politique doit alors« s’imposer dans un rôle de sauveur qui sait apprécier l’altruisme de ses ‘ouailles’. Il peut demander qu’on lui sacrifie certaines libertés primaires afin de mieux garantir la sécurité de chacun dans des temps troublés. Cette technique se retrouve à l’origine de la plupart des systèmes de domination massifs qui conduisent à des dictatures ».

Enfin, arrive la technique de la grenouille ébouillantée dans la célèbre fable : plongez une grenouille dans de l’eau bouillante et elle bondira pour s’échapper, mais plongez-la dans de l’eau froide et portez progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdira et finira par mourir de cette cuisson sans s’en apercevoir. Les gouvernements usent et abusent de cette technique de contrainte en passant leur temps à jurer que telle obligation n’arrivera jamais ou que telle catégorie de la population ne sera jamais concernée, afin de ne pas alarmer la population. Tout en réalisant la chose petit à petit. Ainsi la vaccination fut-elle d’abord réservée aux personnes les plus âgées et aux professionnels de soins. Ensuite, elle a été élargie progressivement aux adultes des tranches d’âge inférieures, avant de passer aux adolescents, puis aux enfants. Aujourd’hui ce sont les enfants réputés « fragiles », pour continuer à jouer le noble rôle de protecteur. Demain, ce sera en réalité la totalité.

La réalité n’a pas grand-chose à voir avec cette propagande

La réalité, elle, se moque de ces manipulations des peuples. Elle se résume en cinq constats.

Figure 1 : Évolution par rapport à 2019 du nombre de décès cumulé selon l’âge

Source : INSEE, état civil. Nombre de décès quotidiens transmis jusqu’au 8 novembre 2021
Note de lecture : manque l’année sur la dernière couleur (1er mars-30 avril 2020)

Le premier est que la prétendue « pandémie du siècle » n’a jamais menacé les personnes âgées de moins de 60 ans. S’il y a bien une catégorie de personnes qui ne risquent rien statistiquement, ce sont les enfants. Les statistiques de mortalité établies par l’INSEE montrent même que les personnes âgées de moins de 25 ans ont connu une sous-mortalité en 2020 et 2021 par rapport à 2019 (Figure 1 ci-contre). Quant à celles âgées de 25 à 49 ans, elles n’ont globalement pas vu la différence. La figure montre aussi que, sur la période actuelle (1er juin – 8 novembre 2021), il n’y a pas non plus de surmortalité chez les 50-64 ans.

Le deuxième constat est qu’il n’est pas justifié d’annoncer systématiquement le pire, aujourd’hui l’imminence d’une « cinquième vague ». La réalité est d’abord qu’il est fallacieux de présenter une courbe des « cas positifs » (qui dépend de nombreux facteurs, à commencer par la fréquence des tests) comme une courbe du nombre de « malades ». L’immense majorité des personnes porteuses de ce virus ont toujours été peu ou pas symptomatiques. Ensuite, les hospitalisations et les décès augmentent certes lentement, mais c’est le cas chaque année à cette période d’entrée dans l’hiver. Les données du réseau Sentinelles (un réseau français qui existe depuis 1984 et qui constitue un échantillon de plusieurs centaines de médecins généralistes faisant remonter leur activité médicale sur les maladies infectieuses) montrent même que le nombre de malades se situe actuellement très en deçà non seulement des deux principales épidémies de Covid (mars-avril 2020 et octobre-novembre 2020), mais aussi des années de plus fortes grippes saisonnières (Figure 2 ci-contre). Ceci signifie que la spécificité de l’épidémie de Covid ne réside probablement pas dans sa dangerosité intrinsèque, mais bien plutôt dans la réponse thérapeutique, ou plutôt l’absence de réponse thérapeutique, qui lui a été opposée par les médecins du fait des consignes gouvernementales qui ont privilégié d’abord des mesures non-pharmaceutiques (confinements, couvre-feux, etc.), ensuite la « solution vaccinale ».

Figure 2 : comparaison du nombre de malades recensés lors des épidémies de Covid (2020-2021) et des épidémies de grippes saisonnières 2019 et 2020

Source : réseau Sentinelles, mise en forme IRSAN

Le troisième constat est que la vaccination se dirige vers 100% de couverture de la population générale sans que cela ne change rien à la dynamique des épidémies successives provoquées par les variants. C’était déjà le cas du variant Delta (Indien) lors de l’été dernier, et c’est à nouveau le cas du variant sud-africain dit Omicron (apparemment moins dangereux que les précédents). La conclusion est fatale : le sauvetage par la vaccination générale est un mythe. Comme toutes les religions, il ne repose que sur la foi des croyants. La réalité, visible depuis plusieurs mois, est que la vaccination n’enraye nullement la propagation de l’épidémie. Et pour cause, il est bien établi que la vaccination n’empêche ni la contamination ni la transmission du virus.

Le quatrième constat est que, comme toutes les idéologies religieuses ou laïques, la vaccination intégrale est une structure psychorigide aveugle à tout effet pervers et sourde à toute remise en cause. En l’occurrence, il est tabou de parler d’effets indésirables graves liés à la vaccination des jeunes. Or la réalité est là, qui ne pourra pas être indéfiniment cachée sous le tapis. Les adeptes de la nouvelle religion ont déployé de grands efforts pour dénier toute pertinence aux données de pharmacovigilance qui étaient disponibles déjà l’été dernier. Ils ne pourront rien contre l’accumulation des publications scientifiques qui documentent notamment les risques inédits de problèmes cardiaques (thromboses, péricardites, myocardites) chez les adolescents vaccinés (voir par exemple iciiciiciici et ). En d’autres termes, le rapport bénéfice/risque est clairement défavorable à la vaccination des jeunes. Pour cette raison, plusieurs pays scandinaves ont déjà renoncé à injecter aux jeunes les vaccins ARNm, rejoints il y a quelques jours par le Japon. Au demeurant, lorsque le gouvernement avait saisi le Comité Consultatif National d’Ethique le 27 avril 2021, ce dernier avait conclu que « la vaccination des enfants de moins de 12 ans ne semble pas éthiquement et scientifiquement acceptable ». Mais qui se soucie encore de l’éthique ?

Enfin, le cinquième et dernier constat est que cette idéologie industrielle et scientiste de la vaccination intégrale fonctionne comme les religions en temps de crise par le passé. Elle a ses grands prêtres et ses dévots, qui monopolisent plus que jamais la parole sur les plateaux de télévision. Elle a son inquisition médiatique qui excommunie les penseurs déviants et rêverait de pouvoir les brûler comme jadis les sorcières. Et elle produit massivement des boucs-émissaires (les non-vaccinés) qui sont traités comme autrefois les pestiférés ou les lépreux, plus récemment les victimes du Sida que J.-M. Le Pen voulait enfermer dans des « sanatoriums ». Situation d’autant plus absurde que tout vacciné est un futur non-vacciné qui s’ignore, puisque tout sera remis en cause pour celui ou celle qui ne fera pas sa troisième dose, avant sa quatrième (déjà actée par M. Delfraissy), sa cinquième, sa sixième, etcetera. Le principe même du « pass sanitaire » a beau reposer sur un mensonge éhonté (répétons que la vaccination ne bloque ni l’infection ni la transmission), sa logique discriminatoire se déploie dramatiquement depuis plusieurs mois. Et comme si la perte d’emploi, le non-accès aux restaurants, aux lieux culturels, etc., ne suffisait pas, les gouvernements européens rivalisent à présent d’imagination contre l’espèce de nouvel ennemi public n°1 qu’est devenu le non-vacciné. A l’image de l’Autriche, il ne suffit plus d’exclure, on voudrait maintenant mettre à l’amende, punir et enfermer. Cette logique discriminatoire morbide, qui viole des droits humains que l’on croyait « inaliénables », dresse les citoyens les uns contre les autres et sera certainement décrite un jour par les historiens comme une sorte de folie collective orchestrée par des personnes ayant perdu tout sens des valeurs démocratiques et des droits de l’homme. Nous ne devons pas nous y résigner et rester muets devant un tel désastre intellectuel et moral.

Vous souhaitez soutenir cette tribune ? Vous êtes chercheur, universitaire ou professionnel de santé ? Vous pouvez signer en envoyant un mail ici (1500 signataires le lendemain de sa publication, le 13 décembre 2021) : tribune.liberte.expression@gmail.com

#OsonsPenser
#ApprenonsDesMeilleurs
#ViveLIntelligenceCollective

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« In corpore » avec Michel Herren aux 20KM de Lausanne

EXPÉRIENCE DE COURSE | Certains courent après l’argent, le pouvoir, le confort, le bonheur. Le vrai coureur, lui, ne court après rien d'autre que le mieux vivre : se découvrir et dépasser soi-même. Du 10 avril au 9 mai, l’entraîneur et philosophe-maison Michel Herren vous accompagne dans le cadre de la version connectée des 20KM de Lausanne en direction de sensations, pensées et joies nouvelles. Course gratuite ouverte à tous, à consommer sans modération. Pour plus de feeling, de sagesse et de santé ! Infos pratiques ci-dessous.

Photo : (c) Florian Aeby

Ce printemps, les 20KM de Lausanne se démultiplient. Du 10 avril au 9 mai, manifestation populaire historique propose des sorties courses à pied en version connectée. Quatre parcours, quatre univers, avec six personnalités dans les oreilles au départ de Bellerive :

  • 2 km de magie entre eau et lumière avec la conteuse Barbara Sauser: « Le soleil du Léman »
  • 4 km rigolos avec une coach et un boulet en compagnie de Catherine Guggisberg et Karim Slama: « La coach et le boulet »
  • 10 km d’humour avec des personnages de la galaxie Vincent Kucholl et Vincent Veillon: « 120(’000) secondes ou un peu moins »
  • 20 km de sensations avec l’entraîneur-philosophe Michel Herren vers la fluidité, la sagesse et la joie : « In corpore »

Gratuits, les parcours sont ouverts jour et nuit, du 10 avril au 9 mai. Pour y participer, c’est tout simple : il suffit de télécharger l’application gratuite Runnin’City, y chercher Lausanne, sélectionner le parcours de son choix – et s’assurer avant de partir que son téléphone soit bien chargé. Et hop, c’est parti : une voix vous indique le chemin à prendre, une autre vous raconte des histoires !

« In corpore » : la course à pied comme art de vivreATHLE.ch vous donne rendez-vous à Bellerive, baskets aux pieds, casque sur les oreilles, pour les 20 km « In corpore » : une plongée commune dans soi-même, chacun à son rythme, avec sa foulée, ses qualités, défauts, forces et faiblesses. Quelques exercices et mises en perspectives faciles vous permettront de mieux expérimenter la grande intelligence et sagesse de votre corps. La plongée est progressive, dans soi-même, dans le paysage et au-delà, pour. Voici ce que vous serez amené à faire :

  • Découvrir de nouvelles sensations et perspectives grâce à l’effort et à la souffrance
  • Sentir, ressentir, apprécier et interpréter les choses
  • Accompagner par la pensée ce qui se passe dans le corps
  • Se laisser inspirer, porter par les forces qui nous dépassent
  • Mettre des mots sur la mystérieuse expérience qu’est la course à pied.

Le tout dans un cadre magnifique. Départ à Bellerive, passage à Ouchy, la Tour Haldimand, le Parc du Denantou, Vidy, le Centre sportif de Dorigny, St-Sulpice, les terrains de foot de Chavannes et retour via le Parc Bourget et la Vallée de la jeunesse jusqu’à Bellerive. Même ceux qui connaissent très bien le coin découvriront des chemins et plaisirs insoupçonnés !

https://www.youtube.com/embed/e-G2KFHayyA

Lien vers les 20KM de Lausanne
Lien vers l’appli Runnin’City

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« C’est tout autre chose ! »

Commentaire depuis les Championnats d’Europe indoor d'athlétisme à Torun, qui rappellent la cruelle beauté de la vie aujourd'hui oubliée, écrasée. La vie comme lutte terrible, avec et contre les autres, vers le plus haut niveau. Epreuve aux antipodes de notre vision du monde, qui pousse à protéger jusqu’à l’absurde les plus fragiles.

En sport, l’enjeu est de battre ses adversaires, de finir devant, de passer des tours, finalement de grimper sur le podium. Forcément, la sélection est terrible, l’apprentissage cruel. D’autant plus à l'Euro indoor d'athlétisme à Torun, où la Fédération continentale a choisi de durcir les règles du jeu en supprimant partout où c’est possible les repêchages.

« Le calcul, la tactique ne sert pas à grand-chose »
« Soit t’es fort, soit t’es mort », expliquait jeudi soir, en zone mixte, un jeune coureur de 1500 m les yeux pétillant suite à son élimination pour quelques dixièmes au premier tour. Ils étaient 12 au départ, dans sa série, comme dans les autres – et les deux premiers seulement ont passé en finale. Deux sur douze. La grande majorité éliminée. Chacun fait son possible, voire impossible. Seuls les plus forts passent. Les autres sont out. La loi du plus fort. Pas du plus riche, du plus intelligent, du plus opportuniste ou complaisant, mais du plus fort. « Le calcul, la tactique ne sert pas à grand-chose : il faut être fort, c’est tout », répond le jeune homme à la question s’il a fait une erreur. « Bien sûr, avec mon coach, on a analysé mes adversaires, on a réfléchi aux scénarios, élaboré des stratégies. Je crois avoir fait tout juste, mais… pas assez fort. A la fin, les autres allaient plus vite ».

Impressionnant comme ça joue des coudes
Le Fribourgeois Charles Devantay (SA Bulle) était lucide lui aussi après son échec sur 400 m : « Un championnat comme ça, ce n’est pas du tout ce qu’on a l’habitude de faire ». Aux Suisses, à Macolin, il a été emmené, impérial, par son copain d’adversaire Ricky Petrucciani, qu’il a mangé sur la fin. Titre, record (46"66), 5e meilleur performance suisse de tous les temps.

A Torun, c’était une autre paire de manche : « On avait décidé de partir fort pour être deuxième à la cloche, mais les autres sont partis plus fort encore ». Le Fribourgeois s’attendait à ce que ce soit la bagarre, mais pas à ce point : « C’est impressionnant comme ça joue des coudes ». Dans l’avant-dernière ligne droite, à 100 m de la fin, il a voulu reprendre Mihai Cristian Pislaru, mais impossible. Le Roumain en a remis une couche, a poussé Devantay à l’extérieur. Le champion suisse n’a pas pu passer, a dû se résoudre à se remettre derrière, avant de finalement passer dans la dernière ligne droite. Mais loin des autres. Et de la qualif. Championnat terminé, dès les séries.

Le sport dans sa version pure et dure, comme la vraie vie.

Lien vers notre média ATHLE.ch

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« Il faut moderniser ! » : injonction responsable de nos maux

Notre intelligence rationnelle met partout en œuvre toute une ingénierie pour rendre les choses plus modernes : plus adéquates à nos idées de progrès et de perfection. Résidus de notre vieille croyance platonico-chrétienne à un Dieu architecte, producteur du ciel et de la terre à partir d’un plan préétabli, idéal. Aussi, on rationalise, on planifie, on organise, on réalise – et en même temps simplifie, standardise et uniformise.

Grave erreur : rien, dans la nature, n’est le résultat d’un plan. L’intelligence que nous avons du ciel, de la terre, des montagnes, des forêts, des lacs, des animaux, des hommes, des plantes, des virus eux-mêmes n’est toujours que très partielle.

Pour comprendre vraiment les choses, vivre en paix, en bonne santé, en harmonie avec le monde, une autre intelligence est nécessaire. Une intelligence proche de ce que les Grecs ont appelé la mètis : le savoir, la sagesse pratique. Intelligence astucieuse, fluide, insaisissable et parfois déroutante qui découle de l’expérience, de la sensibilité, du bon sens – et non de la seule logique rationnelle. L’intelligence d’Ulysse en est le meilleur exemple ; Ulysse dont le brio, la justesse dépasse de loin la connaissance abstraite de nos savants.

Dans l’ignorance de la mètis, nos scientifiques, journalistes et dirigeants jouent un rôle catastrophique pour notre monde et nos vies. Par leur propension progressiste, ils rationalisent les recherches, uniformisent les méthodes, standardisent les mesures, modélisent les résultats, prédisent l’avenir – et ne cessent de se tromper, toujours et encore.

L’heure est venue d’ouvrir nos écoutilles si on ne veut pas à notre tour finir uniformisés, standardisés, en un mot… modernisés.

Conseil de lecture : James C. Scott, L’œil de l’État. Moderniser, uniformiser, détruire, La Découverte, 2020.

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Le poète de l’ignorance, de la discrétion et de l’immédiateté Philippe Jaccottet est mort

SOMBRE NOUVELLE | Le poète et traducteur vaudois Philippe Jaccottet, né le 30 juin 1925 à Moudon, est mort le 24 février 2021 dans la Drôme.

Entre 1946 et 1953, il se fraie un chemin à Paris, rencontre les plus grands, mais ces derniers le troublent, tant ils disent « un jour une chose, le lendemain le contraire ». Il se retire alors à Grignan, dans la Drôme, où il se plonge, pendant les près de 70 ans qu’il lui reste à vivre, dans sa profonde ignorance et discrétion, pour creuser et partager toujours plus modestement, plus imperceptiblement, sa quête de sens au plus près de l’immédiateté de la vie.

A la réception de son premier prix, le Prix Rambert, en 1941, à 16 ans, à Lausanne, le jeune poète plein de doutes se demande : « Comment ne pas être hésitant quand on a conscience avec acuité de l’incertitude extrême et de la ridicule fragilité des seules choses que l’on ait à dire ? »

A l’autre bout de son chemin, alors qu'il est devenu le plus grand poète vivant de langue française du XXe siècle, il conclut, lors de la réception d'un prix en Allemagne, loin de la prolifération et de l’arasement orgueilleux des livres, des images, des paroles, des faits et des gestes : « Il n’y a pas de quoi pavoiser ».

Tout s’éloigne et à quelle distance
ou serait-ce moi qui vous quitte
sans avoir l’air de faire un pas ?
Seuls sont proches les ennemis,
toujours plus proches à mesure
que les choses perdent leur poids.

(Eléments d’un songe, 22, Gallimard 1961)

Philippe Jaccottet est mort, mais son œuvre plus vivante que jamais.

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On vit plus longtemps, mais en moins bonne santé

Depuis 30 ans, la science et la technique ont fait augmenter de manière impressionnante l’espérance de vie générale dans nos pays riches. Depuis quelques années, celle-ci a atteint un plafond. Mais on peine à l’admettre – et à l’accepter.

La pollution, la sédentarité, la malbouffe, le stress liés à nos modes de vies – largement transformés par cette même science et technique – ont pour conséquence de faire baisser l’espérance de vie à la naissance – et par suite l’espérance de vie générale. Mais on peine à l’admettre – et à l’accepter.

Les gens continuent à vivre longtemps, mais en moins bonne santé, physique et psychique. On peine à l’admettre – et à l’accepter.

C’est bête à dire, mais l’âge est le premier facteur de risque. Avec le vieillissement, les capacités de défense de l’organisme diminuent, les pathologies se multiplient, l’équilibre physiologique est de plus en plus précaire, jusqu’à la mort. On peine à l’admettre – et à l’accepter.

Les maladies, les virus, leurs variants ne font rien d’autre que tester notre résistance, notre santé. Soit on est assez fort et on y résiste, on les surmonte. Soit on est fragile et on tombe malade et risque de mourir. On peine à l’admettre – et à l’accepter.

Bien sûr, la science et la technique permettent de nous aider à retarder la dégénérescence, à repousser la mort, sans jamais la supprimer. Au prix de notre qualité de vie.

On peine à l’admettre – et à l’accepter, mais la mort fait partie intégrante de la vie : elle en est l’alpha et l’oméga, la condition de possibilité, la ressource.

Tant qu’on refusera de regarder cette vérité en face, on sera bloqué dans nos pensées, dans notre vision de la science et de la technique, dans nos décisions politiques, – et dans nos vies.

La seule manière de nous en sortir est que chacun d’entre nous l’admette, l’accepte – et le partage comme un viatique, au quotidien, partout où c’est possible.

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Combien de morts sommes-nous prêts à accepter ?

Pour éviter de sombrer, il faut de toute urgence répondre à cette question, dramatiquement absente du débat politico-médiatique : combien de morts sommes-nous prêts à accepter ?

Le zéro mort n’existe pas. Les mesures sont de terribles bombes à retardement pour la santé économique, physique et psychique, avant tout des jeunes.

Pour répondre à la question, il faut mettre les chiffres en perspective : comparer la mortalité du Covid aux autres principales causes de décès. En Suisse, plus de 65'000 personnes meurent chaque année : 20'000 de maladies cardiovasculaires, 16'000 de cancers, 6500 de démence, 4500 de maladies respiratoires, 4000 d’accidents et morts violentes. A ce jour, ils sont 9000 personnes à être morts du et avec le Covid ; sans que l’espérance générale de vie diminue.

Combien de morts sommes-nous prêts à accepter ? La réponse n’est pas évidente, mais indispensable pour sortir de l’impasse : pour permettre aux dirigeants d’accepter l’évolution naturelle du virus, d’avoir un discours cohérent, une ligne directrice claire, d’adapter les mesures, de renforcer la prophylaxie, de valoriser nos possibilités de soin et d’élargir nos capacités hospitalières.

Tout ça pour surmonter la peur, la maladie, retrouver la santé, le partage et le goût de la vie.

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