Des tarentules

10 juillet 2011 | Commentaires (0) | Zarathoustra

REGARDE, C’EST LA GROTTE DE LA TARENTULE ! Tu veux voir l’animal en personne ? Approche un peu : sa toile est suspendue ici. Touche-la du doigt, pour la faire trembler ; tu verras, elle aura vite fait de venir voir ce qui se passe.

Et hop : la voilà déjà, pleine de bonne volonté, docile. Bienvenue, tarentule ! On te reconnaît bien, avec ton triangle, ton emblème noir sur le dos. Mais figure-toi que pour ma part, je ne te connais pas seulement de l’extérieur, je sais aussi ce qui siège dans ton âme.

Je vais te le dire : c’est la vengeance qui siège dans ton âme : une croûte noire se forme à l’endroit où tu mords tes proies ; et c’est avec vengeance que ton venin s’infiltre en eux, les travaille, et leur fait tourner l’âme !

Vous l’aurez remarqué : je vous parle en parabole. L’image de la tarentule, c’est vous, vous autres êtres qui faites tourner les âmes, vous autres prédicateurs de l’égalité ! Oui, vous êtes pour moi des tarentules, des êtres vindicatifs, terrés, cachés au fond de votre trou, toujours curieux de savoir ce qui se passe alentours et prêts à vous manifester pour vous jeter sur les éventuelles proies !

Moi, je veux que vos cachettes sortent de l’ombre, viennent à la lumière : c’est pourquoi je me moque de vous ; c’est pourquoi je vous ris à la figure de mon rire venu d’en haut, des hauteurs montagneuses, là où la vie est rude, loin de tout égalitarisme.

Voilà la raison pour laquelle je tire sur votre filet, le fait trembler : pour que votre rage vous fasse sortir de votre trou, de votre grotte de mensonges ; que votre esprit de vengeance se dévoile au grand jour, bondisse de derrière vos belles paroles de « justice », d’égalité, votre prétention d’incarner le bien, le juste, le vrai, etc.

Mon but n’est autre que de délivrer l’homme de la vengeance, de son esprit de vengeance. Car cette délivrance représente selon moi le pont vers le plus grand espoir ; le pont qui conduit l’homme en direction du surhomme : un arc-en-ciel multicolore après une longue tempête.

Mais, sûrs d’elles, repliées sur elles-mêmes, les tarentules veulent évidemment qu’il en soit autrement : « Que justice soit faite ! Que les tempêtes de notre vengeance envahissent le monde ! » – voilà comment les tarentules parlent entre elles.

« Nous voulons être vindicatifs et injurieux vis-à-vis de tous ceux qui ne nous sont pas égaux », voilà ce que se promettent solennellement les cœurs de tarentules ; cœurs égalitaires, qui cherchent à écarter toute différence, tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, pourrait être supérieur, dépasser la masse.

Voici ce qu’elles veulent, voici ce qu’elles crient : « égalité ! » « Volonté d’égalité – vertu et égalité doivent à l’avenir devenir synonymes ; aussi voulons-nous élever nos cris contre tout ce qui est puissant, supérieur, tout ce qui a du pouvoir ! »

Mais c’est à vrai dire la folie tyrannique de l’impuissance qui crie ainsi hors de vous, vous autres tarentules, prédicatrices de l’égalité. Quelle perfidie : vos plus secrets appétits de tyrans – votre quête d’influence, de pouvoir, de gloriole – se dissimulent en paroles de vertu !

Chagrine suffisance, envie retenue, jalousie cachée. D’où vient tout cela ? Il s’agit sans doute de la suffisance et jalousie de vos pères. En tout cas, votre folie de vengeance jaillit de vous comme une flamme.

Ce que le père a tu, ce qu’il a gardé pour lui – consciemment ou non, qu’importe –, vient soudain à parler dans le fils ; oui, j’ai souvent reconnu, dévoilé dans le fils, le secret caché du père.

On peut s’y tromper : à première vue, ils ressemblent aux enthousiastes, à des êtres stimulés par des forces qui les dépassent, des puissances divines. Cependant, à bien y regarder, il n’en est rien : ils ne sont pas portés par leur cœur, c’est bien plutôt leur réflexion, leur esprit de vengeance qui les enthousiasment. Et même plus : ce n’est à vrai dire pas leur esprit, mais leur jalousie qui les rend ainsi, subtils et froids – intelligents, rationnels, abstraits, en un mot objectivants.

Leur jalousie les conduit certes aussi sur le sentier des penseurs, le chemin de la philosophie, de l’amour de la sagesse. Mais, une fois en marche sur celui-ci, ils s’aventurent toujours trop loin ; ils exagèrent. Tel est le signe de leur jalousie : insatisfaits, ils en veulent trop ; ils en font trop – et sombrent dans l’abstraction. Et, à force de réflexion, ils finissent même par s’épuiser ; au point de ne plus tenir debout et de se voir contraints de coucher dehors, dans le froid, sur la neige qui recouvre la terre, tant leurs pensées glacent le monde, lui enlèvent la vie.

Et voilà que dans chacune de leur plainte résonne la vengeance ; et que dans chacune de leur louange se cache une volonté de nuire, de faire du mal. Leur bonheur lui-même semble résider dans leur comportement de juges, enclins, par esprit de vengeance, dans le but de leur soit-disante égalité, à punir, piquer et faire tourner la tête à leurs proies.

Je vous donne ce conseil, mes amis : méfiez-vous de tous ceux qui aiment punir ; de tous ceux dont la pulsion de punir est puissante !

Ils constituent une population de mauvais genre, de mauvaise origine ; leur visage est celui du bourreau et du chien policier.

Méfiez-vous de tous ceux qui parlent volontiers de la justice, de leur justice ! S’ils le font, c’est en vérité qu’ils sont faibles, que leur âme est pauvre. Tellement pauvre qu’il lui manque à peu près tout ; et pas seulement la fine fleur du miel.

Et s’ils s’appellent eux-mêmes « les bons et justes », n’oubliez pas qu’ils ne sont pas loin de devenir des Pharisiens, des réactionnaires autoritaires, imbus de savoir traditionnel et opposés à toute pensée nouvelle. A vrai dire, il ne leur manque que le pouvoir pour devenir de tels hommes – et vous écraser !

Mes amis, faites attention : je ne veux pas être mélangé et confondu avec eux.

Attention : il y en a qui récupèrent ma doctrine de la vie : ils prêchent celle-ci tout en étant des prédicateurs de l’égalité, des tarentules.

Oui, bien qu’elles soient assises dans leur grotte, terrées dans leur trou, et donc au fond détournées de la vie, ces araignées venimeuses prétendent parler en faveur de l’existence. Mais leur seul but est par là de faire du mal ; elles veulent nuire à tout ce qui est fort, tout ce qui est vivant, en lui faisant croire à une autre existence, à d’autres valeurs que celles de l’ici et maintenant ; existence et valeurs parfaites, idéales.

Elles veulent en effet avant tout faire mal à ceux qui ont maintenant le pouvoir : car c’est chez eux que la prédication de la mort est encore la plus efficace, la plus chez elle ; c’est eux qui réagissent le mieux à leurs doctrines négatrices de la vie, tant ils sont prêts à tout pour rendre leur vie meilleure.

S’il en était autrement, les tarentules dispenseraient un autre enseignement ; car, en plus, elles ne sont pas d’une pièce ; intelligentes, elles s’adaptent ; elles configurent leurs discours en fonction des situations : raison pour laquelle elles ont jadis aussi pu être les meilleures calomniatrices du monde et brûleuses d’hérétiques. Tout ce qui ne leur plaît pas, tous les hommes qui les dépassent, qui croient à autre chose qu’elles, elles les piquent et leur font tourner la tête au nom de la justice, de l’égalité.

Je ne veux pas être mélangé et confondu avec ces prédicateurs de l’égalité. Car voici comment me parle, à moi, la justice – la justice de la vie, qui n’a somme toute rien à voir avec la morale de l’homme : elle m’enseigne que « les hommes ne sont pas égaux ».

Et, égaux, ils ne doivent pas non plus le devenir ! Il y a des hommes inférieurs, des hommes supérieurs ; et l’échelle – ou, mieux, le pont – entre les deux est immense. Que vaudrait mon amour pour le surhomme si je parlais autrement ? Il y a des hommes qui peuvent des choses que d’autres ne peuvent pas. Il y en a qui ont les moyens de s’avancer à grands pas vers le surhomme, d’autres qui en sont bien incapables.

C’est ainsi sur mille ponts et passerelles que les hommes doivent se presser en direction de l’avenir ; et il faut, entre eux, placer toujours plus de guerre et d’inégalité : voilà comment me pousse à parler mon grand amour, qui n’a évidemment rien à voir avec l’amour du prochain prôné par la tradition. C’est toujours la même rengaine : si j’aime les hommes, c’est pour les possibilités qu’il incarne, les puissances de vie qu’il est en mesure d’incarner ; si je l’aime, c’est en tant que chemin en direction du surhomme.

Or ce chemin n’est pas celui de l’esprit de vengeance au nom de la justice et de l’égalité, mais celui de la lutte, de la bagarre, du dépassement. Dans leurs difficultés, dans leur hostilité, les hommes deviennent créateurs, doivent faire travailler leur fantaisie : il faut qu’ils deviennent des inventeurs d’images et de fantômes ; c’est en s’appuyant sur les fruits de leur imagination qu’ils doivent livrer leur plus grande bataille !

Tous les noms des valeurs, bien et mal, riche et pauvre, élevé et insignifiant, tous, quels qu’ils soient, doivent être des armes pour la bataille suprême : le dépassement de soi. Des clinquantes indications du fait que la vie doit inlassablement se surmonter, se dépasser soi-même !

Oui, la vie elle-même veut grandir, s’édifier vers les hauteurs. Et elle le fait à l’aide de piliers et de marches. S’il lui faut de la hauteur, c’est qu’elle veut regarder vers les lointains immenses et, par-delà, vers des beautés bienheureuses ; raison pour laquelle elle n’a de cesse de se dépasser soi-même !

Et parce qu’il lui faut de la hauteur, il lui faut des marches et la contradiction des marches de ceux qui les utilisent pour grimper vers les sommets. La contradiction des marches ? Toute marche sert certes à monter vers les hauteurs, mais conduit aussi vers les profondeurs ! La vie veut grimper et, en grimpant, se surmonter, se dépasser soi-même.

Et regardez donc par là, mes amis, vers la grotte de la tarentule ! Regardez : là où elle se cache s’élèvent les ruines d’un vieux temple, les vestiges d’une monde précédent notre tradition plurimillénaire ; un monde d’avant les tarentules, sans égalité, sans prétendue justice, sans esprit de vengeance ; un monde marqué par l’injustice de la vie avec sa morale tragique. Regardez-moi tout ça avec des yeux neufs, éclairés, pleins de sagesse !

En vérité, celui qui est à l’origine du vieux temple, celui qui jadis a dressé ici ses pensées en une tour de pierres, en savait autant que le plus sage sur le secret de la vie ! Il savait qu’il n’y avait pas de contraires, que l’un ne vas pas sans l’autre, que tout n’est que différence de degrés du même.

Il savait notamment que le combat, l’inégalité, la guerre, la puissance et la surpuissance se trouvent eux aussi dans la beauté : voilà ce qu’il nous apprend dans la plus limpide des paraboles. La sagesse qu’il nous indique n’est autre que celle de la rudesse de la vie.

Comme la voûte et les arcs se brisent ici divinement, dans le combat ! Comme, avec la lumière et l’ombre, ils s’élancent les uns contre les autres, les divins ambitieux !

Ainsi, sûrs et beaux, laissez-nous encore être des ennemis, mes amis ! Divinement, nous voulons nous élancer les uns contre les autres !

Malheur ! La tarentule, ma vieille ennemie, m’a moi-même mordu ! Divinement sûre d’elle et belle, elle m’a mordu le doigt ! Me voyant supérieur à elle, elle n’a pas hésité un instant à chercher à me faire tourner la tête, à me faire croire à un monde meilleur, idéal.

« Il faut que la punition et la justice soient – ainsi pense-t-elle : il ne doit pas chanter pour rien des chants en l’honneur de l’hostilité ! Il n’a pas le droit de se montrer supérieur ! Il faut qu’il soit puni comme il le mérite ! » Voilà pourquoi elle m’a mordu : elle s’est vengée de ma lucidité. Elle a voulu empoisonner la force de la vie qui siège en moi.

Oui, elle s’est vengée ! Et malheur ! C’est encore avec vengeance qu’elle va maintenant me faire tourner la tête !

Mais aidez-moi, mes amis : pour que je ne tourne pas, attachez-moi fortement à cette colonne, comme Ulysse sur son bateau pour être sûr de résister au pouvoir de séduction des Sirènes ! Je préfère encore être un stylite que d’être emporté par le tourbillon de la vengeance !

En vérité, Zarathoustra n’est pas un vent tournoyant et tourbillonnant ; Zarathoustra n’a qu’un discours, qu’il déploie de maintes façons ; à la différence des tarentules qui façonnent leur discours en fonction des circonstances. Et si Zarathoustra est un danseur, il ne sera pourtant plus jamais un danseur de tarentule ! –

Parole de Zarathoustra.

***

Traduction littérale

 

Regarde, c’est la grotte de la tarentule ! Veux-tu la voir elle-même ? Sa toile est suspendue ici : touche-la pour la faire trembler.

La voilà qui vient, pleine de bonne volonté : bienvenue, tarentule ! Noir, sur ton dos, siège ton triangle et emblème : et je sais aussi ce qui siège dans ton âme.

La vengeance siège dans ton âme : là vers quoi tu mords pousse une croûte noire ; avec vengeance ton venin fait tourner l’âme !

Je vous parle donc en parabole, vous qui faites tourner les âmes, vous prédicateurs de l’égalité ! Vous êtes pour moi des tarentules et des êtres vindicatifs cachés !

Mais je veux amener vos cachettes à la lumière : c’est pourquoi je vous ris au visage de mon rire des hauteurs.

C’est pourquoi je tire sur votre filet, de sorte que votre rage vous attire hors de votre grotte de mensonges, et que votre vengeance bondisse de derrière votre mot « justice ».

Car que l’homme soit délivré de la vengeance : tel est selon moi le pont vers le plus grand espoir et un arc-en-ciel suite à une longue tempête.

Mais les tarentules veulent évidemment qu’il en soit autrement. « Que le monde soit rempli des tempêtes de notre vengeance, c’est précisément ce que nous appelons justice » – voilà comment elles parlent entre elles.

« Nous voulons user de vengeance et injurier tous ceux qui ne nous sont pas égaux » – tel est ce que se promettent solennellement les cœurs de tarentules.

« Et, « volonté d’égalité » – cela même doit à l’avenir devenir le nom de la vertu ; et nous voulons élever nos cris contre tout ce qui a du pouvoir ! »

Vous, prédicateurs de l’égalité, la folie tyrannique de l’impuissance crie ainsi hors de vous vers l’« égalité » : vos plus secrets appétits de tyrans se dissimulent ainsi en paroles de vertu !

Chagrine suffisance, jalousie retenue, peut-être la suffisance et jalousie de vos pères : ça éclate hors de vous comme une flamme et folie de vengeance.

Ce que le père a tu vient à parler dans le fils ; et souvent j’ai trouvé le fils comme secret dévoilé du père.

Ils ressemblent aux enthousiastes : mais ce n’est pas le cœur qui les enthousiasme, – mais la vengeance. Et quand ils deviennent subtils et froids, ce n’est pas l’esprit, mais la jalousie qui les rend subtils et froids.

Leur jalousie les conduit aussi sur le sentier des penseurs ; et c’est là le signe de leur jalousie – ils vont toujours trop loin : de sorte que leur fatigue doit finalement encore se coucher sur la neige pour dormir.

De chacune de leur plainte résonne la vengeance, dans chacune de leur louange il y a un faire du mal ; et leur bonheur semble d’être des juges.

Mais je vous donne ce conseil, mes amis : méfiez-vous de tous ceux dont la pulsion de punir est puissante !

C’est là peuple de mauvais genre et origine ; à travers leurs visages regardent le bourreau et le chien policier.

Méfiez-vous de tous ceux qui parlent beaucoup de leur justice ! En vérité, leur âme ne manque pas seulement de miel.

Et s’ils s’appellent eux-mêmes « les bons et justes », n’oubliez pas que pour devenir des Pharisiens il ne leur manque rien d’autre sinon – le pouvoir !

Mes amis, je ne veux pas être mélangé et confondu.

Il y en a qui prêchent ma doctrine de la vie : et en même temps ils sont prédicateurs de l’égalité et tarentules.

Ils parlent en faveur de la vie bien qu’elles soient assises dans leur grotte et détournées de la vie, ces araignées venimeuses : c’est qu’elles veulent par là faire du mal.

Elles veulent faire du mal à ceux qui ont maintenant le pouvoir : car c’est encore auprès de ceux-là que la prédication de la mort est le mieux à la maison.

S’il en était autrement, les tarentules auraient un autre enseignement : et ce sont précisément elles qui étaient jadis les meilleures calomniatrices du monde et brûleurs d’hérétiques.

Je ne veux pas être mélangé et confondu avec ces prédicateurs de l’égalité. Car voici comment me parle la justice : « Les hommes ne sont pas égaux ».

Et ils ne doivent pas non plus le devenir ! Que serait donc mon amour pour le surhomme si je parlais autrement ?

C’est sur mille ponts et passerelles qu’ils doivent se presser vers l’avenir, et toujours plus de guerre et d’inégalité doit être placé entre eux : ainsi me fait parler mon grand amour !

Dans leur hostilité, ils doivent devenir des inventeurs d’images et de fantômes, et avec leurs images et fantômes ils doivent encore livrer leur plus suprême bataille !

Bien et mal, et riche et pauvre, et élevé et insignifiant, et tous les noms des valeurs : ils doivent être des armes et des clinquants indices du fait que la vie doit toujours de nouveau se dépasser soi-même !

La vie elle-même veut s’édifier dans les hauteurs avec des piliers et des marches : elle veut regarder vers les lointains immenses et par-delà vers des beautés bienheureuses, – raison pour laquelle il lui faut de la hauteur !

Et parce qu’il lui faut de la hauteur, il lui faut des marches et la contradiction des marches et de ceux qui grimpent ! La vie veut grimper et se surmonter en grimpant.

Et regardez-moi donc, mes amis ! Ici où se trouve la grotte de la tarentule s’élèvent les ruines d’un vieux temple, – regardez-moi donc ça avec des yeux illuminés !

En vérité, celui qui a ici jadis dressé ses pensées en une tour de pierres, il en savait autant que le plus sage sur le secret de la vie !

Que le combat et l’inégalité, et la guerre et la puissance et la surpuissance se trouvent eux aussi dans la beauté : voilà ce qu’il nous apprend dans la plus claire des paraboles.

Comme la voûte et les arcs se brisent ici divinement, dans le combat : comme avec la lumière et l’ombre ils s’élancent les uns contre les autres, les divins ambitieux –

Ainsi sûrs et beaux, laissez-nous aussi être des ennemis, mes amis ! Divinement, nous voulons nous élancer les uns contre les autres ! –

Malheur ! La tarentule m’a moi-même mordu, ma vieille ennemie ! Divinement sûre et belle, elle m’a mordu le doigt !

« Il faut que la punition et la justice soient – ainsi pense-t-elle : il ne doit ici pas chanter pour rien des chants en l’honneur de l’hostilité ! »

Oui, elle s’est vengée ! Et malheur ! Elle va maintenant encore avec vengeance donner le tournis à mon âme !

Mais pour que je ne tourne pas, mes amis, attachez-moi fortement à cette colonne ! Je préfère encore être un stylite que le tourbillon de la vengeance !

En vérité, Zarathoustra n’est pas un vent tournoyant et tourbillonnant ; et quand il est un danseur, plus jamais un danseur de tarentule ! –

Parole de Zarathoustra.

***

Il s’agit là de la suite de la retraduction commentée et littérale du Zarathoustra de Nietzsche. Septième chapitre de la « Deuxième partie » des « Discours de Zarathoustra ». Les précédents se trouvent ici.

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