Parole de Zarathoustra, Prologue 1

6 juillet 2010 | Commentaires (0) | Zarathoustra

Après avoir commencé ici même ces dernières semaines la retraduction littérale du Zarathoustra de Nietzsche – nouvellement intitulé Parole de Zarathoustra –, nous proposons désormais de faire mieux : présenter, sur la base de sa retraduction littérale (présente en fond d’article), une traduction ouverte, libre et commentée des chapitres successifs du texte.

La mise en lumière phusique, dionysiaque des passages hermétiques est sensé permettre de rendre l’écrit non seulement plus facile d’accès, mais encore plus stimulant, plus léger et… plus drôle. Le but est qu’il puisse se lire tel un roman, presque de plage…

Tous les commentaires, critiques, questions et propositions d’améliorations sont comme toujours les bienvenus. Lâchez-vous !

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Parole de Zarathoustra, Prologue, 1

À L’ÂGE DE TRENTE ANS, ÉPUISÉ PAR LES HARCÈLEMENT DE LA VIE EN SOCIÉTÉ, Zarathoustra a quitté son pays et le lac de son pays et s’en est allé, seul, se réfugier dans la montagne. Là haut, loin du chahut de la ville et du monde, il s’est délecté dix ans durant de son esprit et de sa solitude. Entouré de ses drôles d’animaux de compagnie, un aigle et un serpent, il s’est ressourcé et purifié corps et âme. Même son cœur s’est progressivement transformé.

Et voilà qu’un beau matin, à l’aurore, il s’est placé en face du soleil – son maître, son modèle, auquel il voue un culte quotidien – et lui a parlé en ces termes : « Toi, grand astre ! Quel serait ton bonheur si tu n’avais ceux que tu éclaires ! Voilà dix ans que tu es monté ici vers ma caverne. Sans moi, mon aigle et mon serpent, tu aurais été saturé de ta lumière et de ce chemin. Mais nous t’avons attendu chaque matin, t’avons enlevé ta surabondance et t’avons béni pour cela. Regarde ! Je suis trop plein de ma sagesse, comme l’abeille qui a trop recueilli de miel ».

A force d’expériences, Zarathoustra s’est enrichi de toute une sagesse de vie. Sagesse qui a commencé par le remplir, le combler, avant de le presser, le faire souffrir, tellement il en était plein. « J’ai besoin de mains qui se tendent. Je voudrais offrir et distribuer, jusqu’à ce que les sages parmi les hommes se réjouissent de nouveau de leur folie et les pauvres de nouveau de leur richesse. » Contrairement au commun des mortels, qui souffre toujours du manque (de vérité, de beauté, de bonté, de santé, de richesse, d’amour, en un mot : de bonheur), Zarathoustra souffre d’excès de plénitude.

Le voilà donc contraint de quitter sa retraite montagneuse et de retourner parmi les hommes : « Il faut que je descende dans les profondeurs : comme tu le fais, le soir, quand tu passes derrière la mer et que tu apportes encore de la lumière au monde d’en bas, ô astre débordant de richesse ! Je dois, pareil à toi, décliner, comme disent les hommes vers lesquels je veux descendre. » Zarathoustra doit décliner pour partager avec ses semblables la sagesse emmagasinée dans les hauteurs solitaires.

« Bénis-moi ! Toi, œil paisible, toi qui peut regarder le plus grand bonheur sans jalousie ! Bénis la coupe qui veut déborder, que l’eau en coule à flots dorés et répande partout le reflet de tes délices ! Regarde ! Cette coupe veut de nouveau se vider, et Zarathoustra de nouveau devenir homme. » Après s’être déshumanisé dans la nature sauvage, s’être ressourcé l’esprit, l’heure était venue pour Zarathoustra de retourner parmi les siens, de redevenir homme parmi les hommes pour leur enseigner la sagesse qui désormais le porte.

Voilà comment a commencé le déclin de Zarathoustra.

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Traduction littérale

À TRENTE ANS, ZARATHOUSTRA A QUITTÉ SON PAYS et le lac de son pays et s’en est allé dans la montagne. Il a joui là de son esprit et de sa solitude et ne s’en est pas lassé durant dix ans. Mais voilà enfin que son cœur s’est transformé. Et un matin, il s’est levé avec l’aurore, s’est placé en face du soleil et lui a parlé comme ça :

« Toi, grand astre ! Que serait ton bonheur si tu n’avais ceux que tu éclaires !

Dix ans durant, tu es monté ici vers ma caverne : sans moi, mon aigle et mon serpent, tu aurais été saturé de ta lumière et de ce chemin.

Mais nous t’avons attendu chaque matin, t’avons enlevé ta surabondance et t’avons béni pour cela.

Regarde ! Je suis trop plein de ma sagesse, comme l’abeille qui a trop recueilli de miel, j’ai besoin de mains qui se tendent.

Je voudrais offrir et distribuer, jusqu’à ce que les sages parmi les hommes se réjouissent de nouveau de leur folie et les pauvres de nouveau de leur richesse.

Pour cela, il faut que je descende dans les profondeurs : comme tu le fais, le soir, quand tu passes derrière la mer et que tu apportes encore de la lumière au monde d’en bas, ô astre débordant de richesse !

Je dois, pareil à toi, décliner, comme disent les hommes vers lesquels je veux descendre.

Aussi bénis-moi donc, toi, œil paisible, qui peut aussi regarder un trop grand bonheur sans jalousie !

Bénis la coupe qui veut déborder, que l’eau en coule à flots dorés et répande partout le reflet de tes délices !

Regarde ! Cette coupe veut de nouveau se vider, et Zarathoustra veut de nouveau devenir homme. »

– Voilà comment a commencé le déclin de Zarathoustra.

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