Tomber pour mieux voler

2 novembre 2012 | Commentaires (0) | Bienvenue, Zarathoustra

Ô MES FRÈRES, VOUS ME TROUVEZ PEUT-ÊTRE CRUEL, mais je ne peux faire autrement que transmettre les enseignements qui me traversent. C’est pourquoi je me dois de vous dire que ce qui perd l’équilibre, ce qui tombe, il faut encore le pousser !

Nous vivons aujourd’hui une période de déclin, de dégénérescence. Tout ce qui nous entoure a tendance à chuter, à se délabrer. Evidemment, dans cette situation, notre réflexe traditionnel, moral, serait de vouloir le retenir, l’entourer, l’aider, mais moi – je veux encore le pousser ! Et vous voir faire de même ! Loin de vous enseigner à freiner la chute, je vous apprends à accélérer le processus de délabrement.

Connaissez-vous la jouissance de la chute, la volupté qui fait rouler les pierres dans des profondeurs abruptes ? Non ? Vous ne la connaissez pas ? Vous refusez cette joie qui fait pourtant partie intégrante de la vie ?

Mais regardez donc avec quel plaisir les hommes d’aujourd’hui roulent dans mes profondeurs, se précipitent dans mes abîmes ! Regardez de quelle façon ils sont attirés par mes enseignements et mes jeux ; avec quelle force ils veulent – comme moi, comme le soleil – décliner pour mieux s’envoler dans les airs.

Car je suis un prélude : je suis l’annonce de la naissance de meilleurs joueurs, ô mes frères ! Un prélude, un exemple ! Oui, comportez-vous en suivant mon jeu, mon exemple ! Faites comme moi : apprenez à quiconque à s’envoler dans les airs !

Et si vous rencontrez des gens qui, malgré vos enseignements, n’arrivent pas à s’envoler, poussez-les dans les profondeurs ! Apprenez-leur à tomber plus vite – à plonger plus rapidement dans l’abîme ! Car c’est dans l’abîme que naissent les ailes les plus solides.

***

Traduction littérale

Ô mes frères, suis-je donc cruel ? Mais je dis : ce qui tombe, il faut encore le pousser !

Tout ce qui est aujourd’hui – cela tombe, cela se délabre : qui voudrait le retenir ! Mais moi – je veux encore le pousser !

Connaissez-vous la volupté qui fait rouler les pierres dans des profondeurs abruptes ?

– Ces hommes d’aujourd’hui : regardez les donc, comme ils roulent dans mes profondeurs !

Je suis un prélude de meilleurs joueurs, ô mes frères ! Un exemple ! Faites d’après mon exemple !

Et celui auquel vous n’apprenez pas à voler, apprenez-moi lui – à tomber plus vite !

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Il s’agit ci-dessus de la partie 20 (sur 30) du douzième chapitre (« De vieilles et de nouvelles tables ») de la « Troisième partie » des « Discours de Zarathoustra » du Zarathoustra de Nietzsche. Texte phusiquement réinvesti (en haut) et traduction littérale (en bas). Les précédents chapitres se trouvent ici.

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