Anticiper et maîtriser les forces

15/04/2016 | Commentaires (0)

Sujet qui chercher à guider son cerveau Observons pendant vingt secondes ce que fait notre regard. Regardons autour de nous et prenons garde à ce qui se passe. Quand on regarde, comme ça, autour de nous, on déplace trois-quatre fois par seconde le regard, en saccades, çà et là, très vite. A vrai dire sans vraiment arriver à suivre ce qui se passe. C’est frappant : même en se forçant, on n’arrive quasi pas à décider de chacun des déplacements de notre regard. La plupart du temps, le cerveau guide lui-même les mouvements, où il veut, comme il veut. Cet état de fait montre qu’il existe une force inconsciente qui oriente notre regard : et voilà que nos yeux partent automatiquement vers un visage, automatiquement vers un objet, une publicité, une couleur, un mouvement, etc. Il existe toute une dynamique des déplacements du regard, de l’attention, de la focalisation dont on n’est paradoxalement pas acteurs, mais largement spectateurs. Même si on a l’impression de diriger notre regard sur ce qu’on veut, on... Suite

Qualité d’existence

08/04/2016 | Commentaires (1)

Rudolf Keller Gothard La notion (très occidentale) de contrôle fort est complètement fausse. Bien sûr, on a l’impression de tout décider, d’être le maître de ce qui se passe, de ce qu’on fait, comme un pilote de train, qui maîtrise sa machine, et tous les wagons derrière. Mais au fond, ça ne se passe pas comme ça. Si on commence à s’y intéresser, on se rend compte qu’il y a d’autres choses, mille et une autres choses, cachées, loin de toute idée de maîtrise forte. Bonne nouvelle : il est possible d’apprendre à progressivement décaler attitude de contrôle, notre regard fixe vers une attitude d’observation et de lâcher prise : et voilà que, soudain, on se met à guider notre comportement, par petites touches et incessantes corrections, toujours plus rapides, toujours plus subtiles. A la longue, les choses se passent de mieux en mieux : on avance en intervenant par-ci, par-là, pour passer par-ci, par-là, sur la pointe des pieds, en tout équilibre, en toute subtilité, sur... Suite

Apprendre à dire OUI

03/04/2016 | Commentaires (6)

Douceur, confort, bonheur Le monde doit-il être de tout confort, de toute douceur, de tout plaisir ? La vie la plus facile et agréable possible ? Faut-il écarter, écraser, étouffer tout ce qui nous déplaît, tout ce qui nous pose problème ? Non ! Penser et agir comme ça est idiot : c’est oublier que ce qui nous dérange, les difficultés, les problèmes font partie de la vie ; que la vie sans difficultés, sans problèmes n’est pas la vie, mais un jeu vide. Oublier cela, c’est se fourvoyer, c’est se placer devant de grands dangers, car les difficultés, les problèmes vont inexorablement revenir, toujours à nouveau, avec toujours plus de force, de violence, de perfidie. Pour bien vivre, il faut apprendre à dire OUI à la vie comme elle est, comme elle va et vient, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines, ses vies et ses morts. ... Suite

Analytique ET sensible

01/04/2016 | Commentaires (3)

Union des arbres On a tous deux modes d’être au monde : analytique et sensible. Soit on analyse : on compte, on mesure, on veut tout comprendre, tout savoir, tout maîtriser. Soit on ressent : on cherche à être à l’aise, on imagine ceci, cela, on rêve, on se laisse aller. Toujours pour se sentir bien, confortable. Quand on est dans l’un, on oublie l’autre ; quand on est dans l’autre, on oublie l’un. Alors que l’enjeu est d’apprendre à passer en toute fluidité de l’un à l’autre, de toujours être en train d’enrichir l’un par l’autre, l’un dans l’autre. ... Suite

Toujours la même histoire

25/03/2016 | Commentaires (3)

terrorisme-bruxelles-en-alerte-maximale « C’est toujours la même histoire : il suffit d’une poignée de connards pour foutre la merde. C’est exactement comme dans une classe, il y a toujours deux ou trois jeunes cons, pas plus, qui rendent la chose invivable pour tous les autres. Et ça ne sert à rien de les virer, il faut faire avec parce que c’est une situation qu’on retrouve tout au long de la vie. Il faut supporter ces choses-là. » (Gérard Depardieu, Innocent, Cherche Midi, 2015, p. 102) Depardieu a raison : rien ne sert de virer les connards. Mais Depardieu se trompe : il ne faut pas les supporter, mais les SURMONTER : tous les connards, qu’ils soient terroristes, ou flics, il faut les surmonter. A commencer par ceux qui sévissent en nous-mêmes. ... Suite

Le pape sur Instagram !

18/03/2016 | Commentaires (0)

vdfnum1 Samedi 19 mars, le pape François ouvre un compte Instagram, sous le nom romanisé de « Franciscus ». « Le représentant de Dieu sur terre », comme on l’appelle, se profile toujours davantage en roi de la communication… digitale. Depuis trois ans, le souverain pontife ne cesse d’étendre sa présence sur les réseaux sociaux. Déjà actif sur Facebook et Twitter, pour s’entretenir avec ses fidèles à propos de tout et de rien, il ouvre demain également un compte sur le réseau de photos Instagram, acquis en 2012 par Facebook pour un milliard de dollars. Ce mardi, Mgr Dario Vigano, Préfet en charge de la communication papale, a en effet annoncé sur Radio Vatican l’arrivée du pape sur l’application mobile actuellement la plus branchée (400 millions d’utilisateurs dans le monde en 2015). Pourquoi ? Pour mieux faire entendre la bonne parole catholique auprès des jeunes générations. Le 26 février, le pape avait rencontré au Vatican le PDG co-fondateur d’Instagram Kevin Systrom en personne. « Nous avons parlé du pouvoir... Suite

Justice immanente

11/03/2016 | Commentaires (0)

cancer On peut distinguer deux justices : l’une d’en haut, des idées claires de l’abstraite raison universelle ; l’autre d’en bas, d’un clair-obscur et mystérieux universel terrestre. La première est la justice courante, transcendante, telle qu’elle s’impose dans notre tradition. Elle est un principe philosophique qui découle de l’idée d’un monde idéal, qu’il s’agit de faire régner dans le sensible. D’ordre logico-rationnel, elle est faite de règles, de droits et de lois moraux abstraits, appliqués à la réalité concrète. Pour tout événement, c’est elle qui entre en jeu : c’est en sa vertu que sont jugées, sanctionnées ou récompensées les actions humaines. Centrés que nous sommes sur nos idées, nos droits, nos devoirs, nous avons tendance à oublier et négliger la seconde justice, pourtant pas moins englobante et importante que la première : la justice immanente. La justice de la vie, en sa mystérieuse et claire-obscure cohérence, en son producteur et destructeur va-et-vient permanent. Bien que volontiers oubliée, négligée et écartée, c’est finalement elle qui a le... Suite

Contre l’égalité hommes-femmes

08/03/2016 | Commentaires (2)

humour-antifeministe A l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme – à ne pas confondre avec la journée de la femme, ou des femmes -, PHUSIS vous invite à relire les passages ci-dessous du « Crépuscule de la déesse ? » de Romain Gary. « C’est là un état de chose en vérité fort curieux : tandis que toutes les autres formes de création artistique – littérature, peinture, cinéma – fleurissent comme jamais auparavant, le plus grand médium créatif de toutes, la Femme, a été totalement exclu du champ de l’imagination et réduit à une sorte de sordide réalité. […] Sans doute les femmes en sont-elles partiellement responsables, quand elles se sont lancées dans le plus autodestructeur des combats, la lutte pour les mêmes droits et la même place que les hommes. Un des plus étranges aspects de l’histoire sociale moderne est que ce ne sont pas les hommes qui, par la forme, ont traîtreusement imposé l’égalité aux femmes. Ce sont les femmes elles-mêmes, à commencer... Suite

Fadeur du monde politique

04/03/2016 | Commentaires (6)

dessin-homme-politique Les élections communales helvétiques actuelles font montre de l’immense fadeur du monde politique. Tout, dans ce qui a trait à la cité (la polis grecque), n’y est qu’artifice et jeux de surface : formules, effets, affects, mise en scène. Les médias ont transformé la politique en théâtre, et les hommes politiques en acteurs, jouant tant bien que mal leur rôle. Chaque politicien prétend certes défendre une position, une ligne, mais ne possède que des croyances, nées d’habitudes, d’opinions, de simples visions du monde. L’ouverture, la hauteur, la profondeur, la tension pour de véritables options de pensée et engagement responsables font défaut. La réalité sociologique, culturelle, intellectuelle, philosophique, scientifique, technique n’est jamais au centre du débat. La politique actuelle n’a pas davantage d’affinité avec le travail intellectuel qu’avec les progrès scientifiques et techniques. L’avenir de l’humanité n’est jamais en question. Acquérir et assumer des questions de recherche est devenu trop exigeant, trop encombrant, trop problématique. L’homme politique ne pense plus que par formules, en... Suite

Intelligence

26/02/2016 | Commentaires (6)

banquiers C’est un fait incontestable : notre monde est dominé par les êtres intelligents. Parmi eux, il y a des grands hommes, bien sûr, grandement avisés et hautement sensibles : des êtres sages, créateurs, justes, équilibrés, fermes, tendres, tout simplement délicieux. Des exemples, des maîtres, qui ont toujours raison, qui font toujours ce qu’il faut comme il faut. Mais la plupart des dominateurs n’est pas comme ça. Chez la plupart, l’intelligence est séparée de la sensibilité : abstraite des sens, leur raison est une drôle de mécanique binaire, d’ordre logico-rationnel. Si ces hommes réussissent dans leurs entreprises, s’ils sont comme des poissons dans l’eau, dans les structures de notre monde, c’est qu’ils ne s’embarrassent guère de leurs sens, parce que « les problèmes sont là pour être réglés », parce que, à bien y regarder, « il n’y a pas de problèmes, mais que des solutions ». Parce que leurs doutes, leurs craintes ne font pas long feu. Parce que, à force, ils sont en phase avec les lois, les... Suite

Sélection des meilleurs

19/02/2016 | Commentaires (1)

Sélection des meilleurs Dès notre enfance, durant tout notre parcours scolaire et chemin de vie, nous sommes sélectionnés, stimulés à progresser, à devenir toujours plus intelligents, plus efficaces, plus riches, plus puissants. Jour après jour, nous sommes amenés à renforcer notre raison, à comprendre les rouages de notre monde, pour y évoluer, y jouer au mieux et nous élever dans la hiérarchie professionnelle et sociale en direction de l’idéal de richesse, de bonheur, de santé, de beauté et de raison. Et voilà que nous devenons effectivement toujours meilleurs, toujours plus forts, plus riches, plus beaux, plus efficaces, plus impliqués, plus justes dans la machinerie socio-professionnelle. Et nous voilà bel et bien toujours mieux considérés par nos semblables, entourés de plus de confort, au bénéfice d’une plus grande aisance. Nous voilà à jouir de toujours plus d’avantages et de pouvoir matériels, techniques et autres facilités et assurances de tout genre. Mais nous voilà en même temps toujours moins sensibles, moins équilibrés, plus indifférents, plus dangereux et... Suite

Nous comprendre ?!

12/02/2016 | Commentaires (1)

laborit-5 Selon Henri Laborit, médecin et biologiste du comportement, toute une socio-culture inconsciente guide dès notre naissance chacun de nos actes. L’ensemble de notre personnalité est bâtie sur un bric-à-brac de jugements de valeurs, de préjugés, de lieux communs socio-culturels qui, à mesure qu’on avance en âge, deviennent de plus en plus rigides et sont de moins en moins remis en question. Nous sommes ainsi la proie d’une drôle de volonté de puissance qui, loin de chercher la maîtrise de soi, cherche inconsciemment la puissance sur autrui : automatisation socio-culturelle des individus, de leur imaginaire, de leurs désirs, de leurs pensées, de leurs réflexes. Au moindre enlèvement d’une pièce, tout l’édifice s’écroule. On découvre l’angoisse, qui ne recule devant aucun mensonge, aucun acte de violence pour préserver le tout. Tant qu’on n’aura pas compris et diffusé à large échelle comment fonctionne notre cerveau, comment on l’utilise, tant qu’on n’aura pas dévoilé et surmonté le fait qu’il y va toujours de dominer l’autre, il y a peu... Suite

Education physique de l’esprit

15/01/2016 | Commentaires (6)

Jean Kerinval_Kerbonn Le 14 janvier 2016, PHUSIS a été invité pour la troisième fois en quatre ans par la Société nantaise de philosophie (SNP) à prendre la parole dans le cadre de son Cycle de conférences portant cette année sur l’éducation. Retrouvez-en ci-dessous le texte et l’enregistrement, suivi de l’excellent résumé de Joël Gaubert. Un grand merci à André Stanguennec, à la SNP et aux nombreuses personnes rencontrées pour leur accueil chaleureux et les belles et stimulantes discussions. Les deux premières conférences nantaises sont disponibles ici (La nature comme phusis : éclosion ou fabrication ? / janvier 2012) et là (Le cinéma : de l’art à la vie / décembre 2013). Photo : Jean Kerinval, Kerbonn, 2009 (Encre de Chine sur papier). * Troisième conférence nantaise, sur l’éducation S’il est une constante en matière d’éducation, c’est qu’elle est en crise : crise nationale, internationale, et même planétaire, intimement liée à la « crise des valeurs », au « tout fout le camp » et « c’était quand même bien mieux avant ». Crise quasi permanente, qui a pour conséquence quantité de réformes, qui cherchent... Suite

Ah écrire !

08/01/2016 | Commentaires (4)

images Ah, écrire ! Non pas juste tapoter un « ok », un « t’es où ? » (dans cet ordre, évidemment) sur un petit clavier, des deux pouces, rapides, ou alors d’un seul doigt, plus ou moins habile. Pas non plus griffonner des mots genre « lait », « bananes », « pain », « produit de vaisselle » sur un petit bout de papier qu’on a de fortes chances d’égarer avant d’arriver au supermarché. Non, écrire : écrire des mots, qu’on cherche, qu’on trouve, qu’on pèse, qu’on tourne dans tous les sens, et qu’on finit par placer, les uns après les autres, en faisant tout pour qu’ils s’entendent, qu’ils s’écoutent, se mettent à converser, voire à danser. Composer, comme ça, des phrases : des phrases qui veulent dire quelque chose, qui s’agencent, se parlent, et se mettent elles aussi à résonner et à danser ; à dire, indiquer, dévoiler un tas de choses, à ouvrir des mondes, des tas de mondes, insoupçonnés, de toute cohérence, beaux et terribles à la fois. Des phrases vivantes, qui s’appellent les unes les... Suite

La vie comme cadeau

25/12/2015 | Commentaires (1)

Cadeau Et si, en réponse au vide qui gronde, Aux forces mal gérées, Trop vite automatisées, Jusqu’au débordement, Jusqu’à la violence, Jusqu’à la mort… Et si, en réponse à l’absence de sens, A l’absence de but Autre que celui De se faire plaisir, De réaliser ses idées… Et si, au lieu de courir après le succès, La puissance, l’argent, le bonheur, On considérait la vie comme une chance, Un don, un cadeau à partager, A partager et à exploiter au mieux : Le plus amoureusement, Le plus profondément, Le plus sereinement, Le plus productivement, Le plus légèrement, Le plus joyeusement possible ? Joyeux Noël à tous ! ... Suite

Sports Awards 2015

17/12/2015 | Commentaires (0)

sports_awards@1x Le sport, moi j’aime bien. Et pas seulement en faire moi-même, marcher, courir, tirer, sauter, grimper, nager, pédaler, taper dans un ballon, skier, patiner ou que sais-je encore. Le sport, moi j’aime aussi le regarder : participer au match, à la course ou à n’importe quelle compétition depuis les tribunes, le bord de la route, ou même mon canapé. Comme ça aussi, il est possible de faire du sport, de se donner, de souffrir, d’avoir le ventre serré, le souffle court, la tension qui monte, les poils qui se hérissent, les yeux qui coulent. Comme ça aussi, il est possible de grimacer, de sourire, de jubiler, de pleurer ou crier, de ressentir toutes sortes d’émotions, de sensations. Emotions et sensations d’autant plus grandes quand il s’agit de sportifs que je connais, que je vois évoluer, de week-end en week-end, de saison en saison. Et d’autant plus quand je les connais de près, qu’ils sont de ma ville, ma région, mon pays. C’est... Suite

Soyons moins tolérants !

11/12/2015 | Commentaires (1)

Caring-couple-love-in-rain Souvent, avec les gens, on est tolérant, on ferme les yeux, on fait des compromis. Dans une conversation, par exemple, quand on n’est pas tout à fait d’accord, ou parfois même pas d’accord du tout, on se retient, on n’en fait pas un cas. Pour le bien de la situation, de la relation, de l’ambiance, on laisse aller et ne dit rien. ERREUR ! En mettant de l’eau dans son vin, on devient fade. En érodant sa position, en élimant son opinion, on néglige sa personnalité qui, si tout à coup elle se réveille, a toutes les chances de se manifester de manière… comment dire, peu avisée, voire violente. Ce qui fait que : aussi scandaleux que ça puisse paraître, je suis contre la gentillesse mièvre, le consensus mou, la demi-mesure. Au contraire, je plaide pour la lutte, la lutte constructive, le dialogue, au sens fort du « dia- », de l’« écart » : de l’échange fort et franc, qui s’avère d’autant plus riche, plus productif que l’écart... Suite

Contre le positivisme émotionnel

04/12/2015 | Commentaires (7)

main_smiley En cas de difficulté, d’accident, de problème, de maladie, de malheur, on se demande, par réflexe : comment s’en sortir ? Comment guérir ? Comment se débarrasser de ce qui ne va pas ? Comment retrouver, au plus vite la joie ? Mauvaises questions : il ne s’agit pas de fuir les côtés sombres de la vie, mais de vivre avec, d’apprendre à vivre avec. Bien sûr qu’on préférerait que tout se passe à merveille, que la vie soit sinon toute rose, du moins toujours agréable ; sans peur, sans problème, sans souffrance, – toute situation si possible toujours à notre avantage. Mais elle n’est pas comme ça : les expériences désagréables, fâcheuses, funestes grondent et s’immiscent partout. Alors, spontanément, on les refuse, on les écarte, on les écrase. Mais, on a beau faire, ne pas les vouloir, tout mettre en œuvre pour les mettre à l’écart : le malheur, la tristesse, l’échec, la maladie, la souffrance, le déclin, la séparation, la mort, toutes les expériences dites « négatives » de la vie... Suite

Vivre avec le terrorisme

27/11/2015 | Commentaires (0)

Même pas peur Depuis le 13 novembre, un des slogans les plus fameux et les plus touchants est : « Même pas peur ! » Prononcé dans les rues parisiennes, par des individus, des citoyens libres, il est d’autant plus juste qu’il dit exactement le contraire : « On est tous terrorisés ! » Prononcé par des hommes politiques, il est d’une arrogance sans bornes. Que faire face à la menace terroriste ? Montrer les muscles, comme le font les politiques ? Déclarer une guerre sans merci au terrorisme ? Tout mettre en œuvre pour éradiquer, exterminer de la surface de la terre tout ce qui pourrait, de près ou de loin, être lié au terrorisme ? Bref : répondre aux sales actes par de sales mots et de sales manières ? Se défendre du terrorisme par le contre-terrorisme ? Attention, l’utilisation de sales mots et de sales moyens n’a toujours fait qu’envenimer la situation. Si on veut éviter une escalade de la violence, il faut commencer par s’interdire les sales mots et les sales manières – même pour les pires terroristes. Lutter... Suite

Epoque formidable

19/11/2015 | Commentaires (2)

Arbre qui traverse le béton « NOUS VIVONS UNE ÉPOQUE FORMIDABLE », tel était le leitmotiv de PHUSIS.ch lors de sa mise en ligne en mai 2010. « Pour autant qu’on ait du boulot, et donc un peu d’argent, on peut faire à peu près ce qu’on veut : se divertir, communiquer, s’informer, consommer, sortir, VIVRE, quoi ! Grâce au progrès, presque tout nous devient accessible. Et en plus quasi sans effort ! Et souvent pour pas cher ! C’est génial, nous vivons une époque formidable ! PHUSIS s’adresse à ceux qui sont d’avis que les choses ne tournent pas tout à fait aussi rond qu’on veut bien le dire. » Voilà les mots (à redécouvrir ici) qui présentaient il y a cinq ans notre site : mots les plus légers, doux et souriants possibles pour transmettre l’étonnement et l’effroi d’un « jeune » philosophe-artiste amené à partager, sur la pointe des pieds, les fruits de ses recherches. Depuis 2010, évidemment, beaucoup de choses se sont passées, ont changé, évolué dans le monde, en... Suite

L’homme fou (3)

16/07/2015 | Commentaires (2)

enterrer Suite de la plongée dans le paragraphe 125 du Gai savoir de Friedrich Nietzsche. Loin de toute profession d’athéisme, loin de toute prétendue non-existence de Dieu, la mort de Dieu que profère l’homme fou sur la place du marché – mort de Dieu consécutive au chosisme, au pragmatisme, à utilitarisme, à l’égoïsme scientifique des hommes devenus de plus en plus hostiles à tout mystère et toute zone d’ombre –, loin de toute athéisme rieur, la mort de Dieu est bien plutôt un constat tragique. Constat qui rappelle d’abord que tout, dans cette vie, est « phusiquement déterminé » : que chaque phénomène apparaît un jour, vit pour un temps, avant de disparaître de nouveau ; que la mort fait partie intégrante de la vie ; et que, une fois mort, tout se décompose, se putréfie : verwest, dit l’allemand, c’est-à-dire décline, se consume (ver-), et perd finalement son essence (Wesen). * * Or il n’en va pas autrement des dieux, y compris bien sûr de notre dieu, le Bon Dieu, et... Suite

L’homme fou (2)

02/07/2015 | Commentaires (2)

1648819-2220930 Continuons notre plongée dans le paragraphe 125, intitulé « L’homme fou », du Gai savoir de Friedrich Nietzsche. C’est le matin. Nous sommes sur la place du marché, parmi la foule. Et un homme fou – homme taxé de fou par la plupart, mais qui est à vrai dire un homme de grande lucidité – vient de s’y précipiter, une lanterne à la main, à la recherche de… Dieu. Face aux moqueries des gens, il les a transpercé du regard et leur a annoncé la cruelle vérité que « Dieu est mort » ; et que nous sommes, nous tous, les hommes, ses meurtriers. Oui, notre vision chosiste, scientifique, techniciste, utilitariste, égoïste du monde a eu raison de Dieu et des valeurs suprêmes qu’il incarnait. Et l’existence d’avoir perdu son but et son sens ultimes. Et l’humanité de se replier toujours davantage sur elle-même. Et l’homme fou de continuer à interroger la foule en ces termes : « Ne cheminons-nous pas à l’écart de tous les soleils ? » N’avons-nous pas perdu... Suite

L’homme fou (1)

18/06/2015 | Commentaires (3)

Ancienne lanterne Je vous propose, lors de nos prochaines séances, de nous plonger dans le paragraphe 125 du Gai savoir (La Gaya Scienza) de Friedrich Nietzsche ; paragraphe 125, intitulé « Der Tolle Mensch », « L’homme fou », dans lequel Nietzsche a pour la première fois l’intuition de ce qu’il thématisera par la suite par le vocable de « nihilisme ». Un jour, dans la clarté du matin, un homme fou – fou non pas au sens où il est malade, où il a l’esprit dérangé, mais fou au sens où, simplement, il voit et sent les choses autrement que la plupart –, un jour, dans la clarté du matin, un homme fou de ce genre a allumé une lanterne, a couru sur la place du marché et s’est mis à crier inlassablement qu’il cherche Dieu ? * * « Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! », criait-il partout. Mais, entouré qu’il était de gens qui ne croient pas en Dieu – qui, en effet, croit aujourd’hui encore en Dieu, en particulier sur la place... Suite

Universel terrestre

04/06/2015 | Commentaires (1)

98.5240 Nous avons dévoilé la dernière fois que l’uniformisation qui a cours partout est le résultat d’un vieux fantasme idéaliste, techniciste, productiviste et universaliste, qui nous pousse à toujours vouloir faire correspondre – à moindre frais, pour le plus grand confort et la plus grande facilité possible – le monde ici et maintenant au monde idéal, tel qu’il nous apparaît dans notre pensée abstraite. Aussi avons-nous tendance à confondre l’universel et l’uniforme : l’universel, de l’ordre de la pure raison logique ; et l’uniforme, de l’ordre de la simple productivité et efficacité économique. Si toutes les choses, des objets d’usage jusqu’aux idées, en passant par les désirs, les plaisirs et les craintes, ont tendance à devenir partout les mêmes, c’est qu’elles proviennent du même fantasme universaliste, qui provient lui-même de la même vision idéaliste née en Grèce, pour finalement s’imposer partout. *Universel terrestre par Michysos * Vision du monde qui nous pousse à écraser la sensibilité en général au profit de la vue sensible et du logos :... Suite

Nietzsche und Dionysos

24/05/2015 | Commentaires (1)

Temple de Delphes Mercredi 20 mai, nous avons eu l’occasion de donner une conférence (en allemand) sur « Nietzsche und Dionysos » devant un parterre de quelque quarante personnes dans le Hörsaal KOL-E-18 de l’Université de Zurich. * Titre complet de la conférence : Nietzsche und DionysosEine post-metaphysische Lektüre Annonce officielle (en version traduite) : Dans l’œuvre d’ouverture de Friedrich Nietzsche, La naissance de la tragédie (1872), Dionysos et Apollon apparaissent dans un rapport ambigu : d’une part radicalement opposés, d’autre part inséparablement liés. Les divines figures de la Grèce ancienne se trouvent alors prisonnières du système dualiste de la métaphysique traditionnelle. Après plus de dix ans d’absence, Dionysos réapparaît seul dans l’œuvre tardive de Nietzsche. Apollon en est devenu l’éminence grise. Nietzsche s’est libéré de la métaphysique. Une lecture post-nietzschéenne et post-métaphysique montre dans quelle mesure Dionysos représente le noyau générateur de cette libération et rend possible une toute nouvelle manière, non binaire, de penser. * Le texte de la conférence (en allemand) est à lire ici.   ... Suite

Dr. MietZsche absent

14/05/2015 | Commentaires (0)

MietZsche Fantasme Pour des raisons indépendantes de sa bonne volonté, le Dr MietZsche ne peut nous gratifier de sa contribution philosophique sur PHUSIS.ch cette semaine. Profitez de l’occasion pour revoir sa présentation de jeudi dernier, intitulée « Uniforme versus universel ». Il propose de ressourcer l’universel traditionnel « d’en haut » – de l’ordre de la pure idée suprasensible, métaphysique – par un universel d’« en bas », sensible, terrestre. Loin de conduire à l’uniformisation et standardisation « à l’occidentale » qui a cours partout, cette nouvelle entente de l’universel ouvre d’innombrables nouvelles possibilités communes d’existences, par-delà le fantasme (erroné) d’un monde parfait. La contribution se trouve ici. ... Suite

Un dieu artiste ?

03/05/2015 | Commentaires (0)

Femme-arbre Pourquoi tout ça ? Quel sens donner à la vie ? En voyant les choses comme elles vont et viennent, en voyant les gens comme ils sont et comme ils vont et viennent, on peut bien se le demander. A quoi bon les cycles, les saisons, les aller et retour, les agitations, les faux-semblants ? A quoi bon la naissance, l’éclosion, la croissance, les multiples apparences – et la stagnation, le déclin et la mort ? Les scientifiques ont beau dire, ils n’y comprennent pas beaucoup plus que nous. Bien sûr, ils peuvent dévoiler et produire quantité de choses, mais au fond, quand il s’agit des questions de la vie, de la mort, de l’amour, ils ne savent que répondre. Mais quelles sont donc ces forces qui nous font vivre, qui nous prennent, nous traversent, comme elles font vivre, prennent et traversent tous les phénomènes du monde ? D’où viennent-elles ? Comment s’organisent-elles ? Où vont-elles ? Et si on... Suite

Universel versus uniforme

30/04/2015 | Commentaires (0)

uniformisation On a aujourd’hui tendance à confondre l’universel et l’uniforme. On considère spontanément comme universel ce qui est juste uniforme. Mais on se trompe grandement : ce n’est pas parce que les aéroports, les hôtels, les vitrines, les bars, les clés, les restaurants, les magasins, les meubles, les piscines, les lois, les magazines, les maisons, les opinions, les sports, les affiches de bonheur et de consommation sont partout les mêmes qu’ils sont pour autant universels. Ce n’est pas parce qu’un livre, une série télévisée, un film, une musique, une manifestation sportive, culturelle, politique ou économique sont formidablement bien relayés par les médias du monde entier qu’ils sont pour autant universels. Bien que liés, l’universel et l’uniforme ne sont pas le même. L’universel est un concept logique, relevant de la pure raison abstraite. Par définition, l’universel exprime ce qui est « tourné » vers l’Un (uni-versus) : ce qui aspire à l’Un, qui est traditionnellement l’idée stable et constante. Tournant du regard très occidental (platonico-chrétien) en direction de... Suite

Repenser l’universel

16/04/2015 | Commentaires (2)

Labyrinthes Quand on parle aujourd’hui d’universel, il s’agit d’un universel abstrait, d’origine métaphysique : l’universel comme idée en soi, préalablement donnée. Est universel ce qui se trouve partout, dans le monde entier, au même titre : par exemple la gravitation, la raison, les droits de l’homme, la science, la technique, etc. Quiconque est allé à l’école n’est pas seulement formé à l’idéalisme, mais encore à l’universalisme : il possède une vision du monde standardisée par l’idée d’universel ; vision logico-rationnelle, pragmatique, valable a priori, de tout temps et pour tout un chacun. Quoi qui se joue, nous l’appréhendons à partir de cet universel, qui nous permet de le cerner et classer une fois pour toute en bonne et due forme. Ce faisant, nous réduisons sans le savoir la complexité des phénomènes et des sensations à une peau de chagrin : nous aplatissons, stérilisons, standardisons la moindre de nos expériences. Nous négligeons les infinies nuances, richesses, ressources et connexions de toutes choses. * * C’est ainsi que se joue la mondialisation, ou... Suite

Pragmatisme et idéalisme

02/04/2015 | Commentaires (3)

Idealism-pragmatism La tradition n’a pas seulement fait de nous des indécrottables « optimistes théoriques », convaincus que l’intelligence et la connaissance rationnelle est la clé de tout, elle nous rend paradoxalement en même temps de plus en plus pragmatiques. Oui, nous devenons à la fois toujours plus cérébraux, plus théoriques et plus matérialistes, plus pragmatiques. Cela toujours en étant assoiffés de progrès, de bonté, de beauté et de vérité – et menacés de sombrer dans le pessimisme et la dépression. Pris que nous sommes aujourd’hui dans la vision anglo-américaine du monde – vision chosiste, positiviste, pragmatique –, nous sommes, bien malgré nous, amenés à être de plus en plus matérialistes : pour ne nous occuper que des simples faits (ta pragmata, en grec ancien) tels qu’ils se montrent à nous. Loin de nous intéresser à ce qui gronde au fond des phénomènes, aux mystères cachés des mille et une choses excitantes et inquiétantes que nous vivons, ressentons et accomplissons, nous nous occupons, tels des automates, de... Suite

Question fondamentale de la philo

19/03/2015 | Commentaires (6)

Quid est Vous voulez savoir pourquoi nous sommes tous des indécrottables théoriciens optimistes ? Pourquoi, dans tout ce que nous vivons, dans tout ce que nous faisons, dans tout ce que nous pensons, nous sommes toujours rivés sur nos idées ? Toujours en train de faire des projets ? Toujours en train de réduire la foisonnante complexité de la vie, des phénomènes, des sensations à des idées et concepts fixes ? Et pourquoi nous risquons toujours de tomber dans le contraire de l’optimisme, à savoir dans le pessimisme, tant la réalité s’avère ne pas correspondre à nos idées ? Vous voulez savoir ? Eh bien je vais vous le dire, c’est somme toute à cause de… Platon, le premier philosophe proprement dit de notre tradition. Premier philosophe qui a eu un rôle formidable sur le cours de l’histoire, jusqu’à nos jours, où son influence continue à travailler, et même de plus belle, de manière larvée, et même si on ne veut pas le dire… * * Voici comment les choses se sont... Suite

Lutte vers l’excellence

08/03/2015 | Commentaires (0)

Lutter c Qu’importe qu’on fasse de la course ou tout autre chose, si on est athlète, on est toujours en lutte vers l’excellence. Avec et contre le chrono. Avec et contre soi-même. Pour connaître et dépasser ses limites. Exemple de Lea Sprunger (400 m) aux CE indoor à Prague (CZE). Se préparer pour le jour J. Tout un automne. Et tout un hiver. Enchaîner les entraînements, jour après jour, semaine après semaine. En Suisse et à l’étranger. Travailler sa force, sa vitesse, sa résistance, son endurance. Toujours et encore. Sans compter les massages, la physio. Sans négliger la nourriture, la récupération et mille autres choses insoupçonnées. Faire attention à tout. Pour faire tout juste. Sans arrêt. Puis voilà que la saison commence, enfin. Et ce n’est pas qu’une partie de plaisir : enchaîner les courses, en plus des entraînements. Compétitions de préparation, en essayant différentes choses. Là aussi pour apprendre à faire tout juste. Y compris aux Championnats nationaux, qui sont le grand but de... Suite

Sagesse tragique

05/03/2015 | Commentaires (2)

folie Eduqués que nous sommes depuis notre plus tendre enfance à l’optimisme théorique, nous ne pouvons faire autrement que croire que la théorie – la connaissance abstraite de la vérité – permet d’atteindre l’optimum, le bien suprême. Nous sommes convaincus, non seulement qu’il existe pour toute chose une explication logique, rationnelle et morale, mais encore que, grâce aux progrès de la science et de la technique – qui reposent sur la connaissance théorique –, l’humanité toute entière est en voie de baigner dans le bonheur perpétuel. Sur le plan personnel, nous passons automatiquement ce que nous vivons au crible de la raison. Tout ce qui nous arrive est machinalement abstrait du sensible, puis trié, stabilisé, cerné et rangé dans nos structures et catégories théoriques. Qu’importe la sensation, l’image, la personne, l’événement, la relation, le désir, la peur, nous nous en faisons une idée, qui se fixe et durcit dans notre pensée. * * Ainsi sommes-nous tributaires de tout un monde d’idées ; monde d’idées abstraites, théorique,... Suite

Comment traduire ?

24/02/2015 | Commentaires (1)

Dialogue Comment traduire QJe passe une grande partie de mon temps à traduire des textes, d’une langue à une autre et à une autre encore. A chaque fois, je dois me rendre à l’évidence que les termes les plus intéressants, les termes les plus riches, ceux qui ne sont pas juste factuels, sont toujours extrêmement difficiles à traduire. Parce que chacun fait partie d’une culture, d’une famille, avec son histoire, ses emplois. Mais, comme on ne peut pas les laisser tel quel, comment faire pour les faire résonner au mieux, sans trop les déformer ? * Comment traduire RComment traduire les mots qui dépassent la seule dimension pragmatique du langage ? Comment faire entendre l’arrière-fond des choses ? L’esprit qui les sous-tend ? Comment exprimer le fonds d’évidence dont la vie émerge ? On a beau essayer de nous faire croire le contraire, on le sent bien : les mots n’ont pas qu’une dimension utilitaire, ne sont pas de simples outils d’information et de communication. Oui, loin de seulement déterminer,... Suite

Pessimisme pratique

19/02/2015 | Commentaires (3)

Suite à Platon, au platonisme et ensuite au christianisme, nous sommes tous des optimistes théoriques. Nous sommes tous éduqués à chercher dans l’abstraction théorique le bien suprême. A chaque fois que nous nous mettons à penser, à réfléchir, tout un mécanisme optimiste théorique se met en marche dans notre esprit. Toujours, nous avons en vue, dans notre tête, un monde idéal : monde sans défaut ni faille, de toute plénitude, à partir duquel nous jaugeons, jugeons et organisons les phénomènes du monde ici et maintenant. Quoi qu’il arrive, nous théorisons la réalité ; nous faisons abstraction des éléments sensibles et traitons les résultats au niveau intelligible. *Pessimisme pratique par Michysos * Manière de faire qui, de fil en aiguille, si notre pensée est cohérente, si notre pensée est rigoureuse, nous conduit à croire à une explication logique et rationnelle et morale de toute chose. Nous amène à croire que la connaissance abstraite de la vérité – la théorie, le savoir, la connaissance, la science, la technique... Suite

Optimisme théorique

05/02/2015 | Commentaires (1)

Optimism US Face à l’insupportable fond tragique qui guette et gronde partout entre en jeu la dimension esthétique, artistique de la vie. Pour nous abriter de l’échec, de la souffrance et de la mort, qui finissent toujours par arriver et par triompher, nous sommes amenés à nous réfugier dans quantité de belles apparences, idées, illusions et autres fictions artistiques. Elles seules rendent l’existence possible et digne d’être vécue. A bien y regarder, cette dimension sensible, artistique de la vie ne joue pas seulement sur le plan des êtres humains que nous sommes, mais travaille partout, dans tous les phénomènes du monde. Tout ce qui apparaît à la lumière, toute belle forme n’est somme toute qu’un voile artistique qui surmonte le sombre fonds caché dont en même temps elle provient. Et ce n’est pas négligeable : plus la terrible réalité se fait sentir, plus la dimension esthétique, artistique entre en jeu, et plus riche et colorée est la création de belles apparences. *Optimisme theorique par Michysos * Il... Suite

To be or not to be ?

22/01/2015 | Commentaires (0)

to_be_or_not_to_be To be, or not to be, that is the question : être ou ne pas être, telle est la question, la question que se pose Hamlet (personnage de Shakespeare) après avoir jeté son regard dans le tréfonds de l’existence, après avoir reconnu qu’il ne pouvait rien changer à la malhonnêteté des gens et à l’immoralité du monde. Voilà la question qu’il se pose après avoir pris conscience que tout est vain, que toute action est inutile, qu’il ne parviendrait pas réordonner un monde sorti de ses gonds. La connaissance vraie des choses que possède Hamlet – après avoir entendu le fantôme de son père lui raconter comment il est mort – l’empêche d’agir. La reconnaissance de la sagesse de Silène tue en lui toute volonté d’action, toute propension à l’engagement qui le caractérisait auparavant. *To be or not to be par Michysos * Pourquoi ? Parce que toute action exige qu’on croie à quelque chose, exige qu’on se voile dans l’illusion, voilà la terrible leçon que... Suite

Sagesse de Silène

08/01/2015 | Commentaires (2)

satyre3 La sagesse de Silène est une ancienne sagesse populaire grecque, du nom de Silène : un vieux satyre, un des fameux compagnons de Dionysos ; compagnons qui, comme les Ménades, ou les Bacchantes, vivent cachés dans les forêts et les montagnes, où ils forment le mystérieux cortège de Dionysos. Silène est mi-cheval, mi-homme : il a des sabots à la place des pieds, une queue et des oreilles de cheval, le visage barbu, des poils partout, et le regard lubrique. Il est sans gêne, toujours nu, toujours rieur, toujours d’une sensualité et d’une sexualité exubérante, le phallus en érection, volontiers proéminent, – énorme, pour dire la vérité. Silène incarne les forces obscures, brutes, bestiales de la vie humaine : les forces surpuissantes qui règnent, travaillent et grondent dans les profondeurs, sous les belles formes stables. Les puissances si productrices, si effrénées qu’elles sont chaotiques, dangereuses, et même insupportables pour l’homme. Sinon dans le cadre bien délimité des cultes rituels, des mystères, des banquets, autant de célébrations... Suite

De Parménide à Nietzsche

25/12/2014 | Commentaires (1)

Paul Klee, Embrace, 1939 A l’aube de notre tradition, il y a quelque 26 siècles, le penseur-poète grec Parménide amorce le tournant vers la philosophie. Et ce notamment en affirmant que : « C’est une seule et même chose : penser et être » (Poème, fr. III). Depuis lors – et notamment depuis Platon, qui vient renforcer et ratifier l’affirmation de Parménide –, seul existe, seul est, au sens fort du terme, au sens où il a un être stable et constant, ce que nous pouvons penser. Ce qui revient à dire que tout ce qu’on ne peut pas saisir par les outils de notre raison n’est pas, n’a pas d’être proprement dit – et n’est donc pas digne d’intérêt. C’est là évidemment un tournant énorme, qui a des conséquences qui ne sont pas moins énormes. La vue de l’esprit, la pensée, qui avec Platon, puis Aristote, devient pensée distinctive, logico-rationnelle, a depuis lors la primauté sur tous les autres sens. Voilà que l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût et... Suite

Quatre chemins de Parménide

11/12/2014 | Commentaires (0)

Miro_1965_Goutte_d_eau_1288_04 C’est chez Parménide, au Ve siècle avant notre ère, que se joue le tournant vers la pensée philosophique telle qu’on la connaît aujourd’hui ; tournant et pensée philosophique sur lesquels reposent notre vision idéaliste du monde. Alors que, avant lui, l’enjeu de toute vie était toujours d’écouter, d’expérimenter et d’accompagner le plus productivement possible les mystérieuses forces qui jouent toujours et partout, Parménide nous a mis sur la voie de la pensée ; pour atteindre ce qu’il appelle l’« être » stable et constant, autrement dit, comme l’expose la déesse dans son poème : le « cœur sans tremblement de la vérité bien ronde ». Être, vérité, essence ou cœur sans tremblement, qui ne peut se gagner qu’en s’orientant sur le lógos et le noûs, la logique et la raison. « C’est une seule et même chose : penser et être », écrit Parménide dans le troisième fragment de son Poème. Ce qui revient à dire – et il s’agit donc là de l’amorce de toute notre tradition – que seul existe,... Suite

Des apparences à la vérité

27/11/2014 | Commentaires (0)

Jeux d S’il est vrai que nous sommes entourés d’apparences toujours changeantes, en perpétuel va-et-vient, la question est de savoir ce qu’il en est de la vérité stable et constante, située par-delà et en-deçà des apparences ? Quel accès y avons-nous ? La vérité est-elle, comme on a tendance à le croire, la normalisation, la formalisation statistique, intelligible et idéale de toutes les apparences ? Réponse : non. Affirmer cela revient à confondre les doxai brotôn, les vues des mortels que nous sommes avec l’alètheia, la divine vérité qui nous dépasse de fond en comble. En effet, ce qui nous apparaît dans notre environnement quotidien, ce que nous voyons – serait-ce avec des instruments très sophistiqués, des microscopes à balayages électroniques, par exemple, ou à l’aide de radiographies, d’échographies, de résonnances magnétiques ou de je ne sais quoi encore –, ce que nous voyons et imaginons, et qui nous est à la longue familier, on a beau le prendre pour ce qui est, on a beau le tenir... Suite

Vérité et opinion

13/11/2014 | Commentaires (2)

air_et_eau_I On oppose traditionnellement la « vérité » à l’« opinion » : la vérité théorique, philosophique, scientifique, objective est traditionnellement opposée à l’impression personnelle, à l’opinion ou avis subjectif. Exemple : j’ai beau avoir l’impression qu’il fait extrêmement froid, mon impression n’a guère de valeur face au thermomètre qui indique qu’en vérité il fait une température tout à fait clémente. La distinction traditionnelle entre « vérité » et « opinion » apparaît au Ve siècle avant J.-C. chez Parménide. Toutefois dans un sens légèrement différent de celui qu’on croit aujourd’hui. C’est ce qu’il s’agit de décortiquer présentement. Dans son fameux poème judicieusement intitulé Sur la phusis, Parménide distingue l’alétheia de la dóxa, termes traduits en latin par veritas et opinio, qui ont donné, en français, vérité et opinion. Mais attention : les traductions sont toujours des interprétations, qui empêchent volontiers la bonne entente des choses. Pour comprendre comment se fait jour ladite distinction à l’aube de notre tradition et ce qu’elle signifie, il faut retourner au texte grec. * Vérité et opinion par Michysos * Le texte de... Suite

Vérité

23/10/2014 | Commentaires (2)

HODLER Un jeudi sur deux, le Dr. Ludovic MietZsche (GRE/CHN/FRA/GER/GBR/USA) vous rappelle quelques fondamentaux de la philosophie traditionnelle. Non sans dévoiler en même temps, dans les plis et replis négligés par notre vision idéaliste, quantité de perspectives cachées, tant nouvelles qu’anciennes. Cette semaine, il s’occupe de la… « vérité » ! * La « vérité » est un des mots fondamentaux de la philosophie. L’enjeu est aujourd’hui de le décortiquer : d’abord en nous intéressant à son origine étymologique, puis, plus en amont, à l’idée même de « vérité » telle qu’elle s’est faite jour à l’aube de notre tradition. Selon l’étymologie, le mot « vérité » provient du latin veritas, participe passé du verbe vereri, qui signifie avoir une crainte respectueuse, révérer, respecter, appréhender et craindre. La « vérité » est ainsi ce qui est appréhendé avec respect, ce qu’on vénère avec une certaine crainte. Etymologiquement, le mot « vérité » signifie donc quelque chose qu’on place très haut, devant lequel on se plie et qu’on traite avec respect et une certaine dignité morale. * Dr. Mietzsche: la vérité par Michysos * Pourquoi ? Pour le comprendre, pour comprendre ce... Suite

Vive les artistes de la vie

10/07/2014 | Commentaires (1)

Paul Klee COMME IL EST DE FOND EN COMBLE ARTISTIQUE, le double mouvement réciproque de la vie – celui d’apparaître à la lumière, de se produire à partir du retrait et de la destruction dans les profondeurs cachées – repose sur la sensibilité, et non pas sur la raison. Le mouvement réciproque de la vie n’est pas le fruit d’un dieu architecte, qui prend en compte un plan, des idées, qu’il réalise dans la matérialité sensible, mais d’un dieu artiste, qui joue à accompagner à la présence les forces productrices qui grondent dans l’absence. La vie n’est donc pas – comme on le croit souvent – déterminée par les idées, mais par les sens, par la sensibilité. Aisthèsis, perception sensible, ouverture au monde qui est gage de survie, de maîtrise, de puissance, d’équilibre dans le va-et-vient des phénomènes. Sensibilité et ouverture qu’il convient donc de favoriser le plus possible, pour que l’homme ne se réduise pas à être un automate – et pour que... Suite

Philosophie

26/06/2014 | Commentaires (1)

labyrinthe initiatique Japon UN DES BUTS DE PHUSIS.CH, NOTRE SITE INTERNET, est de partager notre « amour de la sagesse, du savoir », autrement dit de partager notre « philosophie ». On n’y pense guère quand on emploie le mot, mais c’est justement ça que veut dire « philosophie » : l’amour (philia, en grec) de la sagesse, du savoir (sophia). Le philosophe – le vrai, non pas le pseudo-philosophe, l’imposteur – est donc celui qui aime (philein) la sophia, c’est-à-dire la sagesse, le savoir. Mais qu’est-ce que veulent dire au juste les deux parties du mot ? Pour comprendre ce que veut dire « aimer », le mieux est évidemment de penser à l’amour qui lie deux personnes. Amour qui les poussent à aspirer l’une vers l’autre, à se favoriser l’une l’autre, à vouloir être ensemble, l’une avec l’autre, près de l’autre, tout près, voire même dans l’autre, dans ce qu’elles font et dans ce qu’elles sont – ne serait-ce qu’en pensée, si l’une des deux n’est pas présente en l’occurrence. *Philosophie par Michysos * Pour ce qui... Suite

Volonté et vague

17/09/2012 | Commentaires (1)

CETTE VAGUE, COMME ELLE S’APPROCHE AVEC AVIDITÉ, comme s’il s’agissait d’atteindre quelque chose ! Avec quelle hâte anxiogène elle se glisse dans les angles les plus intimes des gorges rocheuses ! Il semble qu’elle veuille y devancer quelqu’un ; il semble qu’il y a là quelque chose de caché, qui a de la valeur, grande valeur. — Et voici qu’elle revient, un peu plus lentement, encore toute blanche d’excitation, — est-elle déçue ? A-t-elle trouvé ce qu’elle cherchait ? Simule-t-elle la déception ? — Mais déjà s’approche une autre vague, plus avide et plus sauvage encore que la première. Et son âme semble elle aussi remplie de secrets et de convoitise des trésors ensevelis. Ainsi vivent les vagues — ainsi vivons-nous, nous autres êtres voulants ! Friedrich Nietzsche, Gai savoir, IV, 310. Erol Alkan & Boys Noize jouent Waves avec Chilly Gonzales en Piano Remake. ... Suite

Sans dureté, on n’est que des esclaves

31/08/2012 | Commentaires (0)

POUR DEVENIR QUELQUE CHOSE, il faut être dur. Dur vis-à-vis de soi-même – et dur vis-à-vis des autres. Sans dureté, on se fait chahuter : on court au plus pressé, au plus facile, au plus agréable, au minimum d’effort – pour un maximum de bêtise. Au lieu de s’élever dans les hauteurs, au lieu de se surpasser, d’être au-dessus de ses états – et de l’état du monde –, on est guidé par les forces d’un système qui cherche à faire de nous des esclaves, de notre esprit et de nos sens. * Ma dureté Je dois m’élever de cent marches, Je dois aller là-haut et je vous entends appeler : « Tu es dur ; sommes-nous donc de pierre ? » – Je dois m’élever de cent marches, Et personne ne voudrait être marche. * Meine Härte Ich muss weg über hundert Stufen, Ich muss empor und hör euch rufen: « Hart bist du; Sind wir denn von Stein? »— Ich muss weg über hundert Stufen, Und Niemand möchte Stufe sein. Nietzsche, Le gai savoir, « Plaisanterie, ruse et vengeance », 26. ... Suite

La nature comme phusis : éclosion ou fabrication ?

21/01/2012 | Commentaires (2)

Nantes 2012 resume et questions VERSION ÉCRITE DE L’ÉMERGENCE DE LA PHUSIS à NANTES le 13 janvier dernier dans le cadre du Cycle de conférences sur la nature organisé par la Société Nantaise de Philosophie. Vous trouverez ci-dessus l’enregistrement (hélas tantôt de qualité moyenne…) de l’excellent résumé de Joël Gaubert ainsi que de la stimulante discussion qui a suivi. * Nous vivons une époque formidable. Les progrès réalisés par la science et la technique nous permettent de vivre dans un confort et un bien-être toujours croissants et de jouir de possibilités inouïes, qui feraient assurément pâlir nos plus glorieux ancêtres ; et qui font en tout cas baver tous ceux qui ne sont pas (encore) immergés dans notre monde occidental. Pour autant qu’on ait suffisamment d’argent, on peut faire et acquérir à peu près tout ce qu’on veut : quasi tout nous devient accessible. Nos puissantes et ingénieuses industries sont en train de fabriquer les objets les plus pratiques et insoupçonnés et de faire... Suite

La phusis – éclosion ou fabrication ?

10/01/2012 | Commentaires (3)

VENDREDI, LA PHUSIS A ÉMERGÉ À NANTES, dans le cadre d’un cycle de conférences sur la nature organisé par la Société Nantaise de Philosophie. En attendant de pouvoir découvrir ici-même le texte de la conférence, vous trouverez ci-joint, en guise d’amuse-bouche, son résumé de quelques lignes. * La nature comme phusis – éclosion ou fabrication ? Dominé qu’il est par la science et la technique, notre monde est en train de faire de tout phénomène, y compris de l’homme, un simple objet, affaire d’une possible fabrication, consommation et manipulation. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? D’où provient cette vision et puissance partout à l’œuvre ? Relève-t-elle de la volonté de certains hommes – scientifiques, ingénieurs, économistes, chefs d’entreprises, etc. ? A bien y regarder, il n’en est rien : ces derniers en sont à vrai dire eux-mêmes tributaires. Mais où et comment cette tendance s’est-elle donc faite jour ? Se peut-il qu’elle provienne de la philosophie ? Et que, partant, elle seule pourrait nous en libérer ? Le retour aux débuts... Suite

Parmi les filles du désert

19/09/2011 | Commentaires (0)

NOUS SOMMES À LA MONTAGNE, DANS LA CAVERNE d’un étrange prophète nommé Zarathoustra, entourés de quelques hommes qui, comme nous, sont effrayés de voir ce que le monde est devenu, à force de suivre les jeunes filles du soleil et de négliger la face cachée de la lumière : une mer de mélancolie, pleine de vieille et sombre affliction, de mauvais tours, de mesquinerie, de jeux méchants, de secrète misère, de vaine gloriole, d’air morne, etc. ; un désert sous un ciel nuageux. Effrayés aussi de voir ce que les hommes eux-mêmes sont devenus : des individus égoïstes, malades, efféminés, dégénérés, au sens où, à force de se laisser aveugler par les lumières de la vérité, nous avons hypertrophié notre raison et perdu notre rapport à la terre, le sens de la terre, et sommes nous-mêmes devenus des déserts dans le désert. Nous nous trouvons donc en compagnie d’hommes qui, comme nous, ont quitté ce monde idéaliste et nihiliste pour se réfugier dans les... Suite

Des filles du soleil aux filles du désert

15/09/2011 | Commentaires (2)

ON LE SAIT : C’EST EN GRÈCE, AU VIe SIÈCLE AVANT J.-C., que pointent les premières lueurs de la pensée rationnelle qui domine aujourd’hui nos esprits. On s’accorde généralement pour dire que l’événement fondateur de notre vision du monde a lieu chez le poète et penseur Parménide ; plus précisément dit dans le prologue de son fameux Poème intitulé – les phusiciens ne s’en étonneront pas – Peri phusikos, Sur la phusis, la nature comme éclosion à la lumière à partir des profondeurs cachées. Il y est question d’un jeune homme pas comme les autres, qui se distingue par sa soif de lumière, son aspiration pour la stabilité et la connaissance ; soif qui l’a poussé à parcourir toutes les villes et à s’occuper de tous les domaines et savoirs accessibles aux hommes. Et grâce à ses efforts, il est bel et bien parvenu à s’élever loin au-dessus de ses semblables, dans les plus hautes sphères de la connaissance, aux confins des savoirs... Suite

Dernière volonté

20/07/2010 | Commentaires (0)

« DERNIÈRE VOLONTÉ » EST LA RETRADUCTION DU TROISIÈME POÈME DES DITHYRAMBES DE DIONYSOS de Nietzsche. « Dernière volonté » enseigne à bien mourir – et donc à bien vivre. En se battant, en dansant, superficiel par profondeur, sur son destin, jusqu’à la mort. Sans arrogance. Simplement en expérimentant et transmettant sa nature… phusique. « Dernière volonté » est la traduction de « Letzter Wille », qui veut en fait dire « Testament ». *** Dernière volonté Mourir ainsi, comme un jour je l’ai vu mourir —, l’ami qui, divinement, lançait éclairs et regards dans ma sombre jeunesse — pétulant et profond, un danseur dans le combat —, parmi les guerriers le plus enjoué, * parmi les vainqueurs le plus grave, un destin debout sur son destin, dur, méditant, préméditant — : * tremblant d’avoir vaincu, jubilant du fait d’avoir vaincu en mourant — : * ordonnant en ce qu’il est mort — et il a ordonné d’anéantir… * Mourir ainsi, comme un jour je l’ai vu mourir : vainquant, anéantissant… *** Letzter Wille. So sterben, wie ich ihn einst sterben sah -, den Freund, der Blitze und Blicke göttlich in meine dunkle Jugend warf muthwillig und tief, in der Schlacht ein Tänzer... Suite

Parmi des filles du désert

24/06/2010 | Commentaires (5)

« Parmi des filles du désert » est la retraduction du deuxième poème extrait des Dithyrambes de Dionysos, le dernier recueil de textes et accès de lucidité de Nietzsche avant de sombrer dans la nuit de la raison. « Parmi des filles du désert » est un psaume composé par un homme bien de chez nous. Un homme qui se rappelle comment, jadis, avant d’avoir rencontré son guide Zarathoustra, il avait fui l’Occident pour l’Orient, comment il avait cherché à laisser de côté notre lourde rationalité et morale traditionnelles pour s’adonner à la passivité de la pure et simple sensualité… Parmi des filles du désert 1 « Ne t’en va pas ! dit alors le voyageur qui se nommait l’ombre de Zarathoustra, reste auprès de nous, — sinon la vieille et morne affliction voudrait de nouveau nous assaillir. Déjà ce vieux magicien nous a ébloui de ses plus mauvais tours, et vois donc, là, le bon et pieux pape a des larmes aux yeux et s’est de nouveau entièrement embarqué sur... Suite

Rien que bouffon ! Rien que poète !

12/05/2010 | Commentaires (2)

Le premier Dithyrambe de Dionysos dévoile la vraie nature du philosophe traditionnel. Loin d’être, comme il le croit, un amant de la vérité, il n’est qu’un bouffon, un poète voltigeant sur de mensongers ponts de mots, sur des arcs-en-ciel de mensonges entre de faux ciels… C’est le soir. Le soleil décline. Les ombres croissent. La vérité, la lumière sombre dans la nuit. Tout comme le philosophe et ses claires idées. Les choses apparaissent dans une autre vérité, une autre lumière : lumière ambiguë, énigmatique, riche, inquiétante. La rosée promet de nouvelles possibilités d’existence. Rien que bouffon ! Rien que poète ! Lorsque la clarté de l’air se trouve retirée, quand déjà les perles de la consolante rosée descendent vers la terre, invisible, et non entendue — car elle porte de tendres chaussons cette consolatrice, la rosée, comme tous les doux consolateurs — t’en souvient-il alors, t’en souvient-il, cœur brûlant, comme, jadis, tu avais soif, de célestes larmes et de ruissellement de rosée brûlé et las, tu avais soif, tandis que sur des sentiers d’herbe jaunie des... Suite