Des renégats

13 mars 2012 | Commentaires (0) | Zarathoustra

LOIN DE TOUTE FRAÎCHEUR PRINTANIÈRE, les choses et les gens rencontrés par Zarathoustra sur les chemins détournés le conduisant à sa caverne étaient marqués par l’automne. Se rappelant son labeur d’abeille butineuse réalisé par le passé, il s’est soudain demandé en soupirant :

Ah, tout ce qui, sur cette prairie, était récemment encore vert et plein de couleurs s’est-il déjà fané et est-il déjà devenu gris ? Combien de miel de l’espoir n’ai-je porté d’ici à mes ruches ! Tous mes efforts ont-ils été vains ?

Comme ces jeunes cœurs sont déjà vieux ! Ou non, je me trompe : ils ne sont pas vraiment vieux, mais seulement fatigués, communs, commodes ! Les voilà qui disent : « Nous sommes redevenus pieux ».

Encore récemment, je les voyais sortir de chez eux tôt le matin, plein d’allant, d’un pied ferme et courageux, à la découverte du monde : mais leur pied de la connaissance s’est vite fatigué. Les affirmateurs curieux qu’ils étaient se sont transformés en calomniateurs ! Négateurs, ils se sont mis à décrier jusqu’à leur récent courage matinal !

En vérité, maints d’entre eux se déplaçaient jadis d’un pied léger, comme des danseurs ; le rire de ma sagesse leur faisait signe, les portait. Puis ils se sont ravisés. Oui, je viens de les revoir : ils sont désormais tordus, écrasés par le poids de la vie, rampant péniblement, plein de mauvaise conscience, vers la croix, symbole de pardon et d’un au-delà post-mortem bienheureux.

Ah, dire qu’ils voletaient jadis autour de la lumière et de la liberté comme le font les moustiques et les jeunes poètes. Et dire qu’à peine plus vieux, à peine plus froids, ils sont désormais casaniers, ténébreux, murmurants, et ne rêvant que d’une chose, à vrai dire lamentable : pourvoir se réchauffer auprès des poêles.

Est-ce parce que je les ai quittés, parce que la solitude m’a avalé telle une baleine qu’ils se sont laissé abattre ? Leur oreille s’est-elle trop longuement tendue en vain vers moi et mes appels de trompettes et de hérauts ?

Ah ! Ils sont peu nombreux ceux dont le cœur garde longuement son courage et sa surabondance ! Ils sont peu nombreux ceux dont l’esprit demeure patient. Mais le reste, tout le reste est lâche.

Le reste ? La majorité, les gens de tous les jours, qui débordent en nombre : les beaucoup trop nombreux – tout ceux-là sont lâches !

Quiconque parmi les moins nombreux est de mon genre va vivre des aventures semblables à celles que j’ai vécues : ses premiers compagnons seront comme les miens, des cadavres et des pitres.

Et ses deuxièmes compagnons vont s’appeler ses fidèles, ses croyants : ils vont former autour de lui un attroupement bien vivant, plein d’amour, plein de folie, plein d’adoration juvénile imberbe.

Mais attention : quiconque parmi les hommes est de mon genre doit bien se garder de lier son cœur à ces fidèles croyants. Quiconque connaît comme moi la superficialité et la lâcheté de l’espèce humaine doit se garder de croire à de tels printemps et à de telles prairies colorées !

Bien sûr : s’ils pouvaient être autrement, les hommes voudraient l’être et donc le seraient. Mais ils en sont incapables. Car ils sont des moitiés-moitiés, en même temps influencés par la tradition et ma propre sagesse ; et les moitiés-moitiés finissent toujours par gâcher ce qui est entier, ce qui est authentique.

Mais faut-il se plaindre du fait que les feuilles se fanent ?

Allez, ô Zarathoustra, laisse-les aller, laisse-les tomber ! Et surtout ne te plains pas de les perdre ! Aide-les plutôt à te quitter : souffle-leur dessus avec des vents frémissants !

Allez, souffle sur ces feuilles, ô Zarathoustra : pour que celles qui sont déjà fanées te quittent au plus tôt !

2.

« Nous sommes redevenus pieux » – voilà ce que reconnaît la plupart de mes fidèles de jadis, désormais détournés de ma sagesse au profit de la morale traditionnelle. Mais si la plupart s’avoue renégats, tous ne le font pas : nombreux d’entre eux sont trop lâches pour le reconnaître.

Ceux qui font mine de rien, ceux-là, je les regarde dans les yeux : même si ça ne leur plaît pas, même s’ils sont honteux, je leur dis leur vérité en face ; dans la rougeur de leurs joues, je leur dis qu’ils comptent eux aussi parmi ceux qui prient de nouveau !

Tu le sais bien : selon mon entente du monde, c’est une ignominie de prier comme ils le font ! Non pas pour tout le monde, bien sûr, mais pour toi et moi, et quiconque n’est pas dupe ! Oui : pour toi et moi, pour tous ceux qui sont conscients de la nature des phénomènes, prier comme ils le font est une ignominie !

Tu le sais bien : ce qui, en toi, voudrait tellement joindre les mains, croiser les mains sur la poitrine et se trouver dans une vie plus confortable, te provient à vrai dire d’un vieux diable lâche : un vieux diable lâche qui refuse la vie ici-bas et n’arrête pas de te dire qu’« il existe un dieu ! » et un monde idéal au-delà.

Mais en te laissant duper ainsi, tu appartiens au genre de ceux qui craignent la lumière sur la vie ; au genre de ceux que la lumière ou la vie ne laisse jamais en paix. Te voilà donc contraint, pour t’en protéger, de plonger tous les jours la tête plus profondément dans la nuit et la brume de mensonges !

Et en vérité, tu as bien choisi ton heure : car on vit justement un temps où les oiseaux de nuit sont en train de s’envoler. Un temps où tout le peuple craint la lumière, l’heure du soir et de la fête où on ne « fête » pas : heure crépusculaire où, au lieu de célébrer la vie, on célèbre bien plutôt la fuite de la vie – dans le divertissement, dans la consommation, dans l’aveuglement, dans l’assourdissement.

Je l’entends et le sens bien : pour la plupart, l’heure de la chasse et de la célébration est venue, mais non pas d’une chasse vivante et sauvage d’amoureux de la vie en son va-et-vient tragique, mais d’une chasse docile, paralysée, flaireuse de dégonflés et silencieux prieurs en quête d’idéal.

L’heure de la chasse aux sentimentaux dégonflés. Regardez : toutes les souricières du cœur sont maintenant de nouveau posées ! Partout on essaie de nous attraper par les sentiments. Regardez : il suffit que je soulève un rideau pour que s’en échappe un papillon de nuit.

Était-il assis là avec un autre papillon de nuit ? Sûrement : car je sens partout de petites communautés tapies. Oui, dans tous les coins cachés, dans toutes les chambrettes, on trouve de nouveaux frères prieurs et l’odeur de nouveaux frères prieurs.

Ils sont assis pendant de longs soirs les uns près des autres – la bouche et l’estomac abîmés par de pieuses pâtisseries – à souffler : « Laissez-nous de nouveau devenir comme les petits enfants et dire comme jadis « Bon Dieu ! » »

Ou bien ils observent de longs soirs durant une astucieuse et guetteuse araignées à croix qui prêche aux araignées elles-mêmes l’intelligence en leur enseignant qu’« il fait bon tisser parmi les croix ! », qu’il est de bon ton de ramper là où tout le monde rampe.

Ou bien ils se croient profonds en étant assis pendant toute la journée avec des cannes à pêche au bord d’un marais. Mais que ce soit bien clair : celui qui fait semblant, qui pêche là où il l’eau n’est même pas assez profonde pour qu’il y ait des poissons, je ne l’appelle même pas superficiel !

Ou bien, pieux et contents, ils apprennent à jouer de la harpe auprès d’un poète de chansons qui, en jouant de son instrument, aurait envie se glisser dans le cœur des jeunes filles, – fatigué qu’il est de fréquenter les vieilles femmes et leurs louanges éculées.

Ou bien ils apprennent à avoir des frissons auprès d’un demi-fou savant qui, dans de sombres chambres, n’attend qu’une chose : que de nombreux esprits viennent vers lui – à vrai dire pour pouvoir se débarrasser de tout esprit !

Ou bien ils écoutent l’agitation d’un vieux siffleur ronronnant et grognant qui, à l’écoute des vents maussades, a appris l’affliction des sons et siffle désormais comme le vent, prêchant à son tour l’affliction en sons maussades.

Et certains de mes anciens fidèles sont même devenus veilleurs de nuit et savent maintenant souffler dans des cornes, circuler la nuit et éveiller, à propos du Bon Dieu, des vieilleries depuis longtemps endormies.

Hier soir par exemple, au mur du jardin, j’ai entendu ces cinq vieilleries de la part de tels vieux veilleurs de nuit secs et maussades :

« Pour un père, il ne se soucie pas assez de ses enfants : les pères humains le font mieux ! »

« Il est trop vieux ! Il ne se soucie déjà plus du tout de ses enfants », voilà comment a répondu l’autre veilleur de nuit.

« A-t-il vraiment des enfants ? Personne ne peut le prouver s’il ne le prouve pas lui-même ! Je voudrais d’ailleurs depuis longtemps qu’il le prouve une bonne fois pour toute. »

« Prouver ? Comme s’il avait un jour déjà prouvé quelque chose ! Refusant la logique rationnelle, il n’est pas du genre à prouver quoi que ce soit ; il tient par contre beaucoup à ce qu’on le croie. »

« Oui ! Oui ! Lui, c’est la croyance qui le rend heureux : la croyance en lui. Telle est bien la manière de faire des vieilles gens ! Nous ne faisons d’ailleurs pas autrement ! »

Voilà avec quel sérieux et quelle bêtise ils se sont parlé, les deux vieux veilleurs de nuit et chasseurs de lumière que j’ai entendus hier soir au mur du jardin. Après cela, ils se sont mis à souffler de manière maussade dans leur corne.

Mais moi, mon cœur s’est tordu de rire à ce spectacle. Et ce tellement qu’il voulait s’arracher de ma poitrine pour aller je ne sais où ; et qu’il a finalement atterri dans le diaphragme.

En vérité, je serais assez du genre à mourir de rire, étouffé de rire en voyant des ânes ivres de morale et en entendant des veilleurs de nuit douter comme ça de dieu.

Le temps de telles imbécilités, de tels doutes n’est-il pas depuis longtemps révolu ? Quelqu’un a-t-il encore le droit de réveiller de telles vieilleries endormies hostile à toute lumière sur la vie ?

Tu le sais bien : c’en est depuis longtemps déjà fini avec les vieux dieux. Et en vérité, ils ont eu une bonne et heureuse fin de dieux, les vieux dieux !

Contrairement à ce qu’on dit des fois, ils n’ont pas subi « de long et progressif crépuscule » se terminant par la mort. Les gens qui le prétendent sont des menteurs ! Les dieux se sont bien plutôt tués – de rire ! Un jour en effet, ils ont tellement ri qu’ils ont fini par étouffer de rire !

Qu’est-ce qui les a fait rire au point de les conduire à la mort ? La parole qu’un dieu a adressée à un homme ; parole la plus impie de toute éternité prononcée par un dieu : « Il n’y a qu’un seul dieu ! », a un jour affirmé un dieu. « Il n’existe qu’un seul dieu. Tu ne dois pas avoir d’autre dieu à côté de moi ! »

Quel dieu s’est oublié ainsi, a déraillé de la sorte ? Un dieu à vieille barbe méchante, un dieu jaloux. Tu le sais très bien : c’est le dieu chrétien.

Et tous les dieux se sont alors mis à bouger sur leurs chaises, à rire et à crier à tue-tête : « N’est-ce pas justement cela la divinité, qu’il existe des dieux, plusieurs dieux, et non un seul ? »

Que celui qui a des oreilles entende !

*

Parole de Zarathoustra. Parole proférée dans la ville qu’il aimait malgré tout et qu’on appelle « la vache multicolore » – toujours au sens de l’immense organisme bariolé qui avale et digère tout sur son passage. Il savait que de là, il ne lui restait plus que deux jours de marche pour retrouver sa caverne et ses animaux ; et son âme se réjouissait de plus en plus de la promiscuité de son retour à la maison.

***

Traduction littérale

Ah, tout ce qui, sur cette prairie, était récemment encore vert et multicolore se trouve-t-il déjà fané et gris ? Et combien de miel de l’espoir j’ai porté d’ici dans mes ruches !

Ces jeunes cœurs sont tous déjà devenus vieux, – et pas même vieux ! Seulement fatigués, communs, commodes : – ils l’appellent « nous sommes de nouveau devenus pieux ».

Encore récemment je les voyais sortir de bonne heure les pieds courageux : mais leur pieds de la connaissance se sont fatigués, et les voilà qui calomnient jusqu’à leur courage matinal !

En vérité, maint d’entre eux levait jadis les jambes comme un danseur, le rire de ma sagesse lui faisait signe : – puis il s’est ravisé. Je viens de le voir tordu – rampant vers la croix.

Ils voletaient jadis autour de la lumière et de la liberté tels les moustiques et les jeunes poètes. Un peu plus vieux, un peu plus froids : et les voilà déjà ténébreux et murmurants et se réchauffant auprès des poêles.

Leur cœur s’est-il laissé abattre du fait que la solitude m’a avalé telle une baleine ? Leur oreille s’est-elle longuement tendue en vain vers moi et mes appels de trompettes et de hérauts ?

– Ah ! Ils sont toujours peu nombreux, ceux dont le cœur a un long courage et sur-courage ; et à ceux-ci l’esprit demeure aussi patient. Mais le reste est lâche.

Le reste : ce sont toujours les plus nombreux, les gens de tous les jours, le trop-plein, les beaucoup trop nombreux – tout ceux-là sont lâches ! –

Quiconque est de mon genre, des aventures du genre des miennes vont passer sur son chemin : en sorte que ses premiers compagnons seront des cadavres et des pitres.

Mais ses deuxièmes compagnons – ils vont s’appeler ses croyants : un attroupement vivant, beaucoup d’amour, beaucoup de folie, beaucoup d’adoration sans barbe.

Celui qui est de mon espèce parmi les hommes ne doit pas attacher son cœur à ces croyants ; quiconque connaît la superficielle lâcheté de l’espèce humaine ne doit pas croire à ces printemps et prairies colorées !

S’ils pouvaient autrement, ils voudraient aussi autrement. Les moitiés-moitiés gâchent tout ce qui est entier. Que les feuilles se fanent – qu’y a-t-il là à se plaindre !

Laisse-les aller et tomber, ô Zarathoustra, et ne te plains pas ! Souffle plutôt encore sous eux avec des vents frémissants, –

– souffle sous ces feuilles, ô Zarathoustra : de sorte que tout ce qui est fané te quitte plus vite encore ! –

2.

« Nous sommes de nouveau devenus pieux » – c’est ce que reconnaissent les renégats ; et nombreux d’entre eux sont encore trop lâches pour le reconnaître.

Ceux-là, je leur regarde dans l’œil, – à ceux-là, je le dis en face et dans la rougeur de leur joues : vous êtes de ceux qui prient de nouveau !

Mais c’est une ignominie de prier ! Non pas pour tous, mais pour toi et moi, et quiconque a sa conscience dans la tête ! Pour toi, c’est une ignominie de prier !

Tu le sais bien : ton lâche diable en toi qui tant voudrait joindre les mains et croiser les mains sur la poitrine et être plus confortable : – ce lâche diable te dit qu’« il existe un dieu ! »

Mais en ceci tu appartiens au genre qui craint la lumière, que la lumière ne laisse jamais en paix ; tu dois désormais tous les jours plonger ta tête plus profondément dans la nuit et la brume !

Et en vérité, tu as bien choisi ton heure : car les oiseaux de nuit justement s’envolent. L’heure de tout le peuple qui craint la lumière est venue, l’heure du soir et de la fête, où on ne – « fête » pas.

Je l’entends et le sens : leur heure de la chasse et du défilé est venue, non pas toutefois pour une chasse sauvage, mais pour une chasse docile, paralysée, flaireuse, de dégonflés et de prieurs silencieux –

– pour une chasse aux sentimentaux dégonflés : toutes les souricières du cœur sont maintenant de nouveau posées ! Et où je relève un rideau, il s’en échappe du coup un papillon de nuit.

Était-il assis là avec un autre papillon de nuit ? Car partout je sens de petites communautés tapies ; et où il y a des chambrettes il y a de nouveaux frères prieurs et l’odeur de frères prieurs.

Ils sont assis de longs soirs durant les uns près des autres et disent : « Laissez-nous de nouveau devenir comme les petits enfants  et dire « Bon Dieu ! » » – la bouche et l’estomac abîmés par les pieux pâtissiers.

Ou bien ils observent de longs soirs durant une astucieuse et guetteuse araignées à croix qui prêche aux araignées elles-mêmes l’intelligence et leur enseigne ainsi : « il fait bon tisser parmi les croix ! »

Ou bien ils sont assis tout au long du jour avec des cannes à pêche au bord de marais et se croient par là profonds ; mais qui pêche là où il n’y a pas de poissons, je ne l’appelle pas même superficiel !

Ou bien, pieux et contents, ils apprennent à jouer de la harpe auprès d’un poète de chansons qui voudrait bien, en jouant de la harpe, se glisser dans le cœur de jeunes filles : – car il s’est fatigué des vieilles filles et de leur louanges.

Ou bien ils apprennent à avoir des frissons auprès d’un demi-fou savant qui attend dans de sombres chambres que les esprits lui viennent – et que l’esprit s’en aille tout entier !

Ou bien ils écoutent un vieil et agité siffleur ronronnant et grognant qui a appris des vents maussades l’affliction des sons ; il siffle désormais selon le vent et prêche l’affliction en sons maussades.

Et certains d’entre eux sont même devenus veilleurs de nuit : ils savent maintenant souffler dans des cornes et circuler la nuit et éveiller de vieilles choses qui sont depuis longtemps déjà endormies.

Hier soir, au mur du jardin, j’ai entendu cinq paroles de vieilles choses : elles venaient de tels vieux veilleurs de nuit secs et maussades.

« Pour un père, il ne se soucie pas assez de ses enfants : les pères humains le font mieux ! » –

« Il est trop vieux ! Il ne se soucie déjà plus du tout de ses enfants » – ainsi a répondu l’autre veilleur de nuit.

« A-t-il donc des enfants ? Personne ne peut le prouver s’il ne le prouve pas lui-même ! Je voudrais depuis longtemps qu’il le prouve une fois à fond. »

« Prouver ? Comme si celui-ci avait déjà une fois prouvé quelque chose ! Prouver lui est difficile ; il tient beaucoup à ce qu’on le croie. »

« Oui ! Oui ! La croyance le rend heureux, la croyance en lui. Telle est la manière de faire des vieilles gens ! Il en va de même pour nous ! » –

Ainsi se sont parlé les deux vieux veilleurs de nuit et chasseurs de lumière, puis ils ont soufflé de manière maussade dans leurs cornes : c’est ainsi que ça s’est passé hier soir au mur du jardin.

Mais moi, mon cœur se tordait de rire et voulait s’arracher et ne savait pas où et a sombré dans le diaphragme.

En vérité, ce sera encore ma mort de mourir étouffé de rire quand je vois des ânes ivres et entend douter ainsi de Dieu des veilleurs de nuit.

Le temps n’est-il pas depuis longtemps passé, aussi pour tous les doutes du genre ? Qui a encore le droit de réveiller de telles choses endormies qui craignent la lumière !

Les choses sont depuis longtemps passées avec les vieux dieux : – et en vérité ils ont eu une bonne et heureuse fin de dieux !

Ils n’ont pas « eu de progressant crépuscule » jusqu’à la mort, – les gens qui le disent mentent ! Bien plus : ils se sont une fois tués – de rire !

C’est arrivé lorsqu’un dieu a énoncé la parole la plus impie, – la parole : « Il y a Un dieu ! Tu ne dois pas avoir d’autre dieu à côté de moi ! » –

– une vieille barbe méchante de dieu, un jaloux s’est oublié ainsi : –

Et tous les dieux ont alors ri et ont bougé sur leurs chaises et ont crié : « N’est-ce pas justement cela la divinité, qu’il existe des dieux mais pas un dieu ? »

Que celui qui a des oreilles entende. –

*

Parole de Zarathoustra dans la ville qu’il aimait et qui est appelée « la vache bigarrée ». De là il n’avait en effet plus que deux jours de marche pour revenir dans sa caverne et vers ses animaux ; mais son âme exultait de joie constamment de la promiscuité de son retour à la maison.

***

Il s’agit là du huitième chapitre de la « Troisième partie » des « Discours de Zarathoustra » du Zarathoustra de Nietzsche. Texte phusiquement réinvesti (en haut) et traduction littérale (en bas). Les précédents chapitres se trouvent ici.

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