Oui à la mer !

1 mai 2013 | Commentaires (0) | Zarathoustra

Mer montagneLes sept sceaux-5Si j’aime la mer… Et si j’aime tout ce qui est du genre de la mer, ce qui est comme elle, d’une profondeur et d’une richesse insondables, toujours en mouvement, en va-et-vient, impossible à fixer… Et si, parmi tout ça que j’aime, ce que je préfère, c’est justement ce qui me résiste le plus fort, ce qui contredit le plus furieusement ma vieille tendance à la fixation…

Si je suis pris par cette soif d’inconnu, ce plaisir, cette envie, ce désir qui pousse les voiles vers le large, qui pousse à découvrir les horizons lointains… Si, dans mon plaisir, mon envie et mon désir, je suis porté par un plaisir, une envie et un désir de marin en quête de voyage et d’aventures…

Si jamais j’ai jubilé en me retrouvant au milieu de la mer… Si jamais j’ai exulté en remarquant qu’autour de moi tout n’était que profondeur et richesse abyssale, perpétuel va-et-vient, impossible à fixer ; que tout autour de moi n’était que mer-mer-mer… Si jamais, de joie, je me suis alors crié à moi-même : « Regarde, vieux marin, la côte a disparu, on ne voit plus la moindre trace de terre ! » Et si jamais, ravi de m’être débarrassé de ma dernière volonté de terre ferme, de ma dernière volonté de stabilité, de fixité, d’assurance, je me suis alors exclamé, heureux : « Regarde, vieux marin, tu viens de perdre la dernière chaîne qui te reliait au solide, au stable, au fixe que n’a cessé de valoriser la tradition basée sur la faiblesse !

– Ah, quelle joie ! Le sans frontière, l’illimité, l’insondable gronde et mugit tout autour de moi ! Ah, quelle joie ! L’espace et le temps brillent au loin pour moi, brillent au large pour moi ! Allez vieux marin ! Hisse les voiles ! Mets-toi en route, vieux cœur ! Le voyage, l’aventure ne fait que commencer ! – »

Si j’aime pareillement la mer, son perpétuel va-et-vient, son abyssale richesse et profondeur, son caractère illimité et insondable, ô comment pourrais-je ne pas être désireux d’éternité, sensuellement, sexuellement attiré par le nuptial anneau des anneaux, l’anneau de l’éternel retour du même ?

J’ai beau avoir cherché, jamais je n’ai trouvé la femme avec qui je voulais faire des enfants ; jamais je n’ai aimé de femme au point de vouloir, avec elle, perpétuer mon genre et faire des enfants ; ne serait-ce…, ne serait-ce avec cette seule femme que j’aime de fond en comble : l’éternité. Il n’y a qu’avec elle, qu’avec l’éternité et pour l’éternité que je veux faire des enfants, que je veux perpétuer mon genre et donner naissance à de beaux enfants, de beaux enfants remplis de force, de maîtrise et de joie. Car je t’aime, ô éternité ! Et avec toi et pour toi je veux tout faire ; avec toi et pour toi je veux produire le meilleur, avec toi et pour toi je veux avancer en direction du surhomme, je veux contribuer à la naissance du surhomme !

Car je t’aime, ô éternité ! 

***

Traduction littérale

vagueSi la mer et tout ce qui est du genre de la mer m’est cher, et encore le plus cher s’il me contredit furieusement :

s’il y a en moi ce quêteux plaisir qui pousse les voiles vers le non découvert, s’il y a un plaisir de marin dans mon plaisir :

si jamais ma jubilation/exaltation s’est écrié : « La côte a disparu – la dernière chaîne m’est maintenant tombée –

– le sans frontière mugit autour de moi, l’espace et le temps brillent loin au large pour moi, allez ! En route ! Vieux cœur !

ô comment ne devrais-je pas être désireux d’éternité et du nuptial anneau des anneaux, – l’anneau du retour ?

Jamais encore je n’ai trouvé la femme dont je voudrais des enfants, ne serait-ce cette femme que j’aime : car je t’aime, ô éternité !

Car je t’aime, ô éternité !

***

Il s’agit ci-dessus de la cinquième partie « Des sept sceaux » (seizième chapitre) de la « Troisième partie » des « Discours de Zarathoustra » du Zarathoustra de Nietzsche. Texte phusiquement réinvesti (en haut) et traduction littérale (en bas)Les précédents chapitres et parties se trouvent ici.

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