Elevez-vous !

7 décembre 2012 | Commentaires (0) | Zarathoustra

VOUS VOULEZ VOUS MARIER ? Veillez à ce que votre mariage ne soit pas une mauvaise conclusion ! Assurez-vous d’avoir trouvé la bonne personne. A toute conclusion hâtive, erronée, s’ensuit – le mariage brisé !

Vous êtes déjà marié ? En cas de mauvaise conclusion, mieux vaut encore le mariage brisé que le long mensonge et le mariage tordu qui dure ! Voici ce que m’a dit une femme qui s’est séparée de son mari : « Certes, j’ai brisé le mariage, mais le mariage m’a d’abord brisée – moi ! »

Ecoutez ce que j’ai pu observer : il n’y a rien de pire, rien de plus vindicatif que les couples mal-assortis. Ils sont tellement frustrés de ne pas pouvoir vivre et courir seuls qu’à la moindre occasion, ils s’en prennent à autrui, font des remarques déplacées, ou simplement secouent la tête.

Voilà donc comment je veux que les gens honnêtes qui s’aiment se prononcent vis-à-vis du mariage : « Nous nous aimons, certes, mais ce n’est pas une raison pour nous pousser au mariage ! Laissez-nous du temps ! Laissez-nous regarder si notre amour est durable, dans quelle mesure nous sommes capables de continuer à nous aimer ! » Et après cela, qu’ils n’hésitent pas à être moqueurs et à demander : « Ou bien voulez-vous qu’on prenne le risque de se méprendre en se promettant de s’aimer pour tout avenir ? »

« Donnez-nous un délai et laissez-nous faire de petits accords, de petits mariages, qui nous permettent de voir si nous sommes prêts ou non pour le grand mariage ! Car ce n’est pas une mince affaire, mais une grande chose, que de décider de s’unir pour la vie ! »

Voilà ce que je conseille à tous les honnêtes gens en matière d’amour et de mariage. Et il en va exactement de même pour mon amour du surhomme et de tout ce qui doit venir. Mon discours est parfaitement identique : l’amour du surhomme exige d’abord des petits accords qui, progressivement, deviennent toujours plus grands, toujours plus exigeants. Idem pour l’amour de l’avenir : il faut d’abord dire oui aux petites choses qui nous arrivent, les unes après les autres pour, progressivement, cheminer vers le grand « oui », la grande affirmation de toute chose.

Que le jardin du mariage ne vous aide pas seulement à vous reproduire ! Mais qu’il vous enseigne d’abord et avant tout à vous élever ! A devenir plus fort, plus dur, plus sévère, plus juste, plus productif – et plus méchant aussi ! Bref : qu’il vous fasse avancer en direction du surhomme et de l’affirmation sans restriction du monde en son va-et-vient tragique !

***

Traduction littérale

Le mariage que vous concluez : regardez qu’il ne s’agisse pas d’une mauvaise conclusion ! Vous avez conclu trop vite : s’ensuit – le mariage brisé !

Et mieux vaut encore le mariage brisé que le mariage tordu, le mariage menti ! – Voilà comment m’a parlé une femme : « Certes, j’ai brisé le mariage, mais le mariage m’a d’abord brisée – moi ! »

J’ai toujours trouvé que les mal-assortis étaient les pires vindicatifs : ils s’en prennent à tout le monde de ne plus courir seuls.

C’est pourquoi je veux que les gens honnêtes se disent : « Nous nous aimons : laissez-nous regarder si nous continuons à nous aimer ! Ou bien notre promesse doit-elle être une méprise ? »

– « Donnez-nous un délai et des petits mariages, que nous voyons si nous valons pour le grand mariage ! C’est une grande chose de toujours être à deux ! »

Voilà ce que je conseille à tous les gens honnêtes ; et que serait donc mon amour du surhomme et de tout ce qui doit venir si je conseillais et discourais autrement !

Non seulement à vous reproduire, mais à vous élever – que le jardin du mariage vous aide à cela !

***

Il s’agit ci-dessus de la partie 24 (sur 30) du douzième chapitre (« De vieilles et de nouvelles tables ») de la « Troisième partie » des « Discours de Zarathoustra » du Zarathoustra de Nietzsche. Texte phusiquement réinvesti (en haut) et traduction littérale (en bas). Les précédents chapitres se trouvent ici.

Vos commentaires

What's this?

You are currently reading Elevez-vous ! at Michel Herren.

meta